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Le Guggenheim Bilbao présente « 82 portraits et 1 nature morte » signés David Hockney !

Anne Malary 15 novembre 2017

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Le titre est une astuce trouvée par l’artiste lui-même : 82 portraits par le facétieux David Hockney, et 1 nature morte à la place d’un invité qui a décommandé. Ils couvrent en frise les murs d’une immense salle du Guggenheim en galerie vivante !

David Hockney dans son atelier, Los Angeles, 1 mars 2016 © David Hockney – photo : Jean-Pierre Goncalves de Lima

Couleurs vivantes

C’est dans une seule salle, une grande pièce aux murs couleur terre de Sienne.

Sur chaque portrait, David Hockney remplit les blancs par les pigments et en laisse d’autres en réserve. C’est son numéro pour livrer une couleur vivante. Chaque carnation, chaque étoffe, chaque étincelle éclate dans la pièce, et c’est la première évidence visuelle. Ainsi le troisième homme, Richard Sassin, porte-t-il un pantalon orange acide, qui vibre vif sur le mur ocre !

Hockney choisit un fond lisse en bleu ou en vert pour se concentrer sur la figure de chaque modèle. D’ailleurs, c’est toujours le même fond, la même chaise, la même pièce. Il a consacré au moins trois fois sept heures de travail pour chaque portrait : trois journées de concentration extrême. C’est le processus de l’artiste, à qui l’énergie vient avec la fluidité de la touche.

David Hockney, Rita Pynoos, 1, 2 mars 2014 © David Hockney – photo : Richard Schmidt

Il explique d’ailleurs son travail dans une courte interview par la commissaire de l’exposition Edith Devaney. Il est dans son atelier et l’on peut apercevoir un livre illustré des Ménines de Velasquez… le jeu du portrait au cœur. D’ailleurs, Hockney finit en ces mots : les portraits, le paysage, les natures mortes, « what else can I do ? »

À son rythme, même les couleurs étrangères se contaminent entre elles, sur les étoffes et jusque sur la peau. Étoffes remarquables, surtout celles des femmes qui se préparent à la pose et choisissent leurs plus somptueux atours. Rita Pynoos porte une longue jupe bouffante, une cascade de soie rouge. Il fallait fixer le tissu riche et comme il se plisse en une seule fois. Dominique Deroche a sur elle une robe Yves Saint Laurent sur laquelle rayonne et ruisselle l’orange, et aux pieds les ballerines Roger Vivier qu’enfilait Catherine Deneuve dans Belle de Jour.

Celia Birtwell, 31 août, 1, 2 septembre 2015 © David Hockney – Richard Schmidt

Justement, les chaussures. Hockney souhaitait à tout prix les faire entrer dans le cadre des toiles. Les sandales, les Richelieu, les cirées, les excentriques, les pommées, les banales, chaussures de ville, souliers du dimanche ou baskets quotidiennes. Elles sont méticuleusement usées ou brillamment matérielles.

Sur les carnations la couleur de la peinture prend aussi une espiègle liberté ! Celia Birtwell, qui se plaignait de son museau, a sur le bout du nez une touche de vert.

Il n’y a pas de contours clairs. L’uniformité et la franchise de la lumière donnent vie aux éléments clés qui font la différence des caractères, des personnalités. Les portraits sont vivants, chaleureux, immédiats et intenses sous le soleil du sud de la Californie.

La liste de mes caractères

Le premier fut Jean-Pierre Gonçalvez de Lima, le directeur de l’atelier de l’artiste. Il est ployé, la tête dans les mains, désespéré. C’était en 2012.

David Hockney vient alors de quitter son Yorkshire natal pour retourner à Los Angeles. Il est absorbé par sa propre émotion et en aperçoit le reflet, le partage, dans la pose de son ami. À ce moment, le peintre ne pense pas à une série, mais il vit Jean-Pierre et ce fut un point de départ. Après lui, il y eut toutes les manières de s’asseoir, les bras ramassés, repliés, les jambes croisées ou dépliées.

C’est le directeur même de l’atelier du peintre qui a agencé la programmation de tous les portraits sur une période de plus de deux ans. Chaque invité est venu poser.

David Hockney, Charlie Scheips, 2015 © David Hockney – exponaute

Joan Agajanian Quinn est amusée. Sa moue rieuse fait l’instant-flash. L’instant d’une blague entre le peintre et son amie. Chaque portrait raconte un moment, l’humeur qui va avec et vient au premier plan. C’est aussi une expérience pour le peintre comme pour le regardé, tantôt détendu – comme sa sœur Margaret, le regard aimant – tantôt gêné, timide, charmé ?

Hockney réaffirme le rôle du portrait peint par rapport aux médias sociaux. Il affirme les poses longuement observées, car il a encouragé chacun à trouver la sienne naturellement, et même à déplacer sa chaise.

Chacun était invité à s’approprier sa place et à habiter l’atelier. Hockney fréquente peu les lieux de haute sociabilité. Il n’est pas un asocial, il est juste sourd : ce sont ses mots honnêtes et vifs, vifs d’être honnêtes ! Mais il apprécie les moments en compagnie de son entourage lorsqu’il le convie. Il fait ainsi entrer la vie dans son atelier, c’est sa party à lui !

Barry Humphries, 26, 27, 28 mars 2015 © David Hockney – photo : Richard Schmidt

Chaque modèle est venu poser pendant trois jours. Les portraits ont été faits de cette manière très régulière, et enregistrent ainsi l’exploration de la relation de l’artiste à son entourage. Une autre facette de lui.

Le galeriste Larry Gagosian, sa sœur, son manager, son dentiste, ses amis, les artistes, les stars comme Frank Gehry himself en son domaine de Bilbao, Benedikt Taschen éditeur… Charlie Scheips, copain de longue date, qui prend pendant des heures une pose inconfortable. Barry Humphries l’œil aussi pétillant que la malice de son accoutrement.

Ses amis et les enfants de ses amis, avec qui il a fallu être patient, quand il s’agissait de les faire accepter de sacrifier trois jours sans école pour… poser sans bouger dans un atelier ! Mais le plus jeune, Rufus Hale, 11 ans – fils de l’artiste britannique Tacita Dean – s’est prêté au jeu avec attention et intérêt. À la fin, quand David Hockney lui demande son avis, Rufus rétorque : « oui c’est pas mal, mais il y a une petite gomme au bout du crayon, tu l’as oubliée ! » Méticuleuse attention.

Rufus Hale, 23, 24, 25 novembre 2015 © David Hockney – photo : Richard Schmidt

David Hockney a le sens du caractère, du singulier. Il ne flatte pas, il peint ce qu’il voit. Terminant le portrait de Edith Devaney il déclare: « J’ai capté une lumière de toi », un éclat, un aspect seulement de la mosaïque personnalité qui compose chaque être, et comme il la voit. Car il reconnaît aussi qu’il y a une part de sa mémoire dans ces toiles qui restent des peintures…

La nature morte est le seul non-portrait, ou plutôt, un portrait de fruits. En l’absence d’un de ses modèles, Hockney rassemble ce qu’il trouve dans son atelier, quelques fruits. Car il est prêt et malgré le rendez-vous annulé, il lui faut peindre ! Les formes rouges, vertes, jaunes sur un banc de bois bleu sont remplies d’acrylique, et il y a juste assez de blanc pour éclairer toute obscurité.

C’est un intrus comme un jeu au sein d’une vue immersive… Car l’installation est intense et donne une impression panoramique ! Comme les coulisses d’une vie d’artiste reconnu, célèbre et célébré, « classieusement » entouré.

Le genre du portrait a été maintes fois décliné en simple ou en double par Hockney. Il concentre ici ceux de gens qui lui sont familiers. Pour seules légendes, il y a leurs noms. Ceux des gens qui l’aiment et le comprennent, et qui ne sont chaque fois, tout à fait les mêmes… Émouvant miroir du soi.

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