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Joue-la comme Moebius !

Anne Malary 27 octobre 2017

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C’est une exposition inspirante qui se tient en ce moment à l’Hôtel Départemental des Arts du Var : « Inside Moebius, l’alchimie du trait ». Elle nous entraîne en contrée de Moebius, cerveau fantasque et optimiste qui nous élève de la terre ! Exploration d’un art protéiforme et infini comme le ruban de Möbius…

Blueberry, Mister Blueberry, Couverture tome 24© Dargaud / Moebius Production

Jean Giraud premier créateur

Au commencement, Jean Giraud créa Blueberry. Sur les planches originales à l’encre de Chine, le premier personnage grandit au fil d’un échantillonnage de 28 albums sur les murs de l’Hôtel des arts. Et au cours des ans, Jean Giraud devient GIR.

Il y a des figures encore un peu raides en 1965, puis déployées 30 ans plus tard dans des paysages composés avec majesté : Ombres sur Tombstone en 1996, la pluie tombe en trombe sur la planche.

Blueberry, Ombres sur Tombstone, planche 34, tome 25© Dargaud / Moebius Production

Jusqu’à Three Black Birds, une histoire courte éditée en portfolio en 1997. Les dessins sérigraphiés portent une mise en couleurs originale dans un cadrage carré. Désert resserré, chaleur d’un western bien rythmé, et faisceau du chapeau en ombre rouge sur la face de Blueberry, officier rebelle aux allures de Clint Eastwood.

Silencieux à l’entrée, le portrait du lieutenant nous surveille, brillant de craie blanche. Son regard tueur à moitié noir…

Mais il n’est pas si sérieux, son père ! Parmi les planches de sa genèse artistique, il y a l’épisode « Du Danger d’avoir une tache dans l’œil ». Un style ironique, narratif et expressif, qui court, plane sur une ligne et intègre sans prévenir une histoire de rayon vert !

Courges © Moebius Production

Giraud pourrait être un peintre surréaliste. Il l’a été, en fait, entre 1950 et 1960. Posant la gouache sur le carton, il se souvient peut-être de ses cours de papiers peints aux Arts appliqués quand il décrit des fonds encrés, des forces courbées qui lévitent, se recroquevillent, s’imbriquent, en jaune et brun, orange et bleu, noir, vert foncé.

Très jeune, il parle le langage de la science fiction. Dans Pilote il construit La Déviation en 1973, des pyramides de containers de béton qui encadrent un groupe à l’heure du déjeuner – « Encore un peu de porridge ? » En repartant, les protagonistes croisent un gendarme. Ils tracent leur route et le géant, assis à terre, est figé par les radiations.

The Long Tomorow, planche 1© Humanoides associés / Moebius Production

Métal Hurlant est l’autre revue qui débride l’imagination et la création de Giraud, lui offre l’espace pour lâcher librement ses personnages. Ils sont nés sur d’autres galaxies, évoluent dans des villes structurées à la manière du Cinquième élément. Vues plongeantes sur paliers mobiles, dans un ciel fourmillant.

Sur les planches de L’Incal, les papiers sont collés, découpés, recollés, et les lignes reprises par du correcteur blanc. Comme on bricole et bâtit des mondes parallèles…

Qui vit en moi ?

Les autoportraits du maître d’ouvrage sont aussi habités de ses personnages. Ils lui courent après, ils multiplient son être qui s’auto-analyse, se peinturlure le museau de rouge, s’extrait d’une fenêtre, fait la visite au musée à ses compagnons fictifs qui examinent l’endroit étonnés.

Inside Moebius, couverture tome 5© Moebius Production

Cette fascinante déclinaison de l’autoportrait est le fait d’une longue introspection. Jean Giraud Moebius a l’habitude de placer un miroir sur son bureau de travail. Il est sa propre inspiration pour ses créatures et pour lui-même, tout en un, tous en un ! Fronçant les sourcils il crayonne son regard et ses rides d’expression. On les retrouve dans les yeux de ses héros, Inside Moebius.

Une multitude d’êtres et de dimensions vivent en lui. Pour L’Alchimiste de Paulo Coehlo, en 1995, il livre des petits carrés d’illustrations à l’aquarelle et au crayon, créations rares. Sont amoncelés des corps enturbannés et asphyxiés dans une lumière qui rougeoie. Le dessinateur s’imprègne d’ésotérisme, et de mythologie aussi.

Le Paradis illustre La Divine Comédie de Dante. À l’encre et l’aérographe sur papier, le dessinateur trace des lignes minutieuses qui rappellent Gustave Moreau. Il y a dans ce ciel des univers lévitant en jaune, vert et violet, en orange et turquoise, des mondes bâtis sur les nuages. Des escaliers légers les joignent.

Hommage à Gustave Doré © Moebius Production

Il y a en Moebius bien des maîtres du XIXe siècle. Nous avons dit Moreau pour la finesse du trait et des figures vivantes, il y a aussi Gustave Doré pour les hachures, que le dessinateur a tant copié. Comme ses personnages chuchotent à son oreille, les inspirations foisonnent en lui ..

Dévorer le monde

Car Moebius, vorace architecte, regarde le monde, le mange, le dévore et le recrache en formes et en figures ! Les inspirations grandissent en lui qui bricole des éléments existants pour construire machines et personnes non identifiés.

Bien sûr il est des paysages qui ressemblent aux nôtres. Comme une carte du Far West vu de haut, avec à droite les Indiens, et du haut des falaises ocre et sourdes de soleil, les aigles qui se jettent sur le quadrillage des saloons.

Les Réparateurs © Casterman / Moebius Production

Et il y a tous les mondes étrangers qui n’ont germé que dans le cerveau de Moebius. Passez-lui commande, comme Citroën, laissez-le voyager dans votre identité visuelle, il l’allongera jusqu’à reculer ses frontières, dépasser des contours.

C’est Le Monde d’Edena qu’atteignent deux mécaniciens vagabonds de l’espace, Stel et Atan. Le vaisseau Pyramide les pose sur une planète inconnue où réside un peuple en veille depuis des milliers d’années. Tout se passerait dans l’espace structuré de paliers gravitationnels. Et ce serait un succès, une saga !

Au fil des tomes les cases s’organisent en compositions, astuces et superpositions, géométriques inventions. Dans « Les Réparateurs », l’encre et la gouache peignent, intenses, un monde rouge et brun, luisant et souterrain. Les hommes ouvrent la porte qui fait un rond dans la case. C’est comme le bout d’un tunnel de l’intérieur duquel nous découvririons l’homme, qui pénétrerait du dehors.

The Nils’ son © Moebius Production

Et des Mondes d’Edena naissent des images immenses sous l’eau et dans le ciel à vol d’oiseau, pour « Le Voyage » d’Hermès. Les tirages numériques exposent côte à côte deux univers. Le silence des algues flottantes sous l’obscurité de la mer, la clarté du grand oiseau aux ailes blanches déployées.

Il y a plus loin ses dessins abstraits de la fin des années 1980. Ces petits formats de formes alambiquées ne disent rien : « Le but était d’obtenir des formes ne représentant rien mais habitées et nourries par un souci puissant et absolument sans frein de représentation, des lumières, d’ombres, de formes, de perspective, de savoir-faire. »

Sentir le monde

Sensations, émotions se déploient dans 40 Days dans le désert B. Quand Moebius se rend au Mexique, il découvre une autre peinture, le désert, ses couleurs sourdes et chaudes, le sexe et le cannabis. Dans cette transcendance, il imagine des formes incroyables, des variations sur le sable, érotiques, métamorphiques qui lévitent. Elles se meuvent sur l’écran au rythme lunaire, spatial, de la musique de son fils Raphaël.

Synthé et guitare planétaires s’accordent à l’élasticité de la matière… La matière vomie par les créatures, les chiens, les monstres et les dragons tenus en laisse, qui dansent graphiquement au-dessus de l’homme méditant. On pense à Dune, à Alien, et l’on reste halluciné par la grâce.

Arzak L’Arpenteur, couverture© Moebius Production

Et puis il y a Arzach chevauchant son oiseau « ptérodactyle », qui sillonne les paysages. On croit surplomber une falaise, avec des yeux et deux lunes, une peau nervurée. On croise le Vieil Arpenteur comme une apparition fugitive. On s’ébahit d’un « Nuage B » : une qualité d’esquisse, un grand ciel jaune-blanc, le registre médian plus clair en parme-violet, et en bas des nervures rouges, ocre, des franges posées sur un bleu électrique.

La friandise finale, c’est la Faune de Mars. 100 dessins originaux réalisés à l’encre de Chine sur les pages d’un même petit carnet qui ressemblent à des cartes de tarot. De sympathiques créatures posent : une « curiosité de la vie martienne : une motruche », autruche à 6 pattes et 20 têtes, le très aristo Chapon Mélo – « Ah la vie sur Mars ! C’est à peine croyable ». Plus loin « un événement fort rare : une remoule fait surface » !

Ortodredon, Faune de Mars © Moebius Production

Elles sont parfois bien gardées en boîte. Voyez pour le Chondrait : « Il vaut mieux le garder bien enfermé dans une boîte hermétiquement ». C’est lui Moebius qui tient en cage sa créature qui pépie « Tikil ! Tikil ! Tikil ! » Juste en face certaines sont entrées dans notre dimension ! On retrouve Chapon Mélo en sculpture de pastiroc, et à côté Peticok en résine.

Moebius est optimiste, il sent le monde jusqu’à l’absorber, et lui créer d’autres sphères. Il est le Major Fatal, le Major est l’artiste, créateur absolu d’un univers à plusieurs niveaux qui se promène avec sa valise et son casque colonial d’explorateur. Il sort d’un niveau pour passer dans un autre par des portes inter-temps, tout le temps.

Ses mondes ne sont pas effrayants. Ce sont des paradis retrouvés par lesquels le dessinateur connecte la fiction à la nature, embrasse la nature et s’étonne encore de la regarder, de la réinventer, de l’ironiser. Il révèle la sensation de tous les éléments, les paysages, la nourriture, les pierres et les créatures.

Le Major, couverture © Humanoides associés / Moebius Production

Sur un petit écran à la fin, un hologramme respire, expire, toutes tentacules flottantes, ondulantes, fumantes. Une méduse comme un poumon numérique créé sur mesure pour l’exposition, surimposé sur le paysage coloré. Visions du futur par Mister Gir, Mystère Moebius, qui joue avec son monde.

Dans une vallée doucement courbée à l’herbe d’émeraude aux prairies faciles, humides et aux arbres ensommeillés, une grande femme vêtue d’une robe noire, flotte, courbée par le vent, comme un poisson carnivore […]

… citation dans l’escalier de l’Hôtel des arts à Toulon, que les univers de Moebius ont infiltré pour nous enjouer et nous inspirer !

INSIDE MOEBIUS "L'ALCHIMIE DU TRAIT"

21/10/2017 > 21/01/2018

Hôtel des Arts

TOULON

​L’HDA Var propose à l’automne une exposition monographique sur le travail de Jean Giraud, plus connu sous le pseudonyme de Moebius. ...

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