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Jean Cortot interprète ses poètes à la galerie Maeght

Anne Malary 18 octobre 2017

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Rue du Bac à Paris, la galerie Maeght tisse toujours des liens entre la littérature et le dessin, l’art graphique et les livres, les mots et les couleurs. Elle accueille l’œuvre de Jean Cortot jusqu’au 18 novembre prochain. L’artiste auteur de tapisseries, décors de cinéma, reliures, fresques sur plafonds et murs… opère la symbiose entre les langages. Chez Maeght, la peinture et l’écriture s’assemblent dans ses portraits et ses compositions binaires !

Jean Cortot, Paul Eluard, 2008. Eau-forte originale éditée à 35 exemplaires, 33 x 25 cm. @ Galerie Maeght, Paris

Littéraire héritage

Nous ne serons pas étonnés de trouver Jean Cortot dans l’antre d’un éditeur. L’artiste a grandi entre la bibliothèque musicale de son père – le pianiste Alfred Cortot – et celle, littéraire, de sa mère. Dès son enfance, il fréquente Paul Valéry ou Jean Giraudoux, entend les vers de Baudelaire, évolue entre les tableaux des murs du salon, signés Derain, Soutine, Bonnard.

Puis il passe par l’atelier de la Grande Chaumière, et sa peinture est reconnue dans le paysage de l’art moderne. En 1965, Jean Giono l’invite à illustrer ses écrits d’eaux fortes. L’œuvre, intitulée La Charge du roi est éditée par Adrien Maeght.

Aujourd’hui Jean Cortot est toujours un lecteur passionné, « braconnier » peut-être. Un « prédateur de textes » qui dialogue avec cette matière par le medium de la peinture. Il compose des frises et des portraits sur des paysages colorés. Des bandeaux de mots, citations, poèmes entiers de ses amis et ses idoles.

Jean Cortot, Charles Baudelaire, 2015. Eau-forte originale éditée à 35 exemplaires, 33 x 25 cm. @ Galerie Maeght, Paris

Ils sont là à l’entrée, dans sa galerie de « portraits ressemblants comme les souvenirs sont ressemblants ». Guillaume Apollinaire, Charles Baudelaire, Mallarmé, James Joyce, Pétrarque…

Dans cette série de portraits en lithographies, les illustres écrivains se profilent sur des fonds comme les interprétations en eau forte de leurs univers. Pétrarque semble l’icône d’un maître Primitif. Mallarmé se détache sur un fond étoilé. Baudelaire transparaît dans la fente d’un écran violet. Éluard à travers une pluie de pétales.

Cortot élucide ou éclaire ainsi les âmes des créateurs, révèle « ce que le poète lui-même maintenait prisonnier ou submergé dans l’épaisseur du langage. »

Il n’y a pas de nature, 1999. Mixte sur toile, 62,5 x 58 cm. © Galerie Maeght, Paris

Comme la peinture la poésie…

Dans la galerie, quatre-vingt œuvres s’exposent en compositions-hommages à Paul Valéry, René Char, Paul Morand… Alors, « ut pictura poesis » ? Ici, les deux langages se complètent et créent ensemble des compositions. Les mots sont une matière que Cortot module à sa guise. La superposition dépasse la comparaison…

On aperçoit de loin ces frises et ces tondos de lettres sur des couleurs glissant, bruissant. Puis le paysage de ciel qu’elles projettent s’avère être le fond autant que les lettres qui créent en bandeau ou en cercle une seconde impression.

Rien ne me touche plus que le matin, 2002. Mixte sur toile, 49,5 x 76 cm. © Galerie Maeght, Paris

Le papier sur lequel s’encrent les mots est aussi travaillé que le support de la peinture, page et toile. Les résidus végétaux s’y mêlent et l’artiste joue avec les formes qu’il dépose à leurs surfaces. Dans Does the river, oeuvre à part, les lettres deviennent le graphisme sur les couleurs de la trame. L’artiste livre à son art sériel une dimension supplémentaire…

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