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En France, il est un familistère…

Anne Malary 9 octobre 2017

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Vous aimez les quais des gares aux grandes verrières, les coups de sifflet des grands départs et les vapeurs d’un autre siècle. Vous aimez la fumée qui s’élève en panache des sucreries du Nord. Les champs de betteraves à perte de vue. Sur des lignes planes, des lignes courbes, sur les routes d’Origny à Guise. Traversez les réseaux de tuyaux et les grandes cheminées comme les portails d’entrée des rues serrées aux murs de briques. Arrivez dans la cour majestueuse d’un familistère. Sous les coursives et la lumière claire, un petit train à vapeur vous introduit à l’exposition actuelle.

Exposition universelle, Paris, 1855, Max Berthelin © Musée Carnavalet / Roger-Viollet

Roulez, mécaniques !

Le familistère de Guise est en lui-même une fierté. Mais quand il accueille en son sein les « Machines au service du peuple », l’homme se voit plus fier encore d’avoir mis au point, d’avoir exposé et de voir exposées les œuvres de son génie.

« Gare, gare ! Voici la machine à vapeur qui arrive ! » La première mécanique de la modernité changea la face des paysages, scandant l’horizon de cheminées, reliefs colorés de l’industrie triomphante. Monstre social ou merveille mécanique, force de Frankenstein, mastodonte animal… l’opinion publique et intellectuelle jette sur elle une lumière en clair-obscur.

Elle a en tout cas une force graphique. Quand le peintre Bonhommé peint les forges, il raconte un monde sous-terrain en fusion. Il y a le four à puddler, les rails à marteler, et entre les machines un garçon court en tirant le fil qui rougeoie. De la poudre d’or étincelle dans la pénombre du progrès, la fumée et la roue hydraulique s’activent en sfumato et les machines courent à cent chevaux. Alors se produit la transmutation du métal, la tôle se transforme en or. C’est le feu donné aux hommes, et le spectacle de ce qu’ils en font.

Plus loin un tableau du même peintre montre les ouvriers s’activant au marteau-pilon, courbés et cabrés en un incroyable cycle de mouvements : ramer, se relever, recommencer. Et la vapeur comme eux danse dans la sueur de l’effort en vitesse constante.

Vue intérieure des Forges d’Abainville (Meuse) : train de laminoirs à rails et à fers marchands. François Bonhommé. 1839 © Collection particulière, avec l’aimable autorisation de la galerie Talabardon et Gautier, Paris / Guillaume Benoît

À ce rythme, on remonte vite les fleuves en contrant les caprices du vent. La roue et l’hélice se mettent en route, les machines de marine vrombissent dans le cliquetis magnifique du métal doré et du bois ambré. Les planches et les maquettes, les toiles où ne figurent plus de voiles nous laissent recomposer en pensée les premiers émois et les premiers sons…

Il y aussi celui des premières locomotives ! Elles sont là à l’arrêt, comme la reproduction d’une machine de la Compagnie du chemin de fer d’Orléans et du Midi, 6 roues, 402 chevaux, attelée sur les trains express atteignant 40 km/h (!) Ceux-là même dans lesquels s’installe alors une foule sociale, mêlée de princes et d’ouvriers. Et en fond sonore court la cantate des chemins de fer composée par Berlioz. En 1846, l’orchestre symphonique des cheminots accompagne le chœur célébrant les merveilles de l’industrie, lors de l’inauguration de la ligne Lille-Paris.

Maquette de locomotive à vapeur Stephenson type 111, Pierre Clair, 1846-1851. © Musée des arts et métiers – CNAM / Jean-Claude Wetzel

De telles machines sont présentées en trophées lors des expositions universelles qui déplacent les foules. Si nous avons du mal à nous les représenter aujourd’hui, un petit objet dévoile l’ampleur de la chose. Un précieux coffret en ronce de noyer contient des vues stéréoscopiques de l’exposition universelle de Londres. Incroyable invention : il s’agit de la fusion de deux images reçues par chacun des deux yeux à travers une visionneuse. En notre cerveau s’assemble un imaginaire puissant, un luxe de fiction qui donne à voir le monde avant les presses à imprimer…

The Exhibition Opera Stereoscope. London Stereoscopic and Photographic Company. 1862 © Musée de la Photographie, Conseil départemental de l’Essonne, Benoit Chain.

Quand le fondateur du familistère André Godin – père des poêles Godin ! – visite ces grands halls, lui viennent mille idées. Il ne tarde pas lui aussi à concevoir des machines pour la cuisine… et même pour « révéler des esprits ». Car sa pensée au service de l’homme est universelle ! Il nous introduit ensuite à des sphères plus familières, les machines de l’atelier domestique.

Rapid Soup, Legumex, Robot-Marie. Autocuiseur, marmite Lilor, Cocotte minute. La vapeur siffle dans la cuisine ! Les robots ménagers remplacent la manivelle par le moteur électrique et brillent comme des friandises faciles à la fin du parcours. On s’est depuis habitués à voir la machine investir la maison, exceptionnelle ingénierie au service du progrès social, que l’on disait libératoire !

Alors que l’on atteint le dernière étage – l’exposition fait un circuit parmi les appartements – on se penche sur les rambardes, prenant la lumière zénithale de l’incroyable endroit…

Utopia

Nous avions présenté il y a quelques temps le familistère de Guise. Des années 2000 à aujourd’hui, il s’est transformé. Le programme Utopia a oeuvré à sa restauration et à sa valorisation. Ce sont des hectares de jardins et de vastes espaces d’exposition sur 5 000 m2.

Façade du familistère © Familistère de Guise

Godin, ouvrier et fils, petit fils, arrière petit-fils d’ouvrier de la campagne, embrasse dans les années 1840 les idées de Charles Fourier. Il a déjà fondé un atelier de poêles et de chaudrons dans son village d’origine et s’apprête à devenir le capitaine d’une industrie de fonderies et manufactures d’appareils de chauffage et cuisson à Guise et à Bruxelles.

Il voit dans les pensées d’harmonie de Fourier la solution aux maux de la société. Mais il n’applique pas directement l’utopie du phalanstère. Il greffe sur l’association de la phalange et du monastère la vie de la famille. Et à Guise il fonde une ruche monumentale, le familistère.

Intérieur du pavillon central © Familistère de Guise

Les familles cohabitent dans un immense palais social. Le familistère est un monde à part, plus grand et plus durable que le plus grand kibboutz. Là tout est clair et hyper fonctionnel, même la hauteur des fenêtres doit partager la lumière et l’espace entre les rambardes ne jamais mettre les enfants en danger. La charpente est en bois pour étouffer les échos se brisant contre le verre du grand toit et donner à la cour intérieure l’aspect d’un immense et chaleureux salon. En résulte un endroit superbe, où les briques dessinent des ailes et que surplombe un belvédère de fer.

Parmi les bâtisses adjacentes, le réfectoire était un économat. Le scénographe a souhaité rappeler dans ce lieu la distribution originelle des volumes. Les tables sont massives et au plafond luit un réseau de tuyaux en laiton, des lampes basses comme des canaux dorés sous lesquels on savoure après la visite la première gorgée de bière. On imagine dans cette ambiance de pub des ouvriers s’affaisser après l’effort, toujours dans un décor de fonte.

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