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En Val de Loire, les feuillages forment des rideaux qui dévoilent un blanc château…

Anne Malary 29 septembre 2017

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La lumière fait un doux projecteur sur les murs du château d’Azay-le-Rideau. Les feuilles vert-doré volent en portant leurs ombres éphémères, et dans l’allée de chênes, on avance vers un mirage posé sur l’eau. Il n’est plus près de s’évaporer. 

Château d'Azay-le-Rideau - façade Nord © Léonard de Serres - CMN

Château d’Azay-le-Rideau – façade Nord © Léonard de Serres – CMN

Premiers frissons

Il y a d’abord ce parc arboré. Les grands végétaux frissonnent en ces premiers jours de l’automne, leurs branches se balancent ou étendent leurs bras sur l’eau. Ils dessinent sur huit hectares des chemins ombragés. Il y a des peupliers et des platanes, des cèdres du Liban et des sophoras du Japon… mais aussi des essences exotiques comme le carya, un noyer importé des États-Unis d’Amérique. Chaque jour une équipe de sept jardiniers veille à leur bien-être. Dans ce parc s’épanouit aussi toute une biodiversité, des libellules et des poissons qui profitent de l’Indre et des miroirs d’eau, des chauves-souris qui se réfugient dans le comble du château.

Car le Val de Loire est une région naturelle. Le château d’Azay a été construit sur une île, en pierre calcaire issue des falaises de la Loire. Il fallait bien restituer cette magnificence innée… De 2014 à 2017, le Centre des Monuments Nationaux a restauré le parc et le monument que Balzac qualifiait – sans exagération, nous le certifions ! – de « diamant à facettes sertis dans l’Indre ».

Château d'Azay-le-Rideau - façade Sud © Léonard de Serres - CMN

Château d’Azay-le-Rideau – façade Sud © Léonard de Serres – CMN

Le chantier extérieur a permis de redonner au parc l’aspect qui avait été pensé par les occupants du XIXe siècle – les marquis de Biencourt – pour mettre en valeur le château. On a ôté la boue de l’eau pour retrouver sa transparence et l’éclat d’un miroir à la mesure du joyau qui, prolongé par son reflet, retrouve sa verticalité majestueuse. Une pellicule de lichen a été décollée sur les façades. Elles sont à présent si blanches que les algues d’eau douce qui strient l’eau dessinent aussi des rayures sur les murs, et les poissons qui passent font vibrer la pierre.

Les marquis ont littéralement « inventé » leur monument comme on écrit un conte, et l’éclairage extérieur, des projecteurs immergés et sur flotteurs, créent aussi des effets aquatiques et romantiques.

Merveilleuse immersion

Outre ces alentours, l’élégance des intérieurs… Le savoir-faire des ateliers du Mobilier national a été mobilisé pour restaurer les collections, restituer les textiles du château, et le CMN a suivi une politique d’acquisition d’oeuvres et d’objets. Ensemble, ils ont recréé l’art de vivre des marquis de Biencourt. À l’aide de sources documentaires – procès-verbaux, catalogues de vente, photos d’archives, inventaires… – le rez-de-chaussée a été remeublé dans un souci d’harmonisation et d’authenticité historique.

Billard des marquis de Biencourt © Léonard de Serres - CMN

Billard des marquis de Biencourt © Léonard de Serres – CMN

Parmi les salles chaleureuses et tamisées, celle du billard. Aux murs, les tentures portent leur dessin originel sur un tissu gaufré et rebrodé à la main. Autour du meuble principal, les banquettes qui lui sont assorties, la chaise « fumeuse » avec son tissu du XIXe siècle, les deux « chauffeuses » avec fût d’origine et tissu moderne… oui, ce sont des compositions, des matières et des supports garnis en puisant dans les collections authentiques. C’est ainsi que l’on revêtit et fait respirer les pièces d’un château !

Les tableaux qui avaient appartenus aux marquis ont aussi été restitués. Outre les portraits, des chefs d’œuvres incroyables, comme ces Allégories des cinq sens par Le Primatice. Une scène délicate et sensible montre des gestes d’une sensualité familière au luxe des étoffes luisant sous la lumière d’époque. Comme ces rideaux ornés en damas de soie, et ces lampes à huile très en vogue à l’époque – appelez-les « quinquet » !

Billard - détail d'un rideau © Léonard de Serres - CMN

Billard – détail d’un rideau © Léonard de Serres – CMN

On déambule ainsi dans le château, on passe par un vestibule posé sur le miroir d’eau qui s’étend derrière la vitre… On lève les yeux et voici une voûte étroite sur croisées d’ogives, où la lumière se niche puis se pose sur les hortensias. On ne serait pas étonné de croiser par hasard la personne de Biencourt qui les aurait posés sur cette table en bois.

Afin de poursuivre le voyage dans le temps, il faut emprunter le grand escalier car les artistes plasticiens Piet.sO et Peter Keene ont investi le premier étage. Leurs matières contemporaines apportent aux lieux l’attrait de la surprise.

Tension dramaturgique

Le duo a imaginé des œuvres alchimiques : automates, jouets fantastiques, boîtes à surprises et sons merveilleux. Le château abritant la chambre de Psyché, les artistes ont évoqué le parcours initiatique de la princesse, mais aussi la figure de la magicienne Armide en écho aux tapisseries des intérieurs. Du spectacle – presque – vivant !

Ils ont ainsi conçu la salle du banquet. Au rythme d’une musique royale, s’anime la robe de la magicienne Armide qui n’a pas de visage. Déployé sur une grande table, tout un monde étrange et coloré : un poisson qui bouge, des cannelés rosés, des papillons dorés sous une cloche de tissu, un faisan sur des boudins de charcuterie…

Plus loin, Psyché vient se reposer dans sa chambre après avoir été chassée du Palais d’Éros, comme le figure la tapisserie d’époque tendue sur les murs. Elle porte sa robe couleur de lune et nous regarde, un miroir et une petite lampe à la main. La princesse nous reflète en mille facettes et des éclats de lumière se brisent sur le parquet. Dans le petit cabinet d’une autre chambre, un tressage de jonc forme un livre grotesque qui semble léviter comme un papillon éphémère, une cocasse chimère.

Salle des bals et des festins © Léonard de Serres - CMN

Salle des bals et des festins © Léonard de Serres – CMN

Si toute cette fantaisie est possible et l’émerveillement infini, c’est en partie car le château d’Azay-le-Rideau n’a jamais été associé à de grandes figures ni à de lourds évènements historiques. Aucun roi n’y est mort, personne n’y a été empoisonné… reste le charme léger, les atours d’une maison de seigneurs et d’aristocrates.

Au début ou au terme de votre promenade, passez par le Pressoir. Il propose de découvrir les lieux grâce à des dispositifs numériques et tactiles ainsi nommés : miroir d’eau, camera obscura, ciel onirique et matériauthèque ! Une médiation pertinente, ludique et adaptée à tous les publics.

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