Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

La Passion Van Gogh : voir valser les couleurs sur grand écran

Anne Malary 13 septembre 2017

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

C’est comme glisser dans une faille temporelle au cours d’une promenade au musée d’Orsay. Soudain devant La nuit étoilée, on est aspiré par la tornade, plongé dans la tourmente d’un peintre génial. La réalisatrice et scénariste Dorota Kobiela et le producteur Hugh Welchman ont projeté l’impossible : réaliser cette sensation, et la prolonger par la narration.

Vincent Van Gogh dans La Passion Van Gogh, Dorota Kobiela et Hugh Welchman, 2017

Vincent Van Gogh dans La Passion Van Gogh, Dorota Kobiela et Hugh Welchman, 2017

Une prouesse technique

La passion Van Gogh, c’est cette obsession picturale qui a animé les réalisateurs du film et les 90 artistes qui ont collaboré durant sept années pour exécuter une œuvre monumentale : le premier long métrage entièrement peint à la main. Venus du monde entier, ces peintres-animateurs ont travaillé dans les studios Loving Vincent en Pologne et en Grèce pour faire correspondre une peinture à chaque plan du film tourné en prises de vue réelles. Une tension naît alors de la superposition des supports et des media : la toile sur le chevalet devient l’écran, le cinéma fluidifie les mouvements.

C’est aussi la vie intérieure de Van Gogh qui se révèle dans ses lettres passionnées qui ont servi de référence à la trame du film. Car le peintre lui-même, dans son ultime missive, lance le défi aux réalisateurs : «On ne peut s’exprimer que par nos tableaux». Ce seront donc ces derniers qui nous guideront sur les traces de leur maître.

Les lignes d’une énigme

Auvers-sur-Oise, 1891. Un an après le suicide de Vincent van Gogh, le facteur Joseph Roulin qui le connaissait bien, charge son fils Armand de remettre une lettre de l’artiste à son destinataire, Théo van Gogh. Ces lignes manuscrites ne seront jamais lues par le frère du peintre, disparu peu de temps après lui. Mais elles ont pour le jeune Armand la forme d’une énigme. En se rendant dans le village des peintres, ce Bel Ami à la veste jaune pur mène son enquête. Tentant de comprendre les motifs et les ressorts de la mort de Vincent, il traque les souvenirs des témoins, et s’imprègne peu à peu de la tourmente d’une âme recluse.

Quand Armand fume, des volutes blanches montent dans l’air, des arabesques pour l’homme à la pipe comme une traduction plastique des mots de Mallarmé dans Hommage :

Toute l’âme résumée 
Quand lente nous l’expirons 
Dans plusieurs ronds de fumée 
Abolis en autres ronds 

Et toute la poésie du XIXe siècle se déploie en écho.

Armand Roulin, La Passion Van Gogh, Dorota Kobiela et Hugh Welchman, 2017

Armand Roulin dans La Passion Van Gogh, Dorota Kobiela et Hugh Welchman, 2017

Les couleurs, le siècle palpitent

La couleur progresse par touches et vibre sous nos yeux. Bâtisses tanguant, champ de blé ondulant, église tous murs dépliés, les plans sont toujours mouvants. Les sourires aussi, quand s’animent les portraits clairement identifiables : le père Tanguy devant son mur tapissé de toiles témoigne, accoudé près d’une branche de digitale, le docteur Gachet parle.

Avec eux, c’est toute la fin du siècle qui se lève. Dans les cafés parisiens émanent des effluves d’absinthe, s’égosillent les artistes, leurs marchands et les écrivains. Et quittant Saint-Lazare, les trains se lancent à toute vapeur. Tous ont les teintes et l’épaisseur de la touche de Van Gogh. A l’auberge d’Auvers-sur-Oise, trois oranges, deux citrons sont posés près du café, leurs ombres rondes tremblant sur le bois de la table. Chez le docteur Gachet, le vert du papier peint se reflète sur les joues d’une jeune femme. Les couleurs se contaminent et s’éclairent. Comme les visages des personnages, du bleu dans les cils et sur les sourcils. Du bleu qui se niche dans les boucles blondes et danse sur les contours des étoffes. Dehors, le foisonnement végétal est aussi flamboyant… Dehors, on sort éclaboussé.

« Je voudrais montrer par mon travail, ce qu’il y a dans le cœur d’un tel original », écrivait Van Gogh. Relever ce défi, c’était possible pour les réalisateurs aussi. Car chez le peintre pour que la nuit s’allume, le jaune et le bleu ne s’épousent-ils pas ?

La nuit étoilée, Huile sur toile, 1888, Paris, musée d'Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski

La nuit étoilée, Vincent Van Gogh, Huile sur toile, 1888, Paris, musée d’Orsay © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE