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Picasso à Boisgeloup : Marie-Thérèse, toujours

Agathe Lautréamont 31 mai 2017

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Avez-vous déjà entendu parler du domaine de Boisgeloup ? Ce château situé aux portes de la Normandie, à quelques encablures de Gisors, fut pendant cinq années le lieu de création privilégié du maître espagnol Pablo Picasso. Avec son épouse Olga, ils cherchèrent à Boisgeloup le calme et la solitude que ne leur offrait plus Paris où Picasso, immensément célèbre, croulait sous les sollicitations. Pourtant, derrière ce cadre idyllique, se cachait en vérité un triangle amoureux. Olga aimait Pablo qui aimait… Marie-Thérèse. Aujourd’hui, coup de projecteur sur une œuvre du maître, hommage à la jeune fille.

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Pablo Picasso, Tête de femme de profil, 1931 © RMN – Grand Palais

À toutes celles et ceux qui clament haut et fort ne pas croire au coup de foudre, il suffit de leur conter dans le détail l’histoire de la rencontre entre deux personnages que rien ne prédestinait pourtant  à se rencontrer. Lui, Pablo Picasso, artiste dans sa quarantaine et surtout au sommet de sa gloire, artistique, marié à la belle Olga. Elle, Marie-Thérèse Walter, dix-sept ans, en promenade à faire du lèche-vitrine du côté des Galeries Lafayette.

Le peintre espagnol arrêta la jeune fille et lui proposa, sa voix tremblant d’émotion et de hâte, de faire son portrait. La jeune enfant, interloquée mais aussi curieuse, accepta l’offre du créateur. Se doutaient-ils qu’ils étaient appelés là à nouer une idylle qui deviendrait légendaire dans l’Histoire de l’art ? Toujours est-il que leur passion allait être dévorant, brûlante, mais représenterait également pour Picasso un creuset insondable d’inspiration et de force artistique.

Tête de Femme

Pablo Picasso, Buste de femme, 1931 © Succession Picasso

Une des plus belles illustrations de cette créativité retrouvée est probablement une simple feuille de papier vélin fin. Un dessin, tracé à la plume et l’encre. Un profil, comme Picasso aimait tant à les représenter, avec bien peu de coups de crayons, ne surchargeant pas son œuvre afin de mieux faire ressortir l’éclat de la ligne. Mais ici, c’est l’éclat de la jeunesse de Marie-Thérèse Walter qui se trouve sublimé, réinventé, par l’imaginaire de Pablo Picasso.

La jeune fille est d’une beauté délicate. Le visage rond, au teint éclatant, elle porte des cheveux fins coupés très courts, d’un blond lumineux, presque aveuglant. Ses yeux clairs semblent transpercer le corps de Pablo Picasso, ils fouillent son âme qu’il accepte de mettre volontiers à nu pour elle. Les yeux de la demoiselle, surtout, hypnotisent l’artiste exilé en France. Des yeux d’une douceur infinie, soulignés de cils blonds si longs qu’ils pourraient caresser sa pommette lorsqu’elle baisse le regard, intimidée par les prunelles ardentes du peintre.

Alors Picasso les caresse du bout du crayon, il les représente avec une infinie douceur, il les représente avec gourmandise. Cette gourmandise avec laquelle on dévore une amande. Et justement, désormais, Marie-Thérèse aura des yeux en amande sur chacune de ses représentations artistiques signées du maître du XXe siècle.

Louise Leiris face aux sculptures "Tête de femme" et "Buste de femme" dans l'atelier de Boisgeloup, Gisors, dans les années 1930

Louise Leiris face aux sculptures « Tête de femme » et « Buste de femme » dans l’atelier de Boisgeloup, Gisors, dans les années 1930

En admirant cette feuille, on ressent une hâte dans le trait de Pablo Picasso. Mais non pas la hâte qui émane de l’empressement de se débarrasser d’une tâche. Non, c’est là plutôt l’impatience de pouvoir enfin dessiner le visage de sa bien-aimée, donner un peu de présence dans une absence terrible au château de Boisgeloup. Car l’absence n’est pas la disparition d’un individu, c’est au contraire sa présence, obsédante, multipliée, enivrante mais qui déchire l’âme comme le cœur. Alors Picasso dessine sa belle, amoureux, dans l’attente de la retrouver.

 

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