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On a vu : Rodin, de Jacques Doillon

Agathe Lautréamont 30 mai 2017

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Tandis que les mois passent, nous nous en convainquons de plus en plus : l’année 2017 sera celle de Rodin ou ne sera pas. Les événements en lien avec l’Auguste sculpteur sont en effet légion : expositions pour le centenaire de la mort de l’artiste, confrontations avec des artistes contemporains, redécouvertes heureuses de bronzes et autres plâtres que l’on pensait perdus… Chez exponaute, nous ne sommes évidemment pas passés à côté de la sortie du nouveau film du réalisateur Jacques Doilon, biopic du grand sculpteur. Les critiques de film ne font pas partie de nos habitudes, mais après tout, pourquoi pas ? Critique, donc…

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Il est là, partout, omniprésent, occupant chaque plan du long-métrage. Vincent Lindon, le visage fatigué par la poussière de plâtre, le front soucieux de travail, étonnamment sculptural dans son ample blouse de travail beige salie, lessivée, comme lui. Il semble parfois ployer sous le labeur, sous les critiques qui jugent son travail trop ambitieux, trop novateur, parfois simplement sous les soucis personnels et pourtant, dès lors qu’il tourne autour de sa table de travail, explore les possibles de la sculpture, positionne les âmes sur sa Porte de l’Enfer ; sa prunelle brûle d’une lumière incandescente.

La direction artistique est, indéniablement, réussie. Chapeau au réalisateur Jacques Doillon d’avoir transformé l’acteur Vincent Lindon en un Rodin plus vrai que nature, qui marmonne dans son épaisse barbe noire et grise, grogne lorsqu’une modèle nue ne tient pas correctement la pose, épouse du regard comme l’eau épouse un vêtement la jeune Camille Claudel, qu’il aime d’un amour absolu, dévastateur.

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Shanna Besson / Les Films du Lendemain

L’ombre et la flamme

Prenons d’abord le temps d’évoquer la lumière, savamment maîtrisée tout au long du film de Doillon. Hormis les scènes tournées dans le parc du Château de l’Islette, havre des amours alors heureuses de Rodin et Claudel, la très grande majorité du film se déroule en intérieur. Entre les murs gris de l’atelier froid d’Auguste Rodin, dans les pièces feutrées et au bois craquant du château de la Loire occupé par les amants sculpteurs, dans l’intimité d’une chambre plongée dans le noir et où, à la seule lumière d’une bougie vacillante, Auguste et Camille admirent le modelé d’un petit nu de plâtre blanc, lisse et pur. Rodin de Jacques Doillon est un film de l’intérieur, ou peut-être est-ce de l’intériorité.

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Shanna Besson / Les Films du Lendemain

Passion commune

Le travail, le labeur, la création, l’imagination, proviennent du plus profond de nos âmes et êtres. Comme l’amour fou de Camille Claudel pour son esclave, son camarade et son roi : l’homme de sa vie. Izia Higelin, chanteuse et actrice à ses heures perdues, interprète une Camille Claudel rayonnante et comblée lorsque les deux amants travaillent de concert, créent d’un même élan, échangent, se montrent leur travail respectif, se nourrissent mutuellement de leur passion commune et de leurs réussites.

Puis vient le temps des incompréhensions, des rivalités imaginées, des mensonges supposés. Higelin alors, périclite. Ses cheveux sont portés défaits, ses mains tremblent lorsqu’elle dévoile La Valse à son amant de sculpteur, l’éclat de son teint a disparu. Séparée de son âme sœur, elle semble avoir vieilli de dix ans. Par pudeur, on l’espère, le film n’évoque ni Ville-Évrard, ni Montfavet.

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Shanna Besson / Les Films du Lendemain

Chercher l’âme

Jacques Doillon filme donc la sculpture, l’action créatrice, la longue réflexion d’où seulement peut surgir le chef-d’œuvre. Rodin/Lindon hésite longuement sur le positionnement de ses âmes damnées sur les linteaux de sa Porte de l’Enfer, tourne de longues minutes autour du groupe des Bourgeois de Calais, évoque avec une blessure à vif dans la voix les attaques subies au moment de la présentation de L’âge d’Airain (l’artiste fut accusé d’avoir moulé directement sur le corps du modèle), se heurte à l’incompréhension teintée d’agressivité lorsqu’il fait surgir de son cerveau un Balzac gargantuesque, noyé dans sa robe de chambre, le front bombé par tous les personnages de la Comédie Humaine s’agitant à l’intérieur de cet imaginaire inarrêtable.

Aussi le superflu est-il écarté. On notera qu’il n’y a que très peu de musique tout au long du film, le son se concentrant sur les dialogues, les pensées intimes de Rodin (qui rythment le film, découpé en chapitres) mais aussi et surtout : la respiration des acteurs. On entend Auguste Rodin respirer, on perçoit les soupirs de Camille Claudel, on saisit le souffle sifflant de Victor Hugo que le sculpteur vient visiter pour réaliser son buste. La vie est partout, que ce soit dans les sculptures en plâtre et bronze que dans les acteurs, qui ne jouent pas seulement, ils donnent véritablement corps à leurs personnages historiques.

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Shanna Besson / Les Films du Lendemain

Quelques maladresses

Nous regretterons peut-être la représentation un peu caricaturale de la compagne d’une vie d’Auguste Rodin, Rose Beuret, jouée dans le long-métrage de Doillon par la comédienne belge Séverine Caneele. Rose Beuret, qui ne devint Rose Rodin qu’en 1917, quelques mois seulement avant la mort de l’artiste, était-elle véritablement la femme austère, sombre, renfermée, volontiers acariâtre que nous donne à voir Doillon ? Pas si sûr. Les premiers bustes féminins de Rodin furent inspirés de cette femme très belle dans sa jeunesse, son dévouement à Rodin était connu pour être sans faille.

Le tableau a peut-être été un peu trop noirci, de sorte à rendre Claudel/Higelin plus lumineuse encore. On regrettera peut-être aussi quelques longueurs dans la seconde partie du film (dont le passage est marqué par la rupture avec Claudel), mais cela ne vient-il pas de notre habitude à ne plus nous voir servis que des films qui ont désappris à poser un décor, dessiner un caractère, approfondir une atmosphère ? Pour apprécier le film, il suffit de se laisser porter…

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