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Dianne Bos : silence, espoir et lyrisme au Centre Culturel Canadien

Agathe Lautréamont 17 mai 2017

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Un projet artistique polymorphe, sibyllin et délicatement lyrique s’offre aux visiteurs du Centre Culturel Canadien depuis le 8 avril dernier. Une exposition temporaire au titre impénétrable, qui suggère davantage qu’il ne dit : « The Sleeping Green ». L’artiste canadienne Dianne Bos a choisi de se laisser porter, pour cet accrochage photographique, par l’un des méandres les plus douloureux de l’Histoire : celui de la guerre. Accompagnée de plusieurs appareils photo, elle a parcouru les champs de bataille de la Première Guerre Mondiale, capturant des images vaporeuses et délicates qui, elles aussi, suggèrent plus qu’elles n’exposent.

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Coquelicot, Ploegsteert, Belgique, 2014 © Dianne Bos

C’est un paysage enchanteur, aux couleurs saturées et à la composition foisonnante, qui nous saisit dès l’entrée dans l’exposition du Centre Culturel Canadien : « The Sleeping Green ». Au mur, un tirage de belle qualité, brillant et fin, d’une photographie captivante. Des fleurs, à profusion, des coquelicots pour être tout à fait précis. Leurs pétales écarlates explosent, chatoyants, parmi les broussailles d’herbes d’un vert tendre.

Le soleil puissant de midi intensifie les teintes, des taches de lumière aveuglante ponctuent la photographie de format carré. Au travers du regard de l’artiste canadienne Dianne Bos, nous autres visiteurs opérons une transformation radicale : d’adulte, nous devenons petit insecte qui évolue tant bien que mal dans une végétation luxuriante qui s’est développée là où, il y a un siècle, la mort régnait sans partage.

Nous nous muons en enfant déambulant à quatre pattes parmi les herbes folles, notre point de vue est lié au sol, à la surface de la terre, nous écartons d’une main les plantes sauvages et notre regard fouille chaque recoin de nature à la recherche d’une source de beauté inattendue.

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Spanbroeken, 2014 © Dianne Bos

Quant aux frêles coquelicots, ils n’ont évidemment pas été choisis par hasard. Dans les pays du Commonwealth (dont fait partie le Canada, pays d’origine de l’artiste), cette fleur sauvage qui perd ses pétales sitôt qu’on la cueille symbolise le souvenir de la Première Guerre Mondiale. Sa corolle pourpre renvoie au sang versé par les millions de soldats disparus pour leur patrie.

Sa capacité à pousser absolument partout du moment qu’il y a un peu de terre (y compris sur un sol meurtri par les balles, le gaz chimique et les obus) symbolise l’espoir qui ne disparaît jamais totalement, le renouveau de la vie, l’espérance en de jours plus glorieux. Symbolique éloquente. Nous allons d’ailleurs retrouver cette plante trop souvent ignorée dans plusieurs autres photographies de Dianne Bos, qui l’immortalisa à plusieurs reprises dans ses clichés conceptuels, poétiques et véritables odes à l’imaginaire que rien ni personne ne saurait museler.

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Beaumont-Hamel, 2016 © Dianne Bos

Cette sensation d’explorer un monde irréel depuis des yeux neufs peut être ressentie face à chaque cliché, éblouissants de beauté, que nous présente le parcours temporaire du Centre Culturel Canadien. Dianne Bos, en quête de la création d’une atmosphère unique et qui n’appartiendrait qu’à elle,  a fait le choix de s’éloigner des appareils photo numériques contemporains.

Au contraire, elle s’est tournée vers d’anciens procédés photographiques, aussi a-t-elle fait appel à de vieux boîtiers photographiques de format 6 x 6 mais également à une ancienne chambre noire vieille de plus d’un siècle. Enfin, au long du procédé de développement des films, Dianne Bos entre dans le processus de fabrication des fantômes qui apparaissent sur ses clichés.

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Passchendaele, Belgique, 2014 © Dianne Bos

Des apparitions prenant la forme de plante, de volutes, de cercles, de grains de poussière ou de pollen, comme si elle cherchait à donner corps à ces mêmes fantômes en peine qui doivent encore errer sur les terrains scarifiés de l’est de la France, des Flandres, de la Belgique.

Il suffit d’apposer directement sur le négatif ou la plaque de verre de tout petits éléments végétaux, parfois même lancer une poignée de terre glanée lors d’une sortie photographique, pour doter le cliché final d’une âme, d’un souffle qui n’aurait pas été révélé sans ce procédé simple, mais absolument malin.

« The Sleeping Green » au Centre Culturel Canadien est un parcours brillant, empreint d’une splendeur émouvante, un véritable poème composé à la gloire de l’espérance qui refleurit quoi qu’il arrive.

 

partenaire-créa-adrien

DIANNE BOS "THE SLEEPING GREEN."

03/04/2017 > 08/09/2017

Centre culturel canadien

PARIS

Dianne Bos a emprunté le titre de cette exposition au célèbre poème Break of Day in the Trenches d’Isaac Rosenberg, poète et soldat d...

Exposition terminée
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