Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_une_favori
expo_cercle_1 FENDRE L'AIR

27/11/2018 > 07/04/2019

Musée du quai Branly - Jacques Chirac

- PARIS

expo_cercle_2 TRANSMISSION/TRANSGRESSION

03/10/2018 > 03/02/2019

Musée Bourdelle - PARIS
expo_cercle_3 TRÉSORS DE KYŌTO

26/10/2018 > 27/01/2019

Musée Cernuschi - PARIS
expo_cercle_4 MIRÓ

03/10/2018 > 04/02/2019

Grand Palais - PARIS

LA NEWSLETTER

Olga Picasso : le modèle et le destin du peintre

Jéremy Billault 11 mai 2017

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Jusqu’au 3 septembre prochain, le musée Picasso (Paris), présente la première exposition consacrée à un personnage majeur de la vie de Pablo Picasso : sa première épouse, Olga. Objet privilégié de sa peinture pendant une vingtaine d’année, la figure d’Olga évolue comme évolue le couple : la perception de l’homme et l’évolution de la peinture ne fond qu’un. Analyse. 

9

Pablo Picasso, Corrida, 1935 ©Succession Picasso, 2017 Crédit photo : ©RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau

Dire qu’il aura fallu attendre 2017 pour qu’on nous la présente. Cent ans, un siècle tout juste après la rencontre qui bouleversa sa vie comme elle influencera l’Histoire de l’art, Olga Khokhlova, future Olga Picasso, bénéficie enfin des honneurs d’une grande exposition. Première épouse d’un illustre mari qui en connaîtra plusieurs, Olga est peut-être également celle dont l’impact sur sa peinture reste le plus évident : au fil des aléas du couple, Picasso s’attachera à représenter des sentiments éloignés, voire opposés, de l’admiration au rejet, de l’amour à la violence. Le personnage d’Olga fascine car il est double : la femme qui épousa l’homme sera à la fois témoin et objet d’évolutions picturales majeures dans le travail de l’artiste. C’est cette complexité que le musée Picasso a choisi de présenter dans une exposition passionnante où se côtoient objets personnels, éléments du quotidien du couple, et représentations picturales extrêmement variées.

Picasso Pablo (dit), Ruiz Picasso Pablo (1881-1973). Paris, musée Picasso. MP993.

Pablo Picasso, Olga pensive, Paris,  1923  ©Succession Picasso, 2017 Crédit photo : ©RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau

De leur première rencontre en 1917 à leur séparation en 1935, Olga et Pablo traversent, somme toute de façon assez banale, différentes périodes : douceur, admiration, violence, rejet… Sensible et extrêmement productif, Pablo Picasso s’attachera toujours, avec plus ou moins d’intensité, à représenter Olga, celle qui porte en elle un ensemble de sentiments et de sensations dans lequel il est plongé. Dès 1917, cette danseuse des Ballets russes fascine le peintre comme elle attire l’homme, par sa grâce, sa délicatesse et sa fraîcheur. Olga est représentée de façon très figurative, douce, dans une série de toiles qui surprennent. Car Picasso décide ouvertement de se tourner vers un certain classicisme à travers les postures et la lumière qui rappellent les plus grandes scènes de genre : Olga est représentée gracieuse, presque sainte, le peintre l’admire, au point de faire appel à ce que la peinture connait de plus solennel pour la représenter. Olga assise, lisant, écrivant, porte sur son visage les stigmates de la situation russe de l’époque, dramatique pour sa famille, avec laquelle elle ne communique que par lettre et qu’elle ne reverra jamais.

15

Pablo Picasso, Mère et enfant au bord de la mer, 1921 © Art Institute of Chicago, Dist. RMN-Grand Palais / image The Art Institute of Chicago

En 1921, la naissance de Paul, unique enfant du couple, donne à la figure d’Olga une esthétique nouvelle : toujours gracieuse, délicate et toujours aussi grave, elle porte en elle la puissance de la maternité à laquelle Picasso est confronté pour la première fois. L’union du couple entre en contraste avec le chaos qui règne du côté la famille de la jeune femme, le personnage central est plein de tendresse, le fond de l’atmosphère se recouvre de grisaille et de tristesse.

A partir de 1925, comme le montre l’exposition (pertinemment présentée de manière à ce que cela apparaisse clairement au visiteur), quelque chose change dans l’esprit de Picasso. De l’homme comme du peintre. L’année 1925 apporte les premières traces d’un rejet qui prendra de l’ampleur, l’année 1927, celle de la rencontre de Picasso et de la jeune Marie-Thérèse (qui deviendra sa maîtresse dans la plus grande discrétion), concrétise se changement irrémédiable. A la recherche d’un surréalisme intime, une peinture qui représenterait le réel au delà de la réalité physique, Picasso envisage son modèle sous un angle radicalement différent. Olga devient alors une incarnation de la violence, figure molle aux dents acérées, assourdissante, omniprésente, elle devient celle dont on ne peut se détacher, un être malsain, une chimère, une malédiction.

5

Pablo Picasso, Grand nu au fauteuil rouge, 5 mai 1929 © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau

Si, compte-tenu de son jeune âge, Marie-Thérèse reste secrète dans la vie de l’homme, elle surgit rapidement dans l’oeuvre du peintre. La grâce prend une nouvelle forme, la fraîcheur et la créativité se cachent toutes deux loin d’un monstre omniprésent, loin du sentiment-ressentiment de Picasso par rapport à son épouse. Déformations radicales, postures violentes, Olga hante jusqu’à l’endroit sacré de l’atelier, concrétisation de l’espace mental de création. Picasso ira même jusqu’à crucifier l’idée d’Olga, seule figure grise dans un monde de couleurs, tandis que Marie-Thérèse, gracieuse, est représentée nageuse, femme toréador, apaisée et en mouvement.

8

Pablo Picasso, La Crucifixion, 7 février 1930 © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / Mathieu Rabeau

Il faudra attendre la séparation du couple (qui marquera également un temps d’arrêt pour Picasso vis-à-vis de la peinture) pour retrouver un certain calme. Pablo et Olga resterons mariés jusqu’à la mort de celle-ci, en 1955. Olga lui écrira quotidiennement pendant cette dernière vingtaine d’année, la violence, qui était surtout présente dans l’esprit de Picasso, a disparu. Chaque moment de l’histoire du couple est en quelque sorte devenu un moment de l’Histoire de l’art : le cheminement radical de Pablo sera crucial pour sa carrière et pour le siècle, la figure d’Olga en sera toujours le témoin. Tout n’est finalement qu’une affaire de sensibilité…

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE