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Henry Valensi, l’homme qui voulait peindre comme la musique

Jéremy Billault 4 mai 2017

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Jusqu’au 17 septembre prochain, le Musée du Château des ducs de Wurtemberg de Montbéliard consacre une vaste exposition rétrospective à un peintre quelque peu oublié de l’Histoire de l’art : Henry Valensi. Fondateur du mouvement musicaliste, voyageur infatigable, Valensi passa sa vie à faire évoluer son art de manière très personnelle, intime et ambitieuse. Visite. 

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Henry Valensi, Les faucheurs, 1910 Courtesy Galerie Le Minotaure © ADAGP – Paris, 2017

Un grand oublié de l’Histoire de l’art. Voilà comment, peut-être, on pourrait aborder Henry Valensi (1883-1960), hyperactif de la couleur, théoricien de la peinture, qui n’a connu qu’une seule et unique rétrospective de ses œuvres au cours des cinquante dernières années. Heureusement pour lui (et pour nous), le Musée du Château des ducs de Wurtemberg, à Montbéliard (25), a décidé de mettre fin a cet oubli en accueillant dans ses 500 m² d’exposition une vaste rétrospective retraçant toute la carrière et les expérimentations picturales de ce peintre si particulier.

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Henry Valensi , Étude pour l’expression de l’automobile, 1920 Courtesy Galerie Le Minotaure © ADAGP – Paris, 2017

L’accrochage foisonnant, riche en toiles et en documentation, se présente à nous sous forme d’une chronologie : le visiteur traverse la vie de ce peintre inconnu et observe de près les chemins esthétiques qu’il décidera d’emprunter en parallèle des paysages qu’il découvrira avec énergie. Ainsi nous apparaît un jeune homme, étudiant, dont la peinture évoque encore beaucoup les Impressionnistes encore à la mode mais qui, rapidement, s’engouffre dans la voie sans limite de l’abstraction, notamment pour représenter ce qui le fascine : le mouvement.

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Henry Valensi, La cité de Carcassonne, 1934. Huile sur toile. 130 x 200 cm. Musée des Beaux-Arts de Carcassonne © ADAGP – Paris, 2017

Ses toiles prennent alors des couleurs, très prononcées, et représentent des sujets et des situations qui lui permettent d’aborder cette question fondamentale de la peinture abstraite. On ne peut alors s’empêcher de penser au Cavalier Bleu, à Kandinsky et ses derniers semblants de figuration ainsi qu’à Franz Marc, lui aussi roi des couleurs, maître du mouvement. Alors qu’il multiplie les voyages, Valensi s’attaque a une considération plus vaste du mouvement à travers des sortes d’immenses portraits de villes à la composition fidèle (fidèle à un plan) au sein desquels il incorpore une dimension temporelle. A deux doigts de la précision monumentale de certains artistes brut, géométrique, chaque toile-portrait de Valensi comporte une véritable narration qui offre à Alger ou à Carcassonne une personnalité unique.

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Henry Valensi, Symphonie en jaune, 1935, Courtesy Galerie Le Minotaure © ADAGP – Paris, 2017

Mais Valensi passera sa vie entière à développer un style qui lui est propre tout en affinant sa quête de la représentation du mouvement, en allant chercher sa forme la plus légère, la plus subtile : la vibration. Ainsi naîtra le musicalisme, mouvement dont Valensi sera la figure de proue et qui visera à conférer à la peinture les vertus de la musique, sa capacité à vibrer en notre fort intérieur, invisible, intangible mais bien présente. Avec une pointe de premier degré, Valensi s’attaque donc à la représentation littérale de la vibration, sous forme d’onde, donc sous sa forme la plus concrète. Symphonies de couleurs, nocturnes, Henry Valensi s’inspire directement de formes musicales pour composer sa peinture, un art dictant ses lois à un autre pour créer une forme nouvelle. Théoricien, conférencier à succès, le peintre consacra sa vie entière à ses recherches esthétiques : le résultat, qui nous est présenté en détail à Montbéliard, est un ensemble tout à fait unique, personnel, intime. Il y a tellement de l’homme dans la peinture, dans son évolution, dans sa théorie, que cela en devient touchant (à défaut d’être esthétiquement toujours irréprochable). Espérons donc qu’il ne faudra pas attendre un nouveau demi-siècle pour croiser à nouveau ce cher Henry Valensi.

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