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Emmanuel Macron – Marine Le Pen : quid de la culture ?

Jéremy Billault 27 avril 2017

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A la veille du second tour de l’élection présidentielle, celle qui décidera qui de Marine Le Pen ou d’Emmanuel Macron sera notre prochain président de la République, explorons en détail le programme de chacun pour en retirer ce qui, ici, nous intéresse le plus : la culture. Sujet discret pendant la campagne, la culture est pourtant présente chez l’un comme chez l’autre. Evidemment, de manière très (très (très)) différente. Analyse. 

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« L’art français, je ne l’ai jamais vu ». Voilà, polémique oblige, la principale occurrence de l’art et de la culture dans les débats incessants de ces dernières semaines. Au cœur d’une campagne rythmée par les attaques et les casseroles en tout genre, cette punchline un tantinet maladroite prononcée par Emmanuel Macron il y a quelques semaines a eu le mérite d’offrir un boulevard à ses assaillants et de nous offrir ainsi un aperçu de la pensée de chacun sur le sujet. Aujourd’hui, au lendemain du premier tour, à la vielle du second, cette phrase résonne d’autant plus fort qu’elle révèle une opposition radicale entre les idées d’Emmanuel Macron et celles de son adversaire, Marine Le Pen.

L’ « art français » dont le candidat En Marche ! renie jusqu’à l’existence semble en effet être précisément celui que compte promouvoir Marine Le Pen si elle accédait au pouvoir. Pour en avoir le cœur net (et pour mettre au clair les deux approches de l’art qui s’offrent à nous), nous avons donc épluché le programme des deux candidats finalistes, à la recherche de la moindre occurrence du mot « culture », afin d’essayer de savoir avant l’heure à quelle sauce nous sommes sur le point d’être mangés.

Emmanuel Macron : cohésion nationale, rayonnement international

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© Apollo Magazine 

La culture dans le programme

« La culture définit ce que nous sommes. » Cette formule légèrement passe-partout sert d’incipit à la section « culture » du programme en ligne d’Emmanuel Macron (qui a au moins le mérite d’exister). A titre personnel, le candidat revendique l’importance cruciale qu’ont joué les arts au cours de sa vie au point de considérer qu’il incombe à l’Etat de permettre l’accès à la culture à tous, dès le plus jeune âge.

Ainsi la culture est-elle associée à l’éducation dans son programme pour constituer, on se permettra d’insister, le premier des six  « chantiers essentiels pour l’avenir de notre pays ». Étonnement, en voyant défiler les slides du powerpoint de notre potentiel avenir, ce premier chantier n’apparaît qu’en sixième position, derrière « Un Etat qui protège ». Soit.

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Mesures phares

Fondamentalement, le programme culturelle du candidat En Marche se base sur deux volontés appuyées : garantir l’égalité des chances quant à l’accès à l’art et à la culture, notamment chez les jeunes, et entretenir une relation plus forte avec les acteurs culturels étrangers, notamment au sein de l’Union Européenne. Dans cette optique, Emmanuel Macron propose :

L’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques la nuit et le week-end. Le candidat s’appuie entre autres sur le modèle danois : à Copenhague, les bibliothèques sont en moyenne ouvertes 98h par semaine contre 41h à Paris .  Cette mesure semble fondamentale compte-tenu de sa place dans le programme du candidat, désireux de donner le goût à la culture et à la lecture au plus grand nombre.

Un pass culturel d’une valeur de 500 euros offert à chaque jeune de 18 ans. Le « pass » permettra l’accès à toute forme de culture (musique, cinéma, concerts, expositions…) et sera géré via une plateforme en ligne. Cette mesure est similaire à ce que Matteo Renzi, désireux de lutter contre le terrorisme grâce à la culture, a mis d’ors et déjà mis en place en Italie.

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Ne pas réduire le budget actuel. Et soutenir la création en créant un fonds d’investissement dédié de 200 millions d’euros.

Ouverture sur  l’Europe. L’ancien ministre compte mettre en place une sorte « d’Erasmus » des acteurs de la culture (artistes, commissaires d’exposition, conservateurs…)

Une nouvelle politique culturelle.  Face au paysage des actuels dirigeants du monde de la culture, Emmanuel Macron souhaite notamment établir la parité et la diversité pour que les reflètent au mieux la société.

Renover et revaloriser le patrimoine. Via le financement de projets éducatifs, artistiques ou touristiques, il s’agit là d’entretenir et de faire découvrir (ou redécouvrir) la richesse du patrimoine français.

Art français ?

 


 On retiendra de ce programme que la polémique n’avait pas lieu d’être et qu’elle traduit surtout une véritable maladresse linguistique. En observant les nombreuses mesures consacrées à la diffusion des artistes français  dans le monde entier, de celle qui contribue largement au « rayonnement » international de la France, il paraît clair qu’Emmanuel Macron ne dissocie pas l’art français de l’art des français (créé par des citoyens français), citant Chagall et Picasso comme s’il nous viendrait à l’esprit d’écarter tout artiste étranger de cette culture française qui nous fait tant « rayonner » dans le monde entier.

Le candidat prône une culture ouverte, cosmopolite tout en bégayant un point Godwin face à Yann Barthès (« s’il y a un art français, il y a un art dégénéré ? »)  : les mots sont fébriles, certaines propositions floues, mais l’idéologie globale est simple.

Marine Le Pen : made in France

La culture dans le programme 

Nous avions évoqué, à l’occasion des élections régionales de l’année dernière, quelques mesures phares du programme du Front National en matière de politique culturelle, notamment lorsqu’il s’agissait de couper l’herbe sous le pied des FRAC qui seraient tentés d’accueillir en résidence des artistes étrangers au profit de « pépinières » d’artistes locaux revendiquant dans leur pratique artistique leur fierté patriotique et leur ancrage local. Ces pépinières, nous les retrouvons donc logiquement  un an plus tard dans le programme de Marine Le Pen, candidate finaliste aux élections présidentielles.

Si, dans le groupe des nombreux insurgés de l’inexistence macronienne de l’art français, la voix de Marine Le Pen s’est particulièrement faite entendre, c’est qu’il y a là une véritable divergence idéologique.  L’ouverture et les échanges en collaboration avec d’autres pays européens ne sont pas à l’ordre du jour. Parmi les 144 engagements du projet de Marine Le Pen, cinq concernent directement la culture, qui n’a pas sa place dans les 10 mesures immédiates appliquées dès son élection ( les mesures culturelles misant sur le moyen et long terme). Comme pour Emmanuel Macron, le programme détaillé est présenté sous formes de sections (ici livrets) dont aucune n’est spécifiquement consacrée à la culture.

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Mesures phares 

Défendre l’identité nationale. Marine Le Pen soutiendra la  promotion des pratiques traditionnelles de la « civilisation » française, au point d’inscrire sa protection dans la Constitution. Cette mesure pourrait concrètement influencer les pratiques artistiques de façon immédiate, via le soutien pratique et financier d’artistes qui défendraient ces traditions. Si l’on lit entre les lignes, les expérimentations de l’art contemporain nous semblent peu avantagées.

Protéger le patrimoine. La candidate compte augmenter de 25% le budget attribué à la rénovation, la protection et la revalorisation du patrimoine français et interdire la vente de « palais et bâtiments français » à des acheteurs étranger ou au secteur privé.

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Le Clic (collectif Culture, libertés et création) a été lancé par Marine Le Pen pour lutter contre « la pensée unique et l’artistiquement correct » au moment des élections régionales, fin 2015.

Un grand plan d’éducation au métiers d’art. Dans les lycées et les universités, Marine Le Pen lancera un « grand plan national de création de filières » consacré à la pratique des métiers d’art et aux savoir-faire traditionnels, partout sur notre territoire. Ce plan s’accompagnera de la création des fameuses pépinières d’artistes (locaux localisants ?) ainsi que, détail curieux, la restauration « d’ une véritable éducation musicale généraliste dans les établissements scolaires ».

Soutenir le mécénat populaire. Là où Emmanuel Macron compte soutenir le mécénat privé en allégeant les taxes, Marine Le Pen compte mettre en place, via une plate-forme numérique, un système global de mécénat populaire, accessible à tous (probablement pour rénover et protéger le patrimoine).

Deux salles, deux ambiances

Que l’on soit satisfait ou non de la politique culturelle des deux candidats (qui, encore une fois, à le mérite d’exister), le choix du 7 mai prochain nous semble des plus drastiques. Ouverture d’un côté, protection des talents et des savoirs de l’autre, les deux candidats ont une idée précise de la culture française qu’ils veulent pour les cinq années à venir. Certaines mesures seront, comme toujours, difficilement applicables, les pensées quelque peu linéaires mais le choix est tel qu’il est. Les artistes n’auront alors qu’à suivre ou, comme c’est leur habitude, à n’en faire qu’à leur tête.

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