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« Introspective » : Michel Nedjar au LaM, en toute intimité

Jéremy Billault 19 avril 2017

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Jusqu’au 4 juin prochain, le LaM, musée d’art moderne de la métropole lilloise, accueille une rétrospective toute particulière : celle de Michel Nedjar, artiste majeur de sa collection d’art brut. Intitulée «Introspective», l’exposition revient sur la carrière de l’artiste comme sur la vie de l’homme, de ses balbutiements artistiques à ces œuvres d’aujourd’hui. Un régal. 

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Clovis Prévost, Michel Nedjar dans son atelier à Paris, 2008. © Clovis Prévost, Etrépagny 27, 2017.

S’il ne fallait choisir qu’un musée pour organiser une grande rétrospective, à la fois complète, intense et intime, des œuvres de Michel Nedjar, le musée d’art moderne de Lille serait sans nul doute celui-là. Ne serait-ce que pour son rôle dans l’exposition de l’art brut en France, pour sa collection étonnante et parfois loufoque qu’on a toujours plaisir à admirer en marge des expositions temporaires. Ou alors pour celui de Michel Nedjar dans la collection dudit musée en tant que fondateur de L’Aracine, collection d’art brut intégrée au LaM en 1999 ou en tant qu’artiste (dont le musée possède 3000 œuvres).

C’est donc en toute logique que nous retrouvons Michel Nedjar au LaM, à Villeneuve d’Ascq  (59) pour une exposition émouvante, subtilement intitulée « Introspective» ; immersion dans la vie de l’homme par la carrière de l’artiste et inversement, où l’on découvre certains aspects mystérieux de ce personnage majeur de l’art contemporain français. Introspective, indeed. Car chez Nedjar, peut-être plus que chez d’autres,  l’introspection est primordiale : chaque expérimentation esthétique, chaque fascination, chaque idée, chaque forme trouve à son origine un choc ou une découverte. Il ne s’agit pourtant pas de partir à la pêche aux références ou de l’étalage indigeste de citations pompeuses (comme cela se produit trop souvent) mais d’un accès à différentes sources, une série de déclics plutôt qu’une liste d’inspirations immédiates.

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© LaM / Michel Nedjar

Le plus bel exemple des affinités esthétiques qui lient le monde qui entoure l’homme et les œuvres de l’artiste est probablement la pratique qui, dans l’imaginaire collectif, est directement associée au nom de Nedjar : celle des poupées. Des shmattès, plus précisément. Le mot shmattè est un mot d’argot yiddish qui désigne un tissu déchiré, un chiffon et, par analogie, la reprise, la transformation. Ces shmattès, ces vieux tissus, Michel Nedjar les a eu sous le nez lorsque sa grand-mère les vendait au puces ainsi qu’auprès de son père, tailleur de profession. Dans sa jeunesse, ces tissus déchirés, outsiders de la matière, lui serviront pour créer ses premières œuvres, ses poupées devenues sa marque de fabrique. En tissu ou en papier mâché, qu’elle évoque les idoles de la préhistoire ou la culture voodoo,  cette forme resurgit tout au long de la carrière de Nedjar, suivant ses errances esthétiques, matière première maintes fois reprise.

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Michel Nedjar, Sans titre, décembre 1993. Collection de l’artiste. Photo : N. Dewitte / LaM. © Michel Nedjar, 2017.

L’exposition est logiquement chronologique autant qu’elle est thématique : la vie de l’artiste indissociable des rencontres de l’homme, de ses voyages, de ses expériences parfois transcendantes et de sa renommée. Sa rencontre avec le cinéaste mexicain Teo Hernandez, ses expérimentations cinématographiques, ses dessins à travers les époques, ses pérégrinations, tout s’entrevoit avec sincérité dans une exposition sensible et intelligente qui accompagne sereinement le connaisseur et le visiteur novice au cœur de ce que l’art de Nedjar a de plus beau. L’homme apparaît derrière l’artiste, la sensibilité (ou les démons) derrière les œuvres. Tout au long de sa vie, Michel Nedjar a travaillé la matière au point qu’elle devient, exposée en rétrospective, le témoin matériel de sa curiosité; partout il y a matière à récupération, matière à création, partout il y a un support potentiel, potentiellement oeuvre d’art. Peu importe la place de la maîtrise technique, peu importe celle du hasard, nous avons là affaire à de la sincérité pure, celle qui est au cœur de la naissance même de l’art brut. Et elle est belle cette sincérité-là.

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