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Les Noces de Cana par Véronèse : l’ivresse vénitienne et la Bible

Agathe Lautréamont 18 avril 2017

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Le 19 avril 1588, mourait le grand peintre vénitien Paulo Véronèse. Né à Vérone mais ayant passé le plus clair de sa prolifique carrière au sein de la Cité des Doges, l’artiste a laissé à la postérité une œuvre puissante, abondante mais surtout marquée par un étonnant maniérisme. Grâce à sa peinture, il vécut aisément tout au long de sa vie mais souffrit cependant du manque de reconnaissance de la part des critiques de son époque ; ce qui ne l’empêcha pas de former avec le Tintoret et le Titien le trio de tête de la Renaissance tardive en peinture. Aujourd’hui, à l’occasion de l’anniversaire de la disparition de ce grand coloriste, nous allons mettre un coup de projecteur sur une œuvre célèbre : Les Noces de Cana.

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Paulo Véronèse, Les Noces de Cana, 1562-1563

Si vous vous êtes déjà rendus dans la Salle des États au Louvre, il y a fort à parier que vous avez suivi le flot de touristes qui, aimantés par le regard fascinant de La Joconde de Léonard de Vinci, n’ont justement pas vu cette œuvre de Paulo Véronèse. Pourtant, il est assez difficile de la manquer. Les Noces de Cana, tableau du maître italien exécuté entre 1562 et 1563, détonne dans la pièce appelée aujourd’hui Salle de la Joconde, par le foisonnement de ses personnages de même que par ses dimensions : six mètres soixante de haut pour presque dix mètres de longueur…

Des couleurs chatoyantes, un décor grandiose et au beau milieu, perdu et en même temps parfaitement visible au milieu de la foule agitée : la figure de Jésus-Christ assistant aux noces de Cana où il changea pour la première fois l’eau en vin, miracle relaté uniquement dans l’Évangile selon saint Jean.

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La salle de la Joconde, où est exposée l’oeuvre de Véronèse © Wikimedia Commons

Une oeuvre flamboyante

Accroché en bonne place dans les salles du Louvre, Les Noces de Cana représente probablement le tableau le plus impressionnant de par ses dimensions dans toutes les collections picturales nationales françaises. Comment expliquer un tel format ? Tout simplement parce que Paulo Véronèse a souhaité une œuvre magistrale, fêtant cet épisode biblique mais aussi révélant le maniérisme flamboyant, tout en affirmant sa place prépondérante dans l’art vénitien du milieu du XVIe siècle italien.

Il suffit de connaître le nombre de personnages présents sur la toile pour mesurer toute l’ambition du peintre : pas moins de cent trente-deux personnages ont été représentés par l’artiste, dont certains reprennent les traits de contemporains de Véronèse.  Mais le peintre a-t-il véritablement représenté là un mariage ? Rien n’est moins sûr et il suffit de regarder la composition de la tablée pour s’en convaincre : là où les époux se trouvent à l’extrémité gauche de la table, trônent au milieu de l’assistance le Christ et sa mère Marie, tous deux nimbés de lumière.

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Paulo Véronèse, Autoportrait, vers 1558-1563

Memento Mori

De même, si le spectateur est d’emblée happé par l’atmosphère joyeuse, festive et chaleureuse du tableau (un sentiment d’ailleurs renforcé par les couleurs vives et contrastées utilisées sur cette huile sur toile), certains détails amènent cependant à penser que le discours de Véronèse ne serait pas aussi léger et religieux qu’il y paraît, mais porterait au contraire une symbolique quelque peu plus sombre.

Au milieu du tableau, on retrouve ainsi un petit sablier, objet à la symbolique évidemment lourde de sens : une autre façon de rappeler le memento mori, le temps s’enfuit et s’enivrer lors de fêtes somptueuses n’empêchera jamais cet état de fait. On sert aux Noces de Cana de la viande d’agneau, aliment qui rappelle l’agneau Pascal et le sacrifice à venir du Christ qui est l’agnus dei, l’agneau de Dieu qui va donner sa vie pour sauver l’Humanité. La Vierge Marie, présente aux côtés de son fils, pose juste à côté d’un verre vide, image du désespoir.

La fête est donc ici rendue particulièrement amère sous le pinceau de Paulo Véronèse. Malgré le miracle de Jésus, malgré le bonheur des mariés, le temps s’enfuit, l’heure du sacrifice ultime approche et l’Homme ne peut se soustraire à sa finitude terrible.

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