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BD : Une vie avec Alexandra David-Néel, de Fred Campoy et Mathieu Blanchot

Agathe Lautréamont 31 mars 2017

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Jusqu’au 22 mai prochain, le Musée des Arts Asiatiques – Guimet met à l’honneur, dans sa grande salle de la rotonde, une belle et intéressante exposition sur une figure majeure de l’orientalisme au XXe siècle : Alexandra David-Néel. Pour exponaute, ce fut l’occasion de découvrir non seulement un fascinant accrochage, mais aussi une bande-dessinée très plaisante, réalisée par deux acolytes : Fred Campoy (scénario et dessins) et Mathieu Blanchot (dessins et couleurs). Une vie avec Alexandra David-Néel se décline en deux tomes parus aux éditions Grand Angle et nous conte avec fraîcheur, humour mais surtout beaucoup d’émotion le parcours de cette grandiose exploratrice. On a lu et on a adoré…

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Une vie avec Alexandra David-Néel, 2017 © Campoy et Blanchot – Grand Angle

C’est tout d’abord l’histoire d’une prise en main agréable.  La bande-dessinée est lourde en main, la couverture superbe, les feuillets nombreux : une BD d’un peu moins de cent pages de nos jours, cela se fait de plus en plus rare. Une telle générosité n’est donc pas pour nous déplaire ! Sur le quatrième de couverture, se trouvent des illustrations en noir et blanc, accompagnées de cette phrase, qui sonne comme une remise à l’heure des pendules en plus d’un vibrant hommage : « Le plus grand explorateur du XXe siècle est une femme ».

Car ces deux superbes volumes, réalisés par le duo Fred Campoy – Mathieu Blanchot vous nous plonger dans une époque révolue, celle du long XIXe siècle qui jette ses ultimes feux en 1914, celle où la région de l’Himalaya était encore peu voire pas cartographiée, celle où une femme a osé affirmer son libre-arbitre, son indépendance, son courage et son rejet des normes sociales étriquées pour vivre la vie qu’elle entendait, seule s’il le fallait. Cette femme d’un caractère unique au monde, c’est la romancière, philosophe, aventurière, orientaliste, féministe et journaliste Alexandra David-Néel.

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Une vie avec Alexandra David-Néel, 2017 © Campoy et Blanchot – Grand Angle

Parcourir des souvenirs

Mais que l’on ne s’attende pas à une simple biographie de ce personnage hors-norme, suivant la frise chronologique de la naissance à la mort. Le récit se révèle morcelé. Étape par étape, le lecteur découvre l’existence de celle qui fut la première femme occidentale à pénétrer dans la Cité interdite de Lhassa, selon le seul bon vouloir et les souvenirs de David-Néel. Originalité qui nous a beaucoup plu : le temps présent du récit, c’est-à-dire de 1959 à 1969 (et même avec une rapide incursion en 2017, à la toute fin du deuxième tome), est représenté en noir et blanc, comme s’il s’agissait d’une lointaine réminiscence.

A contrario, la couleur se trouve réservée pour les souvenirs de l’exploratrice : les couleurs sont synonymes de joie, chaleur, gaieté, bonheur. David-Néel, qui à l’âge de cent ans faisait encore renouveler son passeport, était bien présente physiquement dans sa propriété de Digne-les-Bains, mais son esprit, lui, vagabondait vif comme les léopards des neiges des hauts-plateaux du Tibet. Voilà tout ce qui lui importait. Et comme si nous étions assis face à David-Néel, nous avons le sentiment d’écouter la dame au grand âge nous relater ses aventures.

Ses rencontres avec des lama tibétains qui, impressionnés par ses connaissances encyclopédiques, lui offraient de précieux manuscrits vieux de plusieurs siècles. Son voyage dans une Chine déchirée par la guerre. Sa lutte terrible contre le froid mordant (entre -20 et -30 degrés) des sommets de l’Himalaya. Sa capacité à pratiquer le « Toumo », où comment des ascètes lui apprirent à élever sa température corporelle par la seule méditation, au point de parvenir à sécher une serviette trempée jetée sur ses épaules. Sa rencontre avec un jeune lama encore enfant, appelé à devenir son guide, son ami, puis son fils adoptif : Aphur Yongden.

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Une vie avec Alexandra David-Néel, 2017 © Campoy et Blanchot – Grand Angle

Deux femmes, deux destins

Mais une place centrale est également accordée à l’auteur du livre sur lequel se fonde la bande-dessinée de Campoy et Blanchot. Nous rencontrons ainsi très vite dans le premier tome Marie-Madeleine Peyronnet. La jeune femme, sans le savoir, partageait bien des points communs avec Alexandra David-Néel : toutes deux refusaient les convenances imposées à une femme (qu’elles datent de la fin du XIXe siècle ou de la moitié du XXe), ne supportaient pas l’idée de vivre une existence rangée et normée, appréciaient la stimulation intellectuelle et la découverte mais surtout, elles étaient toutes deux des femmes arrachées à leur terre : Alexandra à son Asie d’adoption, Marie-Madeleine à l’Algérie où elle est née (nous sommes en 1959 quand les deux dames se rencontrent, rappelons-le).

Toutes deux font également montre d’un caractère bien trempé. Alexandra David-Néel, devenue quelque peu acariâtre avec le temps, pouvait se montrer très autoritaire et brutale avec celle qui était destinée à devenir sa dame de compagnie pendant dix ans. Mais ce qu’elle cherchait via cette brutalité, c’était probablement un caractère tout aussi trempé pour pouvoir lui résister, lui remettre les points sur les I quand elle allait trop loin dans sa tyrannie domestique. Marie-Madeleine Peyronnet remplit parfaitement ce rôle, et les deux femmes pouvaient aussi bien se hurler dessus l’instant d’avant avant de clore leur dispute par quelques plaisanteries réjouissantes le moment suivant.

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Une vie avec Alexandra David-Néel, 2017 © Campoy et Blanchot – Grand Angle

Une réussite

Un mot, bien sûr, sur la qualité des dessins et des couleurs réalisées par le duo. La bande-dessinée en deux tomes est une vraie réussite esthétique. Les paysages du Tibet nous font ressentir la morsure du froid, les traits du visage âgé d’Alexandra David-Néel sont rendus avec une grande précision tandis qu’au contraire, ceux de la virevoltante Marie-Madeleine sont à la limite de l’esquisse, presque caricaturaux, mais tellement attachants !

On observe des gradations intelligente, comme cette planche où les cases se rapprochent peu à peu de l’aventurière à quarante ans, en méditation quelque part à la frontière tibétaine, avant de retrouver l’exploratrice exactement dans la même posture, mais cinquante ans plus tard, dans un bel hôtel de la Côte-d’Azur.

Vous l’aurez compris, c’est donc un sans-faute qui a été réalisé par les auteurs de la bande-dessinée que nous vous recommandons chaudement. Vous trouverez les deux volumes au prix de 16€90 chacun dans chaque bonne librairie. Et hauts les cœurs ! Un tome 3 est d’ores et déjà en préparation…

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