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Au-delà des étoiles au musée d’Orsay : voyage en terre infinie

Jéremy Billault 20 mars 2017

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Jusqu’au 25 juin prochain, le musée d’Orsay consacre une grande exposition à un sujet aussi vaste que passionnant : le paysage mystique. A la fin du XIXème siècle, le paysage est utilisé par beaucoup d’artistes comme support pour entrer en contact avec le spirituel, avec un univers qui s’élève au-delà de la présence concrète, physique, du monde. De l’impressionnisme à l’abstraction, de Monet à Kandinsky, bienvenue dans un tour d’horizon passionnant et exaltant au plus profond des méandres de l’esprit. 

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Vincent van Gogh, La nuit étoilée, 1888 © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Mystique. Au risque de paraître un tantinet académique, abordons le sujet par sa définition, car elle est étonnante de signification. Mystique donc (ou mysticisme) est un terme qui, selon Wikipedia le sage, « sert à qualifier ou à désigner des expériences spirituelles de l’ordre du contact ou de la communication avec une réalité transcendante non discernable par le sens commun». Cette expérience d’une « réalité transcendante» semble trouver un écho extrêmement fécond dans l’art en général, dans la peinture en particulier  et dans la peinture de la fin du XIXème siècle et du début du siècle suivant en tout particulier : la tension de l’individu vers l’infini, la puissance du subjectif face au monde, l’expérience de la beauté moderne telle qu’elle a été initiée par Baudelaire, il serait même tentant d’envisager une mystique esthétique, à détacher du mysticisme religieux.

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Fernand Khnopff, A Bruges. Un Portail, 1904 © DR

Voilà globalement le sujet passionnant qu’a choisi d’explorer le musée d’Orsay dans sa nouvelle exposition intitulée un peu prosaïquement Au-delà des étoiles, Le paysage mystique de Monet à Kandinsky. De l’impressionnisme (Monet donne le ton à tout ce qui suit) à l’abstraction (même si l’on déplore la présence de seulement deux Kandinsky), l’exposition laisse place à des artistes venus de tous horizons qui ont pour point commun et pour point de départ la représentation du paysage, envisagé dans sa capacité à traduire autre chose, à explorer au-delà et vers l’infini, ou inversement.

Motif

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Claude Monet, La cathédrale de Rouen. Le portail, soleil matinal, 1883, musée d’Orsay, Paris, France ©photo musée d’Orsay / rmn

Tout commence effectivement avec Monet qui, dans son rapport au motif, nous permet d’entrevoir et de comprendre tout ce qui va suivre. « Le motif, disait-il, est quelque chose de secondaire, ce que je veux reproduire, c’est ce qu’il y a entre le motif et moi». Ainsi se présente à nous la série des représentations de la cathédrale de Rouen : un même objet à des moments différents. Ce qui compte ici n’est pas l’objet, cette cathédrale qui est strictement la même d’une oeuvre à l’autre, mais l’instant, l’impression spirituelle, ce qui se présente entre la cathédrale physique et le regard du peintre. Voilà qui ouvre le chemin aux artistes qui suivront dans l’exposition, chacun inspiré par tel ou tel motif (qui finira par disparaître chez les abstraits), chacun exprimant ses propres sensations à travers une expérimentation formelle souvent savoureuse. Les yeux ont assez vu, c’est maintenant l’âme qui regarde.

Des montagnes du Nouveau-Mexique aux aurores boréales scandinaves, de la lumière intimiste d’un parc bruxellois aux couleurs bariolées des forêts des nabis, nous avons là affaire à un tour du monde littéral, géographique, qui est à la fois un tour d’horizon symbolique, un tour d’horizon des esprits et des sensibilités.

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Eugene Jansson, Riddarfjärden à Stockholm, 1898 © Nationalmuseum

Les liens qui unissent les artistes de chaque salle sont absolument exaltants, malgré la différence des objets qu’ils s’appliquent à représenter : pour certains tout est dans la lumière, pour d’autres dans la sensualité des formes (oui Madame O’keeffe, c’est de vous qu’on parle) ou dans une quête spirituelle parfois même un peu perchée.

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Gustaf Fjaestad, Clair de lune en hiver, 1895 © Nationalmuseum/Hans Thorwid, ADAGP, Paris 2017

Outre les monstres sacrés de l’Histoire de l’art, le Musée d’Orsay s’est donné l’occasion de faire découvrir certains artistes plus confidentiels, ou en tout cas de les rappeler à notre bon souvenir. Willumsen, Strindberg, Fjaestad nous interpellent par leur élégance comme ils ont interpellé, en 1913, un groupe de peintres nord-américains qui puiseront chez eux leur inspiration : de la tranquillité des paysages scandinaves à la majesté des grands lacs américains, il n’y a symboliquement qu’un pas.

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 Lawren Harris, Isolation Peak, Rocky Mountains © 1930

Grâce à la collaboration de la Art Gallery of Ontario, le Musée d’Orsay aborde ce « groupe des sept» extrêmement talentueux mais trop rare, parmi lesquels, notamment, Emily Carr et Lawren Harris qui iront jusqu’à friser l’abstraction avec une patte qui restera sans doute gravée dans l’esprit des nombreux visiteurs de l’exposition pour un bon moment.

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Emily Carr, Sky, 1935-36 © Ottawa, Musée des Beaux-Arts du Canada, Photo : MBAC

Mystique, mi-raison

La quête intérieure de cette beauté sensible et invisible reste, chez certains, attachée à la religion, à une religion quelle qu’elle soit. C’est notamment le cas de Charles-Marie Dulac, peintre décorateur qui, se sachant touché par une maladie incurable, se tourna vers un catholicisme radical à la symbolique grandiose.

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Charles Marie Dulac, La Vallée du Tibre à Assise, 1898 © Droits réservés

La nouvelle exposition du Musée d’Orsay nous offre donc un panorama éclectique et complet, un portrait détaillé de ce renversement crucial de l’Histoire de l’art : l’idéal change, l’exploration de l’intériorité se traduit par la représentation de grands espaces dont l’immensité correspond à celle des paysages de l’esprit. Un voyage stimulant, exaltant et introspectif où les chocs esthétiques pleuvent afin de nourrir une réflexion scientifique claire et aboutie : ouvrez grands les yeux, perdez-vous dans les cieux, vous inspirerez pleinement la beauté infinie du souffle de l’esprit.

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