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En mars, Camille Claudel aura enfin son musée

Agathe Lautréamont 27 février 2017

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Il était temps. Le 26 mars prochain, la ville de Nogent-sur-Seine s’apprête à se doter d’une nouvelle institution culturelle, un musée entièrement consacré à une artiste qui passa toute son enfance dans cette commune du sud-est de Paris : Camille Claudel. Enfin, la sculptrice obtient la reconnaissance qu’elle mérite, après tant de décennies au cours desquelles sa personne et son œuvre demeurèrent dans l’ombre, écrasante, de son mentor et amant Auguste Rodin. Avant de vous parler dans un prochain article du musée en lui-même, penchons-nous un peu plus sur le contexte de cette ouverture très attendue…

age mur

Camille Claudel, L’âge mûr, 1898

L’œuvre porte le nom de L’âge mûr. Dans un tourbillon tourmenté de bronze aux teintes chaudes, une jeune femme est agenouillée, les bras tendus. Elle implore une vague, un élan à figure féminine qui emporte loin d’elle un homme bien plus âgé au visage détourné vers l’horizon. Sa musculature issue d’un héritage antique demeure impressionnante, mais déjà sa peau se fripe, ses veines sont apparentes, ses traits sont marqués par le labeur et le souci.

La critique contemporaine a voulu voir dans cette réalisation de 1899 une œuvre profondément autobiographique. Camille Claudel, éperdument amoureuse de son maître Auguste Rodin, de vingt-quatre ans son aîné, devait travailler aux côtés de son amant tout en sachant celui-ci déjà en couple avec une autre femme, Rose Beuret, qui fut sa compagne officielle tout au long de son existence et qu’il épousa d’ailleurs en 1917, quelques semaines avant sa mort.

Mais L’âge mûr n’est qu’une sculpture parmi les dizaines d’autres qui seront bientôt présentées dans les collections permanentes d’une nouvelle institution sur le point d’ouvrir et dont nous vous reparlerons très prochainement : le Musée Camille Claudel qui sera inauguré le 26 mars prochain à Nogent-sur-Seine, dans l’Aube.

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Camille Claudel, La Valse, 1883

L’amour et l’orage

La présentation de son œuvre tendra à rappeler à quel point elle fut une sculptrice talentueuse, mais il sera difficile pour l’institution d’éluder sa tragique et orageuse relation avec Rodin qui la forma à partir de 1884 en la prenant sous son aile au sein de son atelier.

Mais il fait plus chaud qu’on ne le pense  sous l’aile d’un dragon et malgré son triple rôle de maîtresse, de modèle et de muse, Camille Claudel étouffa sous son influence pendant plus d’une décennie, peinant à travailler avant tout pour elle et à sortir de cette ombre suffocante.  Leur relation se détériora au fur et à mesure que la jeune femme s’affirma en tant qu’artiste à part entière et commençait à obtenir ses propres commandes. On comprend mieux la célèbre phrase de Constantin Brancusi qui confia, après avoir passé seulement quelques semaines dans l’atelier du grand sculpteur : « Rien ne pousse à l’ombre des grands arbres. »

Quant à Camille Claudel, au tempérament de feu, au caractère impulsif, intransigeant, inflexible, elle sombra peu à peu dans la folie. Alors, la famille Claudel, déjà encombrée d’une fille artiste non-mariée, décida de se débarrasser définitivement de ce fardeau en la faisant interner à l’asile de Ville-Évrard. Elle passera les trente dernières années de sa vie dans deux asiles différents. Paul Claudel, dont elle était si proche par le passé, ne vint quasiment jamais la voir.

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Camille Claudel, La petite châtelaine, 1892

L’asile

Est-ce du fait de cet internement de longue durée que Camille Claudel demeura ignorée de l’Histoire de l’art ? Ou est-ce parce que la sculptrice choisit de détruire une grande partie de ses œuvres au cours de l’année 1912, dans un élan de désespoir fou ? Toujours est-il que seulement quatre-vingt-dix de ses sculptures nous sont parvenues et la moitié d’entre elles sera exposée au cœur du musée qui porte son nom, à Nogent-sur-Seine.

Un modeste pied-de-nez à l’histoire, puisque 2017 sera principalement marquée par le centenaire de la mort de son compagnon Auguste Rodin, disparu le 17 novembre 1917 à l’âge de 77 ans. Il faut espérer que l’ombre du maître une fois encore, n’éclipsera pas l’éclat de sa jeune apprentie.

Un rapide coup d’œil aux créations de Claudel a cependant l’étrange pouvoir de bouleverser les âmes les plus dures, tant les mouvements de ses personnages tremblent d’une expressivité toute humaine. Le bronze, le marbre, l’argile se font chair, cœur battant, veines chaudes, rides profondes. Dans le moindre coup de ciseau, dans le modelé puissant de Camille Claudel, on ressent une maîtrise époustouflante, glanée au fil des ans par cette femme qui commença à créer ses œuvres en ramassant de l’argile sur les hauteurs de Nogent, directement dans la forêt, où elle entraînait son petit frère Paul dans des courses interminables.

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Camille Claudel, Sakountala, 1905

Un talent inné

À l’âge de dix-neuf ans, elle entra à l’atelier d’Auguste Rodin, poussée par un père fier de la créativité de son aînée. Ce fut le début d’une collaboration intense où les deux amants éperdus travaillèrent avec la flamme de la passion. Claudel participa à modeler plusieurs œuvres de Rodin comme la Porte de l’Enfer et l’importance de son rôle dans la conception des Bourgeois de Calais est encore questionnée. Quant à Rodin, la puissance des gestes de Camille Claudel l’inspira tout au long de leur collaboration, donnant plus de mouvement à ses personnages torturés.

Malgré ces années passées à se quereller, s’aimer avec ardeur, se mesurer l’un à l’autre, se posséder comme des fous, le couple Rodin-Claudel était voué à l’autodestruction. L’homme et la femme, tous deux dévorés d’ambition, ne pouvaient continuer à travailler ensemble. Claudel reprit sa liberté mais ne parvint jamais à se défaire de l’image d’assistante du grand maître qui la suivit comme son ombre toute sa courte carrière, tandis que le grand Rodin ne se remit jamais de cette rupture, de la perte de cette femme qui inspira ses œuvres les plus sensuelles, les plus charnelles, les plus pures.

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Camille Claudel, La vague, 1897

Une reconnaissance tardive

Mais Camille Claudel sortit la plus meurtrie de cette relation de tant d’années, à être déchirée entre Rose Beuret, son travail et son amour intraitable. Sa confiance en elle détruite, sa liberté artistique à jamais enchaînée comme un boulet au nom de Rodin, elle ne parvint jamais à vivre de son art. Sa correspondance témoigne de sa profonde détresse, de sa quête incessante de fonds pour continuer à travailler et chercher à couler, coûte que coûte, certaines œuvres dans le bronze.

À une époque où les femmes artistes commencent, enfin, à être reconnues à leur juste valeur et non plus seulement par leur sexe, cette future ouverture d’une institution au nom de Camille Claudel tombe à point nommé. Comptez sur nous pour vous parler bientôt en détail du musée…

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