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À la Fondation Custodia, une somptueuse quête de la ligne

Agathe Lautréamont 3 février 2017

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Si le nom d’Hinrich Sieveking est peu connu du grand public, sa collection, elle, fait briller tous les yeux des amoureux d’art graphique. Le collectionneur originaire de Munich est en effet un grand amateur de dessin, au goût certain et au sens esthétique aussi exigeant que précis. Ses feuilles, dont une centaine est aujourd’hui présentée à la Fondation Custodia, témoignent de l’évolution de la pratique du dessin en Allemagne, du maniérisme du XVIIe siècle au Romantisme naissant de l’époque de Johann Wolfgang von Goethe. C’est là un superbe voyage dans trois cents ans de création intensive, d’influences et d’évolutions. Courez-y ! Vous avez jusqu’au 7 mai prochain…

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Johann Wolfgang Baumgartner, Saint Florian et l’élément « Feu », vers 1750 © Collection Privée

Une étude d’un tronc d’arbre, peut-être est-ce un bouleau, au tronc noueux, tordu, roulé, malmené par le vent ; comme saisi après une longue marche dans une forêt enchanteresse digne des plus grands imaginaires romantiques. Un peu plus loin, une jeune fille, (servante ? domestique ?) semble affairée sur le sol d’une riche demeure. L’artiste n’a souhaité saisir que la rondeur de ses beaux bras, la douceur du dos de ses mains, sa poitrine pleine qui ressort d’un corsage distraitement laissé dégrafé.

Encore quelques pas, et l’on rencontre le portrait en pied d’un riche bourgeois. Ces Deux Études de costume masculin, réalisées après 1690, brillent d’un éclat irréel dans l’exposition malgré leur réalisation sur un papier noir ou d’un bleu profond et sourd. Leur lumière émane de ces traits, ces touches, ces détails réalisés à la craie blanche, éclatante, révélant tout ce qui est important de voir. Et le talent devient magie.

Gustav Heinrich Naeke (1786-1835)

Gustav Heinrich Naeke, Portrait en profil de l’artiste Heinrich Reinhold © Collection particulière

Laboratoire créatif

Nous voici plongés au cœur de la maestria des artistes allemands qui, tout au long de trois siècles, ont laissé à la postérité des témoignages éblouissants de leur maîtrise, de leur goût des Beaux-Arts, de leur recherche effrénée d’une représentation idéale du réel, mais aussi de leurs inspirations parfois mystiques, parfois chimériques. Bienvenue dans la nouvelle exposition temporaire de la Fondation Custodia : « La quête de la ligne : Trois siècles de dessin en Allemagne ».

Car c’est là un cheminement au fil du temps, des époques et des modes que nous offre l’institution culturelle parisienne. Pas moins de trois cents années sont arpentées à travers une centaine de superbes feuilles. Graphite, pierre noire, sanguine, papier bleu ou papier beige, esquisse à peine ébauchée ou dessin des plus aboutis… Un vrai ravissement.

Carl Julius Milde (1803-1875)

Carl Julius Milde, Figure féminine dans des rinceaux de style pompéien © Collection particulière

De l’Allemagne

L’éclectisme ne se retrouve pas seulement dans la diversité des techniques et des matériaux utilisés, mais également dans les thématiques abordées par les artistes présentés à la Fondation Custodia. Ainsi au XVIIe siècle, le maniérisme est-il à l’œuvre. Il domine, éclatant, dans de grands centres culturels à l’image de villes comme Munich, Augsbourg ou encore Prague. Puis, cent ans ont soudainement passé et l’on pénètre dans l’univers du baroque. Là, c’est l’éclosion des détails, l’incandescence de thèmes religieux ou mythologiques.

Des nuages sont chevauchés par des putti ou des saints, les allégories triomphent, les têtes couronnées rayonnent de grandeur et de richesse. Enfin, vient probablement l’étape la plus belle de ce parcours, celle consacrée au Romantisme du temps du poète Goethe (1749-1832). La nature n’est plus cet espace interdit où errent des créatures féroces, mais un lieu où toutes les rêveries sont possibles, où les fantaisies ne connaissent nulle limite.

Avec beaucoup d’émotion, on se demande comment, par de simples taches d’aquarelle, un artiste est capable de rendre le frémissement d’une légère brise sur le feuillage d’un chêne puissant. À quelques pas de là, c’est une cascade que l’on peut presque entendre gronder, alors qu’elle n’est figurée que par quelques traits rapides sur un lavis étonnant. Le talent est là, partout, palpable, et surtout : pur.

Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872)

Julius Schnorr von Carolsfeld, Étude d’une jeune femme se penchant en avant, vers 1820 © Collection particulière

Certains esprits chagrins, que nous avons pu croiser à l’occasion de la visite de cette exposition, pourront cependant trouver à redire au long de cet accrochage. Oui, en effet, les artistes présentés dans ce parcours composé des coups de cœur d’un collectionneur allemand sont peu, voire pas connus, même des plus grands spécialistes. Qu’est-ce à dire ? Ne serait-il possible d’apprécier la beauté, la finesse, la précision, uniquement quand ces qualités sont le fruit du travail d’une main très célèbre de l’Histoire de l’art ?

Heureusement, ces sombres personnages sont peu nombreux. On ne peut que ressortir comblé, voire bouleversé pour les âmes les plus sensibles, de cet accrochage d’une grande qualité. Vous l’aurez compris, cette exposition de la Fondation Custodia est un nouveau coup de cœur pour ce début d’année 2017. N’attendez plus…

LA QUÊTE DE LA LIGNE

04/02/2017 > 07/05/2017

Fondation Custodia

PARIS

Parallèlement à l’exposition du premier étage, la Fondation Custodia accueille au sous-sol de l’hôtel Lévis-Mirepoix l’importante...

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