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Conférence d’Abu Dhabi sur le patrimoine en danger : des paroles… mais les actes ?

Agathe Lautréamont 6 décembre 2016

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Les 2 et 3 décembre derniers se tenait aux Émirats Arabes Unis une conférence sur la sauvegarde du patrimoine en danger. Une réunion qui s’est focalisée sur les récentes destructions commises par les fous d’Allah dans des pays comme l’Irak ou la Syrie; pays au cœur de l’attention internationale depuis au moins deux ans ans. À cette occasion, le prince héritier d’Abu Dhabi et ministre de la Défense Mohammed ben Zayed Al Nahyan a déclaré : « La destruction du patrimoine par les groupes terroristes et le trafic illégal par des groupuscules qui cherchent à anéantir l’héritage culturel de l’humanité sont rejetés par toutes les religions ainsi que par la nature humaine ». Des paroles donc, mais qu’en est-il des actes ?

Mideast Emirates French President

 La conférence aux Émirats Arabes Unis, le 3 décembre dernier © Emirates News Agency – AP

Le constat est sans appel. Du côté du Moyen-Orient, il est difficile de trouver une condamnation unanime des destructions commises par les groupes terroristes depuis ces deux dernières années comme à Nimroud, à Tombouctou ou encore Palmyre, pour ne citer que les sites les plus célèbres.

Aussi, lorsque le grand Imam de la mosquée Al Azhar au Caire, une figure d’autorité prééminente dans l’Islam sunnite a publiquement déclaré son soutien à cette conférence internationale, l’événement a été vu comme d’ampleur. Ahmed el-Tayeb avait alors dit : « Je suis heureux de cette généreuse initiative, qui joint la portée culturelle et la valeur humaine dans un mouvement commun afin de tenter de réparer les désastres humanitaires commis par le terrorisme barbare et les destructions commises par les extrémistes. » Un mouvement a été engagé.

Le président de la République française François Hollande était bien sûr présent à cette conférence, puisqu’elle se déroulait en même temps qu’une visite du chef de l’état sur le chantier du Musée du Louvre – Abu Dhabi. À cette occasion, il a prononcé un discours expliquant que cette conférence s’inscrit dans la bataille menée par la France et les Émirats Arabes Unis contre l’obscurantisme et pour défendre l’ouverture d’esprit comme la culture. Des combats qui coïncident avec l’ouverture du futur musée, première institution culturelle universelle dans le monde arabe et qui devrait ouvrir dans le courant de l’année 2017.

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 La conférence aux Émirats Arabes Unis, le 3 décembre dernier © Emirates News Agency – AP

Émissaires, hommes politiques, acteurs du milieu de la culture présents à cette conférence majeure sont venus des quatre coins du monde. Moyen-Orient bien sûr, mais également Afrique du Nord, Mali, Allemagne, Pologne, France, Suisse, Grèce, Bosnie-Herzégovine, Japon, États-Unis et bien d’autres encore. Des acteurs religieux également, se sont retrouvés à Abu Dhabi.

On le voit, il était possible d’admirer un panel de grands responsables au cours de cette réunion internationale, qui a permis d’évoquer le sort de sites culturels, patrimoniaux et religieux. Ceux qui ont été détruits par la dynamite des islamistes et ceux qui sont toujours sous la menace de leur folie destructrice.

Les exemples de bonne volonté n’ont pas manqué. Ainsi, le directeur de la section culturelle de la Protection Civile Fédérale Suisse a expliqué qu’il existait à Zürich d’anciens entrepôts qui, il y a plusieurs décennies, avaient servi à stocker de l’armement. Aujourd’hui vides, ce serait tout un symbole que d’y entreposer dans les mois à venir des antiquités et des pièces précieuses pour les préserver de l’avancée des terroristes. La Suisse a en effet été autorisée par l’Unesco à se transformer en sanctuaire pour le patrimoine en péril, dans l’attente d’un retour à la stabilité de leurs pays d’origine.

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 La conférence aux Émirats Arabes Unis, le 3 décembre dernier © Emirates News Agency – AP

La proposition de la Suisse tombe à point nommé, puisque tel était un des objectifs de cette réunion au sommet : proposer la création d’un réseau de lieux sûrs pour protéger les antiquités et les trésors du passé qui risquent de disparaître sous les bulldozers d’organisations comme l’État Islamique ou encore Boko Haram.

Si le pays en guerre n’est pas en disposition de protéger son propre patrimoine, d’autres nations voisines se proposeront alors de préserver pour lui le patrimoine afin de le protéger des conflits, puis le restitueront une fois la sécurité revenue dans la nation. Les organisateurs de la conférence se sont-ils souvenus de l’évacuation du Musée du Prado vers Genève, au cours de la Guerre Civile espagnole ? Il faut l’espérer, si on veut être certain qu’aucune cité antique, aucun lieu de culte, aucune statue séculaire ne disparaisse plus au nom d’une lecture biaisée de la religion.

C’est également durant ces quarante-huit heures de débats qu’a été officialisée la création d’un fonds monétaire mondial entièrement consacré à la sauvegarde du patrimoine ; une création qui avait été annoncée à la fin du mois de novembre dernier mais qui, cette fois-ci, semble avoir été entérinée.

Mideast Emirates French President

 La conférence aux Émirats Arabes Unis, le 3 décembre dernier © Emirates News Agency – AP

Toutes ces annonces, toutes ces réunions, toutes ces initiatives devraient tendre à raviver les espoirs quant au futur des sites historiques et patrimoniaux menacés par la guerre ou le fanatisme islamiste. Pourtant, cela fait depuis plus de deux ans maintenant que le Moyen-Orient s’enfonce dans une crise sans précédent du fait du conflit syrien, de l’avancée des forces terroristes en Irak ou de la montée du fanatisme religieux dans le nord du continent africain. Des cités comme Nimroud, Palmyre, Mossoul ont déjà perdu nombre de leurs monuments millénaires.

Les mausolées de Tombouctou, bien que reconstruits et leur destructeur aux mains du tribunal de La Haye, sont partis en poussière. La Libye craint une contagion alors qu’elle ne s’est toujours pas stabilisée politiquement depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011. L’Arabie Saoudite continue de pilonner méthodiquement le Yémen, quitte à détruire des sites classés par l’Unesco. La guerre en Syrie s’enlise. Les beaux mots et les belles intentions vont-elles enfin porter leurs fruits, ou sommes-nous là encore face à un effet d’annonce qui ne sera jamais suivi d’actions concrètes et surtout pérennes ? L’avenir le dira.

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