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Amours, peurs et rêveries de Bernard Buffet au Musée Montmartre

Agathe Lautréamont 29 novembre 2016

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Une seconde exposition sur Bernard Buffet, alors que le tout Paris se presse aux portes de la rétrospective du Musée d’art moderne de Paris ? Et après tout pourquoi pas, à partir du moment où l’intention se révèle tout aussi noble, le propos aussi précis que complet et le regard empreint d’une nouveauté rafraîchissante ? C’est précisément ce que propose, jusqu’au 5 mars 2017, le Musée Montmartre. Avec « Bernard Buffet : Intimement », l’institution des hauteurs de Paris propose un parcours tout en charme et en confidences ; où l’on découvre un peintre aussi productif qu’amoureux de la création.

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Bernard Buffet, Etude de Forêt, vers 1950 © ADAGP, Paris 2016

Des fleurs de choux et de chardons, les épines acérées et les feuilles coupantes comme le fil d’un rasoir, font face à un somptueux bouquet de roses d’un rouge sourd. L’un a été peint au cours d’une période de doute artistique, l’autre en cadeau à la femme, la muse, l’égérie d’une vie : Annabel Buffet. Un peu plus loin, c’est encore un portrait de l’être aimé qui accueille le visiteur, tandis que la silhouette sculpturale de l’ancienne mannequin contraste avec les visages grimaçants de pierrots tristes observés lors d’un spectacle de cirque.

Encore quelques pas et l’on tombe sur une gravure illustrant les Chants de Maldoror du Comte de Lautréamont ; la salle située juste en face expose des dessins et peintures de scarabées, lucanes et autres insectes grouillants que le jeune écrivain redécouvert par les Surréalistes aimait tant décrire dans son œuvre mystérieuse. Le ton est donné.

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Bernard Buffet, Portrait d’Annabel, 1958-1959 © ADAGP, Paris 2016

Là où le Musée d’art moderne de Paris a assurément fait le choix de l’emphatique et de l’impressionnant, le Musée Montmartre tourne le dos au solennel, au sensationnel, pour révéler un autre visage de Bernard Buffet : celui de l’homme, avant tout, et aucunement celui que l’on connaît plus traditionnellement.

Pas de peintre superstar donc, pas d’artiste riche et célèbre qui vécut confortablement toute son existence grâce à ses toiles qui s’arrachaient à des prix astronomiques. Rien de tout cela. Seulement une exploration pudique des territoires intimes, de sa rencontre avec Annabel aux drames familiaux en passant par les joies d’une existence toute tournée vers la créativité et l’expérimentation.

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Bernard Buffet, Portrait de Jean Cocteau, 1955 © ADAGP, Paris 2016

C’est ainsi qu’un parcours divisé en onze sections distinctes a été composé par le Musée Montmartre, dont la très large majorité des œuvres provient exclusivement de collections particulières ou de la collection personnelle du fils adoptif de Bernard et Annabel Buffet : Nicolas.

Ces cent cinquante œuvres (de l’huile sur toile à la gravure en passant par le croquis et la photographie) sont autant de témoignages d’un personnage qui vivait entièrement tourné vers sa passion, un créateur hors-norme qui avait besoin d’exprimer des visions sombres, chimériques ou au contraire exaltées dans la peinture. Les tableaux exposés dans les salles au parquet grinçant du Musée Montmartre se chargent tout dans le même temps de nous rappeler à quel point Buffet était un artiste polymorphe, changeant, capable d’opérer de profondes mues dans sa pratique.

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Bernard Buffet, Place des Vosges, 1956 © ADAGP, Paris 2016

Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, nombreux sont ceux à avoir considéré (et beaucoup le pensent toujours aujourd’hui, quitte à ce que cela ne soit rien de plus qu’une posture) qu’à compter de 1955, le peintre s’est contenté d’une caricature de lui-même, représentant à l’infini ce que l’on attendait de lui : un style hachuré, rectiligne, froid, aux aplats de couleurs épaisses.

Et c’est également là un des points forts de la rétrospective montée par le Musée Montmartre : donner tort à ces tristes sires qui réduisent le travail de Bernard Buffet au « style Buffet » que l’on visualise tous.

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Bernard Buffet, Annabel, 1959 © ADAGP, Paris 2016

L’hommage est donc aussi innovant qu’émouvant. D’un coléoptère aux élytres bigarrés à une petite ruelle typique de Montmartre en passant à un autoportrait dont les couleurs froides ne sont pas sans rappeler un hommage au Greco,  les œuvres de Buffet livrent sa personnalité dans ses toiles, exposent la lourdeur du silence, chantent un amour fou pour Annabel qui fut la compagne d’une vie mais surtout expriment un monde tel que l’artiste le concevait.

Nous entrons, sur la pointe des pieds, dans l’univers intime du peintre et on en ressort avec une vision rénovée et bouleversée de l’artiste. Un passage obligatoire donc, et probablement une des plus belles expositions de cette fin d’année 2016.

BERNARD BUFFET

18/10/2016 > 05/03/2017

Musée de Montmartre

PARIS

L’exposition, personnalisée par le fils de l’artiste, Nicolas Buffet, assisté des historiens de l’art Sylvie Buisson et Yann le Pich...

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