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David Hamilton, une disparition et de (trop) nombreuses questions

Agathe Lautréamont 28 novembre 2016

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Délétère, original, pornographique, pictural… Tous les superlatifs auront été utilisées pour qualifier le travail du photographe anglais David Hamilton, retrouvé mort à son domicile parisien le 25 novembre dernier. Dès la fin des années 1960, le photographe était devenu célèbre pour ses clichés de jeunes filles, très jeunes filles, posant nues sous son objectif, dans des postures ingénues, lascives, suggestives. Récemment accusé de viol par une animatrice de télévision et par de nombreuses femmes, le photographe a choisi le suicide.

'La Closerie Des Lilas' Literary Awards 2015

David Hamilton en 2015 © Foc Kan – WireImage

Il les surnommait « ses nymphettes ». Il les préférait jeunes, très jeunes si possible. En tout cas, jamais au-delà de seize ans, une puberté trop avancée était rédhibitoire pour lui. Au terme bien trop violent et évocateur de pédophilie, il aurait probablement préféré celui de « nympholepte ». Dans la tradition antique grecque, le nympholepte est celui qui se consacre au culte des nymphes, ces divinités de la nature d’une grande pureté.

Dans notre société contemporaine, ce terme désigne une pré-adolescente sexualisée par le regard d’un homme d’un certain âge. Cette description n’est pas celle du personnage de fiction de Humbert Humbert, imaginé par Vladimir Nabokov, mais celui du photographe anglais David Hamilton, retrouvé mort en fin de semaine dernière dans son appartement parisien. La thèse privilégiée par les autorités est pour le moment celle du suicide.

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© David Hamilton

Des noirs et blancs où un gris d’une grande douceur domine, où le grain argentique se dépose à la manière de milliers de taches de rousseurs sur le nez retroussé d’une enfant au regard perdu dans le vague. Des couleurs nacrées, pastel, presque veloutées nimbent des silhouettes graciles, aux clavicules apparentes et aux hanches étroites.

Le style est si aisément reconnaissable que les critiques d’art n’hésitent pas à parler de lumière « hamiltonienne », de flou à la « hamilton », comme si un voile avait été passé entre l’objectif et le modèle ; comme pour ancrer la toute jeune fille dans un univers éthéré et inaccessible, où les bassesses de ce monde n’ont pas encore pénétré. Parfois, on pense à l’Impressionnisme face à ces halos de lumière douce qui viennent rehausser des chevelures bouclées un peu ébouriffées. Les teints extrêmement pâles, les lèvres charnues et les yeux brillants évoquent plutôt l’esthétique des Préraphaélites, connus pour leurs représentations de ces femmes aux visages d’une pâleur tuberculeuse.

Puis le regard détaille un peu plus avant ces filles qui posent devant les boîtiers de David Hamilton, allongées au milieu de draps défaits, courant pieds nus dans les bois, couronnes de fleurs tressées dans les cheveux… Quel âge ont seulement ces filles ? «Moins de seize ans », comme il le déclarait sans ambages dans une interview donnée à un quotidien suisse, l’année dernière. Elles sont donc toutes mineures. Toutes ont été laissées seules dans le studio d’un photographe, posant pendant parfois de longues heures, soit totalement nues, soit vêtues de robes d’une blancheur éclatante, dont l’épaulette a « malencontreusement » glissé pour dévoiler une poitrine à peine formée.

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© David Hamilton

Quelle était la motivation de David Hamilton ? Selon lui, une quête de l’intemporalité et surtout d’une pureté qui ne saurait souffrir les affres du temps. L’idée d’Hamilton était de ne surtout pas dater son cliché, c’est pourquoi il vêt les petites filles de robes neutres, dont le style ne peut pas se dater dans le temps. Nous sommes au cœur des années 1980 comme au tout début du XIXe siècle. Nous regardons un daguerréotype comme une photographie numérique prise au début des années 2000.

En tout cas, c’est là le regard des bouillonnantes années 1980, qui fait entrer les très jeunes filles d’Hamilton dans les galeries branchées, mais surtout c’est le regard qui achète les calendriers, posters et cartes postales signées par le photographe sans aucun état d’âme. Beaucoup de photographes débutant leur carrière à cette époque se réclameront de son style fortement marqué, créé à grands renforts de filtres montés sur ses optiques Minolta et de procédé de tirage qui provoquaient la création d’une brume blanchâtre sur les pellicules.

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© David Hamilton

Ce n’est que très (d’aucun diraient trop) tardivement que le monde change d’avis sur David Hamilton. L’insouciance des années 1980 laisse place à une prise de conscience, mais on peut légitimement s’interroger de ce que ses photographies n’aient provoqué d’interrogations que très récemment. Mais il refuse toujours farouchement le terme de pédopornographie, on s’en doute. Pour Hamilton, c’est de l’art, rien de plus. Mais les dossiers judiciaires s’accumulaient, peu à peu.

Des mannequins aujourd’hui célèbres libèrent leur parole, rapportent attouchements. Flavie Flament, animatrice TV, relate dans un livre le viol qu’elle a subi. La loi du silence se fissure. Plutôt que d’affronter la justice et faire face à ces femmes qui ont le courage d’enfin parler, David Hamilton a opté pour le suicide.

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