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Drones : quand l’art contemporain interroge les guerres modernes

Agathe Lautréamont 22 novembre 2016

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« Faux Bourdon », un titre mystérieux pour une nouvelle exposition aux Champs Libres, à Rennes. En anglais, faux bourdon se dit drone. Cet insecte, conçu pour s’accoupler avec des femelles pendant la période estivale avant de mourir une fois sa tâche effectuée, entre en une étrange résonance avec les méthodes de guerre d’aujourd’hui. Un mâle conçu pour être perdu, qui accomplit son devoir puis devient inutile. C’est en tout cas ce la question explorée par Martin Le Chevallier avec sa nouvelle installation vidéo autour de la manipulation des populations,des guerres modernes, de la déshumanisation des conflits. Quitte parfois, à survoler son sujet et passer sous silence quelques éléments clés. Décryptage.

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© Exponaute

L’atmosphère est lourde, épaisse comme l’obscurité qui règne dans la salle d’exposition des Champs Libres. Naturellement, d’un même mouvement, les spectateurs se tiennent à une certaine distance des six grands écrans disposés en fond. Les lumières jaillissent, se plantent dans nos pupilles comme des dagues puis une voix féminine au timbre monocorde, sobre retentit .

Comme si nous étions embarqués dans un drone, nous survolons à plusieurs dizaines de milliers de pieds le relief escarpé, aux couleurs étrangement froides, des montagnes pakistanaises. Froides comme la voix qui nous fait entrer dans la psyché d’une pilote américaine de drones. Avec lenteur, l’objet létal avance silencieusement, attendant d’atteindre sa cible, d’ici vingt-huit minutes. On comprend très vite où Martin Le Chevallier veut en venir. Peut-être même un peu trop vite.

Car tous les ingrédients d’une critique à laquelle on pouvait s’attendre sont bel et bien présents. Les jeux-vidéo qui déconnectent l’individu avec le monde réel. La société de consommation qui parvient à nous extraire toutes les informations dont elle a besoin à notre insu afin de nous faire consommer à nouveau. Et bien sûr, l’utilisation des drones par l’armée américaine afin de mener des guerres dans des pays lointains, sans avoir recours à des troupes au sol.

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© Ken Lund – CC BY SA

Une magnifique installation visuelle

L’installation en elle-même est absolument magnifique. La vidéo d’un peu plus de dix minutes qui défile sous nos yeux est issue d’images satellites disponibles via le logiciel Google Earth, épurées, aux formes parfois indistinctes, mais qui frappent par leur grande beauté. On devine le travail millénaire de mère nature, on imagine quels trésors naturels doivent renfermer ces vallons secrets.

Vu de là-haut, ces reliefs ressemblent à n’importe quelle chaîne montagneuse sur le globe, renforçant notre sentiment d’appropriation et de reconnaissance. L’ambiance pourrait être apaisante si ce n’était le texte qui résonne à nos oreilles comme un avertissement. Nous ne sommes pas là face à une simple vue satellite, mais bien à bord d’une invention technologique sur le point de larguer une bombe.

Le cadre n’est pas celui de la découverte de la géographie terrestre, mais celui de la guerre engagée par l’armée américaine contre les talibans, cette nébuleuse d’organisations terroristes actives au Pakistan et en Afghanistan depuis le milieu des années 1990. Des organisations qui visent à l’instauration de la terreur, le respect scrupuleux de la charia en lieu et place des lois et l’asservissement des populations qui tenteraient de leur résister.

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Google Earth – Image @ 2016 CNES / Astrium

Guerre et paix

Si l’existence des drones de surveillance est actée depuis le début des années 2000, c’est bien leur usage en tant qu’arme de guerre qui mérite d’être interrogé aujourd’hui. Les drones permettent des frappes précises, mais qui ne sont hélas pas exemptes de dommages collatéraux importants. Mais encore une fois, les questions ne sont pas tant liées aux drones eux-mêmes qu’à l’usage que les pays choisissent de faire de ce moyen.

Est-il plus prudent d’utiliser un drone pour la guerre plutôt qu’un aéronef habité ? Les frappes réalisées par les drones, plus précises, peuvent-elles seulement être justifiées ? Cette arme silencieuse, invisible et donc imprévisible est utilisée par l’armée américaine dans l’optique d’éradiquer la menace terroriste au Pakistan, sans que l’on prenne en compte que les Talibans utilisent (entre autres) l’argument de la lâcheté inhérente à l’usage d’un drone afin de recruter davantage de candidats à la guerre sainte.

Ne sommes-nous pas là dans un cercle vicieux ? Si les drones sont de « mauvaises » armes, peut-on seulement affirmer qu’il existe alors une « bonne » arme, plus propre, plus éthique, pour mener des conflits ? L’oeuvre, de son côté, avance que les drones sont utilisés pour rassurer l’opinion publique et parce qu’ils sont moins coûteux.

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L’exposition aux Champs Libres © Exponaute

L’art de la guerre

Toutes ces questions, et c’est notre principal regret, Martin Le Chevallier ne les aborde pas dans son installation « Faux Bourdon », et c’est bien dommage. L’art est un moyen idéal pour s’emparer de sujets de société sensibles, pousser les populations à la réflexion, amener les visiteurs de l’accrochage à se questionner puis par la suite, se renseigner de manière plus approfondie sur le thème qu’ils viennent d’aborder afin de se forger leur propre opinion, impartiale.

Faire intervenir plus que jamais l’humain donc, sur le sujet d’une arme qui dans les décennies à venir, est appelée à devenir de plus en plus indépendante de toute intervention humaine. Les drones décollent et atterrissent déjà seuls. Nombre d’analystes s’accordent à dire que bientôt, ils pourront choisir leur cible seul. Vraiment ? Et la juridiction dans tout cela ?

Nous le voyons, le sujet est vaste, complexe. Nous n’attendions bien évidemment pas de Martin Le Chevallier qu’il prenne tous ces débats à bras le corps. Nous regrettons simplement un choix d’œuvre un peu trop court, où le visiteur n’a pas toutes les clés en main, et ressort de l’exposition avec en tête, ce texte récité où le ton quelque peu culpabilisateur ne sert hélas pas un sujet aussi grave qu’intéressant.

FAUX BOURDON

22/11/2016 > 22/01/2017

Les Champs Libres

RENNES

"L’installation vidéo Le faux bourdon tire son titre du nom de l’abeille mâle, cet insecte dont le rôle principal est la fécondation...

Exposition terminée
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