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Vassily Kandinsky et le Cavalier Bleu : de la figuration à l’abstraction

Jéremy Billault 21 novembre 2016

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Un homme, 150 ans et deux expositions : voici la première partie de notre diptyque consacré à Vassily Kandinsky, artiste clé dans l’Histoire de l’abstraction et de l’art moderne. Les années 1910 et le « Cavalier Bleu » à Bâle, les années 1940 et la période parisienne, deux musées nous ont offert la possibilité de réfléchir et d’analyser l’oeuvre passionnante de Kandinsky… Et on ne s’est pas gêné ! Avant de partir au musée de Grenoble pour la fin de la carrière et de la vie de l’artiste, direction Bâle et la Fondation Beyeler pour une exposition consacrée à Kandinsky, mais pas seulement. 

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Vassily Kandinsky, Dünaberg, 1910

Dans quelques semaines, le 6 décembre pour être précis, on célébrera le 150ème anniversaire de la naissance de l’un grands esprits de l’Histoire de l’art : Vassily Kandinsky. A l’occasion de cet anniversaire, plusieurs grandes expositions revisitent en détail la carrière prodigieuse de cet artiste peintre franco-allemand d’origine russe. La première, présentée à Bâle par la Fondation Beyeler, se concentre sur « Le Cavalier Bleu », almanach paru en 1912 et créé par Kandinsky au côté d’un autre artiste majeur de l’époque : Franz Marc. Après un voyage d’une trentaine d’années et quelques centaines de kilomètres, nous arriveront ensuite du côté du musée de Grenoble qui, avec le soutien du Centre Pompidou qui lui-même célèbre son quarantième anniversaire, s’attaque aux dernières années du peintre et à sa période parisienne. L’occasion pour nous, donc, de revenir en détail sur deux étapes majeures (rarement représentées avec tant de précision) de la vie et de la carrière d’un homme qui participa sans doute à l’un des virages cruciaux de l’Histoire de l’art.

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Franz Marc, Horse in a Landscape, 1910 © Museum Folkwang, Essen

Commençons donc notre voyage dans l’espace et dans le temps par le début du XXème siècle, quelques années avant le début de la Première Guerre Mondiale. A ce moment-là, en janvier 1911, Vassily Kandinsky démissionne de son poste de l’Association des Nouveaux Artistes de Munich qui vient de rejeter l’un de ses tableaux dans le cadre de sa troisième exposition. Jugé trop radical, Kandinsky s’éloigne et créé, avec Franz Marc, un nouveau groupe plus proche de ses convictions. Quelques mois plus tard, pendant l’été 1911, Kandinsky décide de publier un recueil de textes sur l’art moderne rédigés par des artistes intitulé : « Le Cavalier Bleu » (Der Blaue Reiter). L’artiste justifiera ce titre quelques années plus tard d’une manière plutôt prosaïque :  « Nous aimions tous les deux le bleu, Marc aimait les chevaux, moi les cavaliers ». Le Cavalier Bleu deviendra rapidement un projet d’almanach derrière lequel se cache tout un groupe d’artistes, qui, pour l’anecdote, organisera sa première exposition dans la précipitation au même endroit et au même moment que l’exposition des Nouveaux Artistes de Munich dont ils se démarquent radicalement.

Résonance intérieure

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Vassily Kandinsky, Lancer in landscape, 1908 © Merzbacher Kunststiftung

Les artistes du Cavalier Bleu essuyèrent à l’époque de violentes critiques, notamment à cause de la disparition revendiquée des frontières qui séparent les pratiques artistiques et les formes. Musique, peinture, art ancien, art moderne, la théorie du Cavalier Bleu revient à l’essentiel, à quelque chose d’extrêmement profond, d’enfouit à l’intérieur de l’homme au cœur duquel le Monde résonne. Adieu donc les styles formels systématiques, l’artiste doit avoir devant lui des possibilités infinies, sans restriction, sans enfermement, pour transmettre cette vibration qui existe fondamentalement chez lui. C’est ce qu’a toujours exprimé Kandinsky dans son rapport à la musique, pratique artistique qu’il estimait supérieure à la peinture car elle transmet, parle et émeut sans recours à l’image. Ainsi l’Almanach, dont le seul exemplaire fut publié en 1912 puis réédité deux ans plus tard, est-il une véritable introduction à un chemin sinueux mais particulièrement et très fréquenté : celui de l’abstraction.

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Vassily Kandinsky, Improvisation Deluge , 1913

Avant même de parler d’abstraction, Marc et Kandinsky se défont très vite de l’obligation systématique de la représentation au profit d’une liberté totale dans la couleur, la ligne et la perspective. C’est ce que montre formidablement la Fondation Beyeler et c’est là ce qui fait de son sujet une question fondamentale dans la compréhension de la carrière de Kandinsky et dans la naissance de l’art moderne. Grâce à des couleurs vives, du rouge, du jaune, du bleu, on observe et on ressent ce que Kandinsky et Marc veulent transmettre : une vibration, autrement dit, la trace de ce que le Monde a laissé en eux. On reconnait vaguement une colline, un jardin, des chevaux dont les lignes arrondies traduisent un mouvement sans le représenter. Avant même l’abstraction géométrique ou l’abstraction biomorphique que l’on évoquera plus tard à Grenoble, le Cavalier Bleu réunit les premières tentatives d’expression d’une sensibilité au détriment des exigences de la représentation. Nous avons là affaire au sentiment, à ce que l’artiste éprouve plutôt qu’à ce qu’il voit, à la poésie, à une représentation spirituelle plutôt que visuelle.

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Franz Marc, The large blue horses, 1911

Les toiles des différentes expositions de ce mouvement brutalement interrompu par la Première Guerre Mondiale et le retour de Kandinsky en Russie se succèdent donc à Bâle avec intensité : l’abstraction du premier regard succède à la perception, appuyée par le titre des œuvres qui nous dirigent et nous informent quant à l’éventuel objet ou paysage réel représenté. On remarque d’ailleurs que l’emblématique Cavalier Bleu n’est pas innocent : il y a du bleu, beaucoup de bleu, hors du ciel, dans la nature, dans les champs, dans les formes et les mouvements, il y a des chevaux chez Franz Marc, des cavaliers chez Kandinsky. L’amour de cette couleur à la fois profonde et incongrue leur est commune ; l’un s’attarde sur le mouvement et la vitesse du cavalier quand l’autre se penche sur l’élégance de l’animal, traduite par des lignes arrondies et harmonieuses (vous aviez dit musique ?).

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Vassily Kandinsky, Two Riders And Reclining Figure, 1910

Si l’exposition se focalise sur les deux piliers créateurs du groupe, les autres artistes apparaissent, à la fois dans leur lignée et, en toute logique, dans une extrême singularité. C’est d’ailleurs ce que l’on observe au cœur de LA bonne idée scénographique de cette grande exposition : l’almanach, reproduit en intégralité avec tout ce qui le compose, avec, entre autres, la présence d’Arnold Schönberg qui, à ses acheteurs, disait « vous aurez une toile de l’un des plus grands génie de la musique » avec beaucoup de second degré mais aussi, on le comprend, avec une grande justesse. Saisir l’exposition, aller et venir ou feuilleter les pages de l’almanach procure un plaisir absolu, on sait que les œuvres sont magnifiques sans savoir concrètement pourquoi, car la précision et le niveau de détail ne se situe pas dans la représentation mais dans la sensation.

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Vassily Kandinsky, Composition VII, 1910

Alors que Kandinsky est encore promis à une longue carrière, la radicalité de ses opinions et de sa confiance en l’homme dans sa capacité à ressentir le monde nous saisit au plus profond de nos sens, nos cœurs et nos esprits. C’est avec plaisir et émotion que nous le retrouveront plus loin, dans le temps comme dans ses considérations esthétiques, du côté de Grenoble, pour aborder les dernières années de sa vie, ses années parisiennes.

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