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Vincent van Gogh : vrais ou faux dessins, la polémique qu’on attendait

Agathe Lautréamont 16 novembre 2016

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C’est amusant, car dans un sens, on sentait venir l’inévitable polémique… Et force est de constater qu’elle a bien eu lieu ! Tout commence il y a quelques semaines, lorsque la maison d’édition du Seuil a commencé à communiquer sur la sortie d’un carnet de croquis de la main de Vincent van Gogh, déclarés jusque-là comme « inconnus ». Hier après-midi eut lieu la conférence de presse présentant ce mystérieux recueil de dessins, tandis que la maison d’édition du Seuil confirmait la parution de l’ouvrage pour le 17 novembre prochain… Une belle histoire. C’était seulement sans compter sur les spécialistes néerlandais de Vincent van Gogh, des membres du van Gogh Museum notamment, qui ont balayé l’authenticité des dessins d’un revers de la main…

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Des exemplaires de l’ouvrage du Seuil présentés hier © Jacques Demarthon – AFP

Apparemment, Vincent van Gogh continue de déchaîner les passions ; une ironie terrible quand on garde seulement en tête l’ignorance, voire le mépris, dont il a été victime tout au long de ses trente-sept ans d’existence. Dernière illustration en date : la parution aux éditions du Seuil de l’ouvrage « Vincent van Gogh : Le brouillard d’Arles », un ouvrage vendu au prix de 69 euros annoncé par l’éditeur comme un recueil inédit comptabilisant en tout 288 pages et 65 dessins présentés de la main du fameux artiste néerlandais mort à Auvers-sur-Oise en 1890.

Hier après-midi, la Place des Vosges était en ébullition, puisqu’une conférence donnée à l’Académie d’Architecture dévoilait ce fameux recueil de dessins attribués au peintre néerlandais né dans le Brabant Septentrional. Un véritable trésor, une découverte sensationnelle, inattendue, trop belle pour être vraie ?

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Dessin extrait de l’ouvrage du Seuil © Éditions du Seuil

Une belle découverte

Toujours est-il que l’éditeur Bernard Comment n’a pas mâché ses mots pour qualifier ce mystérieux carnet brusquement réapparu. « Stupéfiant », « fulgurant » et autres superlatifs, pour un ensemble de croquis qui paraîtra simultanément en France et dans d’autres pays du monde, notamment aux États-Unis et au Japon, deux pays connus pour être particulièrement friands des œuvres du maître. « Ces dessins forment un ensemble très impressionnant, leur authenticité est bien établie par un faisceau d’indices et de recoupements : on ne s’est pas engagé à la légère dans ce projet.» a tenu à préciser l’éditeur.

Le livre édité par le Seuil est de belle taille, sa couverture est ornée d’un autoportrait de Vincent van Gogh, la tête couverte d’un chapeau de paille et un foulard noué autour du cou, les lèvres étrangement épaisses pour un homme qui s’est toujours représenté la bouche fine et un peu pincée sur ses nombreux autoportraits.

Si l’on en croit la conférence de presse donnée à l’Académie d’Architecture, les dessins étaient en possession d’une famille modeste, loin des canons des collectionneurs traditionnels (qui ont tenu à rester anonymes), et ont été exécutés par van Gogh tandis qu’il séjournait à Arles, directement sur le carnet de compte (d’où le nom de brouillard, surnom donné à ce type de registre) du Café de la Gare du sud de la France où il séjourna entre le 20 février 1888 et le 8 mai 1889.

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Des exemplaires du livre présenté en conférence, hier © Jacques Demarthon – AFP

Une experte formelle

Les dessins, réalisés à l’encre, ont été authentifiés par une pointure en la matière : rien de moins que la canadienne Bogomila Welsh-Ovcharov, une des spécialistes les plus connues de l’œuvre du peintre néerlandais et qui officia parmi les commissaires de l’exposition d’Orsay de 1988 : « van Gogh à Paris ». Selon l’historienne de l’art donc, les dessins constituent un ensemble véritablement impressionnant et leur authenticité ne fait aucun doute grâce à de nombreux indices retrouvés au cours de leur analyse.

L’éditeur l’assure à de nombreuses reprises : un travail scientifique poussé, sérieux, long de plusieurs années (trois pour être précis), a permis d’affirmer sans aucun doute possible que ces croquis ont bel et bien été réalisés par van Gogh au cours de son passage à Arles.

Mais bien sûr, il y a un mais, sinon l’affaire eut été trop simple. Alors que la conférence battait son plein au creux de la place des Vosges, un communiqué officiel produit par le Van Gogh Museum d’Amsterdam vient balayer d’un revers de la main la fierté des éditions du Seuil et l’excitation du panel de journalistes réunis sur place : les dessins sont des faux grossiers. Ni plus, ni moins.

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Des exemplaires du livre présenté en conférence, hier © Daniel Fouray – Ouest France

Coup de tonnerre

Le van Gogh Museum, en plein cœur d’Amsterdam, déclare avoir été au courant depuis longtemps de l’existence de ce carnet de dessins, et ils eurent l’occasion de livrer un regard sur l’authenticité de ce dernier déjà en 2008 puis dans un second temps en 2012, à la demande des possesseurs des dessins. Sur la base de photographies de grande résolution de 56 dessins sur 65, les chercheurs de la respectable institution hollandaise sont formels : ce sont des faux, une opinion qui n’a pas changé depuis leurs dernières observations quelques années en arrière. Difficile de remettre en question l’avis du van Gogh Museum, quand on sait que l’institution possède pas moins de 500 dessins, croquis et esquisses de l’artiste et conserve quatre de ses carnets de dessins.

Le livre édité par le Seuil suggère que les 65 dessins ont été réalisés entre le printemps 1888 et le printemps 1889, or ces œuvres ne refléteraient en rien le style de l’artiste et surtout son évolution significative au moment de son passage dans le sud de la France. Or, les dessins ne montrent aucune différence stylistique entre les débuts à Arles et l’année 1889 après son passage à Saint-Rémy-de-Provence. On n’y retrouverait pas non plus son raffinement caractéristique, sa touche rapide sans pour autant sacrifier la précision, son sens profond du clair-obscur et sa capacité à rassembler en un style unique plusieurs influences très différentes.

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Dessin extrait de l’ouvrage du Seuil © Éditions du Seuil

Encre brune et papier bleu

Mais le point le plus troublant demeure l’encre utilisée pour l’exécution de ces dessins récemment découverts. Les analyses ont révélé que l’encre est de type « sepia shellac », une encre que van Gogh n’a jamais utilisée au cours de sa vie. L’artiste dessinait fréquemment en noir (plus rarement eu mauve), mais le noir s’est considérablement éclairci au cours du temps, prenant une teinte marron. C’est l’explication apportée dans le livre à paraître demain quant à la couleur brune de l’encre de ses dessins.

Une décoloration impossible, puisque l’encre « sepia shellac » est bel et bien marron d’origine ; elle ne peut donc pas s’être décolorée pour obtenir cette teinte finale. De même, comment un carnet de dessin qui n’a jamais été exposé, jamais été montré au public, jamais présenté dans une vitrine, a-t-il pu ainsi se décolorer ? Sans compter que le papier, lui, ne s’est pas décoloré (le support d’une teinte entre le bleu et le vert, perd normalement cette teinte avec les ans, or dans le carnet présenté par le Seuil, la couleur du papier est encore vibrante). Une encre qui se serait décolorée donc, mais pas son support, alors que celui-ci est connu pour très mal vieillir ?

La thèse du van Gogh Museum est donc simple : le faussaire qui se cache derrière ces copies se serait inspiré des dessins aujourd’hui connus de Vincent van Gogh qui, avec les années, sont devenus marrons du fait de la décoloration de l’encre. Il a alors choisi une encre marron, ignorant totalement que l’encre qu’utilisait le peintre néerlandais était… noire.

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Un dessin où l’on voit bien la teinte caractéristique, bleu-vert, du papier utilisé © Éditions du Seuil

Trop beau pour être vrai ?

Mais ce ne sont là qu’un échantillon des doutes émis par l’institution néerlandaise, qui fait autorité en matière d’analyse des œuvres de l’artiste. Le musée souligne également des erreurs de topographie flagrantes de la région arlésienne, mais l’origine du carnet est également le sujet de quelques suspicions de la part du musée (le propriétaire du carnet affirme qu’il appartenait initialement à la famille Ginoux, amis de van Gogh à Arles, or ces derniers avaient affirmé 6 ans après la mort de l’artiste, en 1896, ne pas posséder une seule œuvre du maître).

On pourrait avancer l’hypothèse que le van Gogh Museum, qui n’a pas été sollicité pour analyser ces dessins par la maison d’édition joue aux Gardiens du Temple, et réfute délibérément l’authenticité des dessins par pur esprit de contradiction. Ce serait ignorer que l’institution muséale néerlandaise a déjà travaillé par le passé à de nombreuses reprises avec Bogomila Welsh-Ovcharov ; il n’y a donc pas de rivalité entre les deux parties.

Reste maintenant à attendre le développement de cette bataille des experts qu’on attendait et qui est bel et bien arrivée. D’autres regards vont probablement être sollicités, d’autres yeux vont se poser sur l’autoportrait de Vincent van Gogh figurant sur la couverture du livre ; un autoportrait aux joues étonnamment bien pleines pour un homme qui s’est représenté toute sa vie en peinture le visage émacié, les joues creusées par des années de privation et un appétit frugal.

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