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Donald Trump par Serrano : la nouvelle force d’une photo historique

Jéremy Billault 9 novembre 2016

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En ce mercredi 9 novembre 2016, le hasard a organisé la rencontre de la petite et de la grande Histoire. La grande, tout le monde ne parle que d’elle, c’est l’élection de Donald Trump à la présidence américaine. La petite, c’est l’ouverture aujourd’hui-même de l’exposition d’Andres Serrano à la Maison Européenne de la Photographie et avec elle, celle d’une photographie dont le sens vient de changer : le portrait de Donald Trump. 

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Donald Trump, America, 2003 © Andres Serrano

En cette matinée historique du 9 novembre 2016, difficile, même ici, même pour nous,de ne pas évoquer la victoire inattendue de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine. On s’en serait pourtant bien passé, ne serait-ce que pour éviter de parler d’un sujet qui nous échappe, ou du moins dont nous sommes loin d’être spécialistes. Et pourtant c’était prévu. Car aujourd’hui, mercredi 9 novembre 2016, une petite histoire se produit en même temps que la grande, à Paris.

America

Cette petite histoire, c’est celle d’une photo prise il y a 13 ans, en 2003, par Andres Serrano. A l’époque, le photographe connu du grand public pour ses œuvres régulièrement vandalisées décide de créer une série intitulée America, en réaction aux attentats du 11 septembre : des hommes, des femmes, anonymes ou célèbres constituent tous ensemble un portrait éclectique des Etats-Unis du XXIème siècle, avec toutes ses particularités. Un pompier, un gangster, un vétéran de l’armée, une mini-miss… Mais aussi Snoop Dog ou encore, celui qui à l’époque n’était « qu’un » homme d’affaires facétieux : le Président Donald Trump. Cette photo est rapidement connue du monde entier, présentant avec elle le style Serrano au grand public. Depuis plusieurs mois, avec l’intensité croissante de la campagne américaine, cette photo, au demeurant sublime, a eu tendance à resurgir un peu partout tant elle exprime avec vivacité le Trump vociférant de ces dernières années.

Mais c’est en 2016, en marge du bouillonnement insoutenable qui prendrait fin au mois de novembre, que cette oeuvre-là se chargera d’un sens nouveau. A l’occasion d’une très vaste exposition organisée aux Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique intitulée Uncensored Photographs (qu’on vous fait visiter par ici), Serrano expose la majeure partie de son oeuvre, y compris le Piss Christ (bien connu pour les protestations qu’il a suscité, notamment en France) et toutes les photos manipulatrices de symboles qui choquent au point de provoquer des réactions très violentes. Le rassemblement de ces photos-là, régulièrement exposées, est un événement. Mais la sensation, c’est Donald Trump : réalisée en 2003, la photographie n’avait jusqu’alors jamais été montrée au public. Un crucifix plongé dans un mélange de sang (de boeuf) et d’urine (de photographe) ? Déjà vu. Donald Trump ? Grande première.

Trump à Paris

Hasard du calendrier ou coup de génie, c’est aujourd’hui, 9 novembre 2016, jour où le monde appris que Donald Trump  serait le 45ème Président des Etats-Unis d’Amérique, que s’ouvre au public l’exposition d’Andres Serrano à la Maison Européenne de la photographie. Avec elle, pour la deuxième fois de son histoire, pour la première fois à Paris, cette photo-là. Nous ne voulons évidemment pas réduire l’exposition et le travail d’Andres Serrano à cette photo-là, d’autres articles suivront, mais il nous a semblé important de parler d’elle, aujourd’hui.

Car ce n’est pas tant son caractère inédit qui nous a poussé, aujourd’hui, à écrire ces lignes. C’est plutôt un hasard ou un coup de génie absolu, à la fois fortuit et magistral. Car c’est Trump, car c’est Serrano. La principale matière d’Andres Serrano n’est pas son modèle : c’est le symbole. Outre l’image littérale, l’oeuvre d’art se situe au sein même de ce que l’artiste manipule vraiment, au sein du visiteur choqué, bouleversé, énervé, violent qui, face au contexte, face à la provocation du modèle voit violemment surgir le véritable sens de l’image. Les enfants de la morgue, les véritables membres du Ku Klux Klan, le crucifix plongé dans les fluides corporel… Le sel de l’oeuvre est dans le symbole universel agissant et réagissant sur l’individu.

Voilà où on veut en venir : en mars dernier, cette photo-là était celle d’un homme d’affaires particulièrement représentatif de certains clichés ayant trait aux USA, candidat farfelu à la primaire républicaine. Hier, elle était celle d’un candidat agressif probablement sur le point d’échouer, ce que son expression avait de risible est devenue une menace. Aujourd’hui, elle est la photographie du président des Etats-Unis, la menace est devenue réalité, autorité. Parce que c’est Trump (le photographe a failli photographier Bill Clinton et même Hillary) et parce que c’est le talent psychologique incroyable de Serrano, cette photo a presque changé du tout au tout. Le hasard a voulu qu’à Paris, elle soit montrée au moment précis de la victoire de son modèle et qu’elle n’ait donc plus rien à voir avec celle que les bruxellois ont admiré avec, on l’imagine, un sourire en coin.

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