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Eikō Hosoe et Yukio Mishima : la rencontre de deux génies

Agathe Lautréamont 28 octobre 2016

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Barakei, ou l’ordalie par les roses. Bara en japonais signifie rose, tandis que kei pourrait être traduit par punition, ou châtiment. Ce terme est également le titre de l’ouvrage qui a découlé de la rencontre de deux grands génies artistiques du milieu du XXe siècle au Japon : le photographe avant-gardiste Eikō Hosoe et l’écrivain Yukio Mishima, alors au sommet de sa gloire lorsqu’il décide de cette collaboration. Aujourd’hui, la galerie Éric Mouchet expose une partie des images issues des séances photos réalisées dans les années 60. Une fable en noir et blanc, au fort pouvoir érotique, mais dont la puissance également morbide ne saurait laisser indifférent…

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Eikō Hosoe, Ordeal by Roses, 1961 © Eikō Hosoe

Une petite vingtaine de tirages, datés, signés, nous attendent apposés sur les murs blancs de la galerie Éric Mouchet. Toutes sont des épreuves au platine palladium, tirées en 1988 par Eikō Hosoe dans son atelier japonais. Les ombres se révèlent d’une profondeur éclatante, les blancs tirent sur un beige quelque peu délavé, comme si l’on admirait un ancien cliché de famille délavé par le temps, tandis que les noirs ne se révèlent pas véritablement noirs ; mais tirant sur le brun, comme une touche d’aquarelle qui se serait étirée dans les fibres de la feuille jusqu’à diluer sa teinte originelle.

Ce procédé complexe permet cependant une conservation exceptionnelle du tirage, celui-ci ne bougera plus, malgré les affres du temps. Comme si Eikō Hosoe avait ardemment souhaité que cette séance photo précise ne se dégrade pas au fil des années. Lorsque l’on sait l’obsession de Yukio Mishima pour la déréliction de son corps mais plus généralement pour la dégradation inévitable de toute chose, la coïncidence laisse songeur…

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Eikō Hosoe, Ordeal by Roses, 1961 © Eikō Hosoe

Si le contrat passé entre les deux grands artistes japonais (Hosoe est un photographe salué dès les années cinquante, Mishima est le romancier acclamé par la critique que l’on sait) était que le photographe pouvait faire ce que bon lui semblait de son modèle, il semblerait que l’inverse se soit très rapidement instaurée entre les deux créateurs.

Les images issues de l’ouvrage Barakei démontrent une chose et une seule : une mise en situation, léchée et esthétisée au possible, des hantises de Yukio Mishima. Dans Le Soleil et l’Acier, l’écrivain explique son choix d’un culte de son propre corps, du modelage de sa musculature et du contrôle de son image par le fait que c’est via la lutte constante contre l’affadissement progressif que l’on accès, seulement, à la grandeur.

La parabole est on ne peut plus claire : nationaliste, le culte de son physique n’est pour Mishima qu’une façon d’exprimer ses craintes face à un Japon qui a renoncé à sa suprématie et à son exception culturelle, en acceptant à bras-ouverts les influences Occidentales post-Seconde Guerre mondiale.

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Eikō Hosoe, Ordeal by Roses, 1961 © Eikō Hosoe

Presque toujours dénudé ou alors portant le fundoshi (sous-vêtement traditionnel masculin au Japon), Mishima prend la pose au milieu d’un champ de roses aux épines acérées, sommeille aux côtés d’une reproduction de la Vénus d’Urbin du Titien… Parfois, il s’appuie sur une colonne de marbre, bras tendus vers le ciel et muscles saillants : l’allusion au martyr de Saint Sébastien est on ne peut plus éloquente.

Ce personnage de la tradition chrétienne fut le premier contact de Yukio Mishima avec l’esthétique de la Renaissance, alors qu’il n’était qu’un enfant et s’appelait encore Kimitake Hiraoka. Et bien évidemment, les allusions à l’homosexualité de l’écrivain sont là, visibles, prégnantes, nullement dissimulées. L’écrivain a succès en jour, il a pleine conscience de l’aura exceptionnelle qu’il dégage. Et cette orientation sexuelle, Mishima en avait d’ailleurs fait le sujet de son second roman qui le propulsa à la tête de la sphère littéraire japonaise de son temps : Confessions d’un masque.

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Eikō Hosoe, Ordeal by Roses, 1961 © Eikō Hosoe

Mais cette fois, nul masque n’est visible dans la production photographique d’Eikō Hosoe. L’idée était la création d’une œuvre sans pareil, où le lubrique côtoie le morbide, ou l’étrange devient inquiétant et où le corps masculin est porté au pinacle. Mishima joue avec l’objectif d’Hosoe et ce dernier, trop heureux de voir son modèle si à l’aise face à son objectif, se permet des fantaisies innovantes.

Les tirages volontairement contrastés que l’on admire aujourd’hui au sein de la galerie Éric Mouchet ajoutent une atmosphère oppressante : parce que les ombres sont profondément marquées, il arrive que le visage de Yukio Mishima soit plongé dans l’ombre, tandis qu’il nous regarde pourtant, dans toute l’étendue de sa nudité, provocateur. À nous de pénétrer dans son univers, fait d’esthétisation poussée à l’extrême, fait d’un retour à l’idéal. Un idéal bien personnel qui fut, et est encore, reproché à l’écrivain…

EIKŌ HOSOE, BARAKEI

27/10/2016 > 22/12/2016

Galerie Eric Mouchet

PARIS

Barakei est une fable érotique et morbide, qui traduit par sa provocante allusion à l’homosexualité de Mishima, le désespoir d’un im...

Exposition terminée
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