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Spectaculaire Second Empire : un culte de la beauté, de l’opulence et de l’excès au musée d’Orsay

Jéremy Billault 12 octobre 2016

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Pour célébrer son trentième anniversaire, le musée d’Orsay a décidé de consacrer une grande exposition à une période de l’Histoire de France réputée pour sa culture de l’image et du divertissement : le Second Empire.Avec les participations exceptionnelles de la Bibliothèque nationale de France, du Musée national du palais de Compiègne, du Musée Carnavalet-Histoire de Paris, du Mobilier national et du Victoria and Albert Museum de Londres, le musée d’Orsay brosse un portrait complet extrêmement riche de la haute société de l’époque, à travers l’art et l’artisanat rudement mis à l’épreuve. Un spectacle absolu, passionnant, profond et de l’or plein les yeux…

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Jean-Léon Gérôme, Portrait de la baronne Nathaniel de Rotschild, 1866 © RMN-Grand Palais

C’est un anniversaire qui fera date. Il y a tout juste trente ans, le 9 décembre 1986, un musée est inauguré dans un lieu emblématique de la Capitale : la gare d’Orsay. Vous l’aurez compris, il s’agit là du musée qui portera le même nom et qui, en 2016, a décidé de célébrer sa troisième décennie à travers une grande fête, fastueuse, abondante, riche, clinquante, un événement spectaculaire consacré, pouvait-il en être autrement, à une période emblématique de l’Histoire de France en matière de faste et de divertissement : le Second Empire.

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Scénographie © Sophie Boegly -Musée d’Orsay

Galvanisé par sa lignée, Napoléon III ne cessera, tout au long de son règne, d’essayer de se faire un chiffre et de rivaliser avec son oncle, Napoléon Premier dans un décor impérial hérité des temps dorés de la monarchie. Pour conquérir l’adhésion du peuple en ancrer un régime fragile, l’Empereur, sa femme et sa cours célèbrent tout ce qui peut être célébré dans l’opulence, tirant le meilleur des artistes et artisans de l’époque pour embellir l’image de la famille impériale. C’est cette fascinante culture de l’image que le musée d’Orsay tâche de nous présenter, dans une exposition foisonnante d’Histoire, de peinture et d’arts décoratifs qui porte bien son titre, pourtant ambitieux : Spectaculaire Second Empire.

Faste and Furious

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Monbro – Legost, Bas d’armoire, vers 1855 © RMN – Grand Palais

Dans ce voyage passionnant au cœur de la société du Second Empire, le plaisir que l’on ressent, nous, visiteurs du XXIème siècle est multiple : on s’extasie devant la subtilité des objets qui se succèdent (le bénitier en cristal de deux mètres de haut, en fin d’exposition, est tout simplement renversant) autant qu’on réfléchit, qu’on remet en question et, parfois même, on rit. Car oui, cette opulence est excessive au point d’en être parfois risible et troublante, tant sa culture de l’image annonce les prémices de notre société actuelle. Pour prendre un exemple : tout est dans le berceau.

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Jean-Baptiste Carpeaux, La princesse Mathilde, 1862 © Musée d’Orsay

Le berceau créé à l’occasion du baptême du prince impérial, baptême pour lequel on ressortira la fameuse berline du sacre de Charles X, baptême qui vaudra « un sacre » aux yeux de l’empereur, baptême d’un enfant dont le parrain ne sera autre que le pape en personne, baptême organisé dans une cathédrale de Notre-Dame de Paris entièrement redécorée par Viollet-leDuc. Ce berceau est l’une des plus belles incarnations concrètes de la cérémonie et de toute une époque : conçu par l’architecte Baltard, il est le fruit du travail créatif et acharné des plus grands artisans de l’époque. Somptueux et à la fois très excessif quand on remet en perspective sa fonction et les ressources qu’il a nécessité. Tout est là, dans cet incroyable berceau, objet d’un événement dynastique majeur pour une société impériale fascinée par sa propre image. Ainsi Napoléon III est partout, son visage est peint, sculpté, représenté même sur des objets où ne l’attendait absolument pas. « Encore lui ! », pourrait-on dire devant une oeuvre dont on admire par ailleurs la qualité.

Mélange des genres

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James Tissot, Portrait du marquis et de la marquise de Miramon et de leurs enfants, 1865 © RMN – Grand Palais

L’avantage d’une société qui se montre, c’est que l’on peut la voir encore encore aujourd’hui. C’est ce qu’a bien compris le musée d’Orsay en accordant a cette période l’exposition d’ampleur qu’elle mérite. Car la haute société du Second Empire a besoin de se montrer, pour être vue et bien vue et, rapidement, se prend au jeu et y trouve son plaisir. Les événements mondains se multiplient et, pour les accueillir, des décors spectaculaires, inspirés de la période dorée du siècle précédent à laquelle s’ajoute le confort contemporain.

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Scénographie © Sophie Boegly -Musée d’Orsay

C’est ici la spécialité de l’Impératrice Eugénie à qui l’on devra même tout un style de mobilier, le style « Louis XVI impératrice ». Cette opulence généralisée touche tout un pan de la société que l’exposition présente à travers de savoureux exemples. Ainsi peut on presque visiter la villa pompéienne du prince Napoléon-Jérôme, symbole d’un éclectisme farfelu et romantique et du cadre très théâtral dans lequel on aime se représenter en société. Confort moderne, technologie, romantisme et retour d’un amour esthétique pour l’antiquité (style néo-grec), cette villa de la rue Montaigne est un exemple typique des excès de l’époque, lieu de toutes les mondanités (artistes, nobles et comédiens des Français s’y croisent), voisine d’une maison mauresque et d’un palais néogothique, rapidement abandonnée par son commanditaire.

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Paul Dubois, Chanteur florentin du XVème siècle, 1865 © RMN – Grand Palais

Si les arts décoratifs sont rudement mis à l’épreuve, créateurs d’un décor pour se faire voir, les beaux arts ne sont pas en reste. Ainsi peut-on découvrir de nombreux, très nombreux portraits de la haute société de l’époque, en photographie mais surtout en peinture. Le jeune Emile Zola, cité dans l’exposition (et dont les lecteurs fidèles savoureront particulièrement l’exposition qui est presque littéralement un voyage au cœur de ses romans), critique d’art à l’époque s’en était bien aperçu : « Le flot des portraits monte chaque année et menace d’envahir le Salon tout entier. L’explication est simple : il n’y a plus guère que les personnes voulant avoir leur portrait qui achètent encore de la peinture ».

Académisme et avant-garde

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Le Gray, Salon de 1852, Grand Salon, mur nord, 1852 © RMN – Grand Palais

Mais si le Second Empire brille par son académisme propre, il est aussi une période intense de recherche d’avant-garde. C’est probablement là l’un des coups de génie de cette exposition brillante : une salle consacrée aux Salons dont l’accrochage respecte celui de l’époque. Des tableaux partout, sans espace pour les séparer et, surtout, des tableaux venus de plusieurs salons différents. Face à la rigueur des critères du Salon officiel, Napoléon III insiste et soutient la création d’un Salon des refusés. Ainsi réunis dans cette salle des salons,  la Vénus de Cabanel, succès du Salon officiel ayant eu le privilège d’être achetée par l’Empereur en personne et l’un des plus grands scandales de l’époque : le révolutionnaire Déjeuner sur l’herbe de Manet. A travers les arts et les artisanats; l’image de l’homme, de la fonction et de la famille englobera rapidement celle de la France face à ses concurrents européens. Ainsi le Paris Haussmanien s’entoure-t-il de monuments devenus emblématiques, de l’Opéra Garnier, commande impériale qui, elle aussi, accueillera le scandale avant-gardiste avec la venue de Wagner et de Tannhaüser ou des l’organisation de l’Exposition Universelle dans laquelle se succèdent preuves les plus sublimes de l’art et de l’artisanat.

Le musée d’Orsay a donc fait très fort pour souffler sa trentième bougie : tout est spectaculaire, sans exception, le génie de tous les arts brille, par son académisme ou par son originalité, par sa folie ou par sa maîtrise technique. Les mélodies d’Offenbach nous accompagnent dans le Paris de l’époque, dans une balade où l’esprit se perd, entre admiration et choc d’un tel excès, entre les multiples niveaux de lecture et la profondeur des sujets qui s’enchaînent toujours dans la même perspective. Une occasion en or massif de découvrir ou redécouvrir un pan crucial de l’Histoire de France et de l’Histoire de l’art, dont l’influence sur notre société se ressent aujourd’hui plus que jamais.

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