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La rentrée du MAC Lyon #2 : immersion dans l’univers survolté de Jan Fabre

Laura Bourdon 6 octobre 2016

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Depuis le 30 septembre et jusque mi-janvier 2017, le MAC Lyon s’est paré de ses plus beaux atours, avec la présentation de trois expositions aux univers tout aussi singuliers qu’ils sont pointus dans leur genre, interrogeant parfois les limites du musée. Nous avons précédemment présenté les deux premières expos du lieu, voici la troisième, mettant à l’honneur une véritable star de la performance, j’ai nommé Jan Fabre. Conçue comme une exposition-rétrospective, Stigmata met en lumière quarante années d’actions et de performances, nous plongeant dans l’univers survolté d’un artiste en quête d’expériences extrêmes et de beauté, interrogeant par là-même la notion « d’exposition de la performance ». Un pari très réussi, avec en prime, une toute-nouvelle perf que l’artiste réalise dans le vélodrome du Parc de la Tête d’Or, situé face au MAC Lyon, conçue exceptionnellement pour le musée.

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Jan Fabre, Vue de la performance Sangu is / Manti s. réalisée le 22 mai 2001 aux Subsistances, Lyon Photographe : Maarten Vanden Abeele Courtesy Angelos bvba © Adagp, Paris 2016

« Lorsqu’au cours de l’été 2013 Jan Fabre me parle de Stigmata, sur laquelle il travaille avec Germano Celant pour Rome, je sais déjà que l’expo aura sa version lyonnaise », confie Thierry Raspail, directeur du MAC Lyon. A la suite d’une première exposition en 2004 consacrée aux performances filmées de l’artiste, le MAC Lyon conserve 800 m² de films, la plus importante et la plus complète des collections de ce type en Europe. Septembre 2016 marque une nouvelle étape de monstration présentant l’intégrale des performances de l’artiste, depuis 1976 où il se met en scène dans les vitrines d’Anvers jusqu’à sa toute dernière action réalisée spécialement pour le MAC Lyon. Une scénographie limpide, que l’on peut aborder de manière chronologique, conçue tel un voyage dans la mémoire de l’artiste à la rencontre de toute une vie de création. A travers la mise à disposition de quelques 800 objets : costumes, modèles de pensées, films, vidéos, Stigmata questionne la possibilité d’exposer une performance.

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Vue de l’exposition, Stigmata, Jan Fabre, MAC Lyon © Laura Bourdon

La grande nouveauté de l’exposition, c’est l’ajout par Jan Fabre d’une performance nouvelle, exceptionnellement réalisée pour le musée, où il est question de vélo… « Une tentative de ne pas battre le record du monde de l’heure établi par Eddy Merckx à Mexico en 1972 », Jan Fabre parvient-il à ne pas battre le record établi par Merckx en 1972 ? Il en a bien l’intention… et il s’entraîne, en costume, s’il vous plaît ! L’artiste n’est pas un champion du cyclisme, mais il poursuit sa quête des limites en hommage à celui que l’on surnomme « le cannibale », affamé de victoires.

La performance, une heure durant, se déroule en présence d’Eddy Merckx et d’autres personnalités du cyclisme, avec les commentaires « tourdefrancesques » de Daniel Mangeas et son équivalent flamand. Tout a été reconstitué, le 29 septembre dernier au vélodrome du Parc de la Tête d’Or, comme dans une scénographie de course réelle avec des chronométreurs officiels et le soutien d’un public de fans de 1500 personnes, venues acclamer la performance agitant des drapeaux aux couleurs de la France et la Belgique.

L’artiste se laisse dévorer par la « beauté de l’échec », exposant son corps aux vertiges de l’effort ; pour Jan Fabre, le corps constitue un outil de prédilection dès le début de sa carrière. Appréhendée comme un ensemble, Stigmata nous plonge dans l’univers survolté d’un artiste en quête d’expériences extrêmes et de beauté. Un tempérament impulsif, un certain rôle de « guerrier de la beauté », chacune de ses performances est unique, jamais rejouée, mettant son corps à l’épreuve.

Stigmata reconstitue Ilad of the Bic Art, The Bic Art Room, pour laquelle Jan Fabre crée le personnage d’Ilad (inverse de Dali). « J’ai créé une salle dans laquelle tout était blanc, même la nourriture, et j’y suis resté pendant trois jours et trois nuits. Je me suis donné pour mission de devenir une machine à dessiner dans cette prison blanche. » Nous découvrons aussi les costumes utilisés par l’artiste dans sa performance avec Ilya Kabakov, A meeting/vstrecha, au cœur de laquelle l’un est déguisé en mouche tandis que l’autre revêt l’allure d’un scarabée ; l’un parle en russe, l’autre en flamand ; et les deux échanges comme s’ils se comprenaient sur la société, l’art et la politique. Me, Dreaming est également mis en scène, dans une sculpture à taille humaine représentant l’artiste à sa table dans un costume doré, en référence à sa performance du même nom pendant laquelle il ponce le vernis des pieds de la table de bureau, et la couche supérieure de la peau de ses jambes… jusqu’au sang.

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Vue de l’exposition Jan Fabre Stigmata – Actions & Performances 1976–2013 au MAC Lyon © Adagp, Paris 2016 © Photo : Blaise Adilon

Pour l’artiste, « l’art est une protestation », une affirmation de la liberté, qu’il revendique dans une oeuvre en constante évolution, volontiers axée sur l’expérimentation, réaffirmant que toute connaissance est indissociable de l’expérience du corps et de sa mémoire ; une connaissance qu’il explore par le moyen de la performance.

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