Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

La rentrée du MAC Lyon #1 : street-art, pop et jacuzzi

Laura Bourdon 6 octobre 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Le Musée d’art contemporain (MAC) de Lyon accueille depuis le 30 septembre et jusqu’à mi-janvier, trois expositions d’envergure que l’on se réjouit de vous présenter. D’abord, Wall drawings, Icônes urbaines, ou quand l’art envahit les murs et les rues de la cité-monde, Le bonheur de deviner peu à peu, ou la rencontre de sept univers singuliers mais tout aussi riches de sens les uns que les autres. Puis, cerise sur le gâteau, une exposition emblématique consacrée à l’œuvre performative de Jan Fabre que l’on vous présentera dans un second article, La rentrée du MAC Lyon #2.

expo

Le MAC Lyon, situé à la Cité internationale tout près du sublimissime parc de la Tête d’Or, a ce quelque chose de particulier (si ce n’est une architecture repensée par Renzo Piano), en ce que son espace est entièrement modulable et découvre un nouveau visage pour chacune des expositions qu’il présente. Le musée ne présente en effet pas de collection permanente, ce qui signifie que pour chacune des expositions temporaires la scénographie peut être totalement revue : les murs sont cassés puis reconstruits, permettant aux artistes de créer ou recréer, au-delà des œuvres qu’ils présentent, l’espace muséal qui entoure leurs créations.

Depuis le 30 septembre et jusqu’au 15 janvier 2016, le MAC Lyon a donc revêtu un visage neuf, présentant en son sein trois expositions tout aussi pointues dans leur genre, d’artistes aux univers singuliers qui interrogent les limites du musée.

Wall Drawings, Icônes urbaines

unnamed

Franco Fasoli / Jaz  à l’œuvre pour l’exposition Wall Drawings Icônes urbaines au MAC Lyon © Photo : Blaise Adilon

Wall Drawings, Icônes urbaines immerge le visiteur au cœur de la culture street, dans une exposition élaborée par deux commissaires invités : Julien Malland alias Seth, et Hervé Perdriolle. L’exposition présente onze artistes issus du street-art sélectionnés par le commissaire et artiste Seth par le biais de rencontres lors de ses pérégrinations à travers le monde, depuis les débuts de sa pratique au milieu des années 90. Onze artistes, mais surtout, onze nationalités représentées, tel que démontré par la gigantesque mappemonde accueillant le visiteur à l’entrée de l’exposition. Argentine, Mexique, Pérou, France, Belgique, autant de pays pour tout autant de manières et de techniques représentées, chacun puisant son inspiration dans sa culture d’origine.

Des artistes qui peignent un peu partout dans le monde et plus rarement dans un musée. Un exercice novateur, et d’autant plus remarquable que l’ensemble des cimaises a été recouverte en dix jours seulement. Dix jours d’ouverture exceptionnelle pour le musée, qui a accueilli le public ayant assisté à la réalisation des fresques en direct. Les artistes se sont par ailleurs exportés hors-les-murs, dans la ville, le métro, les parkings et les vitrines.

Le bonheur de deviner peu à peu

mel-ramos

Mel RAMOS, Candy II Snickers, 2004 Courtesy the Hilger Collection © Adagp, Paris 2016

Au second étage du MAC, le parcours s’ouvre sur une cinquantaine de lithographies et de sérigraphies interrogeant l’imagerie des pin-ups et des marques, par une donation de Mel Ramos. Mel Ramos appartient à la génération pop, il a côtoyé Warhol et Lichtenstein, d’abord captivé par la figure du super-héros avant de s’intéresser à celle des modèles de nus associés à des produits de consommation. Des images qui sautent aux yeux, qui interpellent sans doute, gênent certainement, de par son lien au regard porté sur la femme.

La deuxième salle raconte une toute autre histoire. Bien qu’elle se raconte aussi à base d’images, elle résonne pourtant bien différemment avec plus de 3000 documents authentiques, de lettres et de réclamations s’effaçant peu à peu, témoin d’histoires personnelles d’habitants d’appartements collectifs moscovites des années 60 à 80. Le navire, par Ilya Kabakov, est empreint de poésie tragique, il a d’ailleurs cette particularité d’être conçu comme un véritable bateau dont les ponts sont décorés d’images joyeuses, de cartes postales et de jolies photos tirées de magazines donnant une vision idéaliste du système soviétique ; tandis qu’au centre de l’œuvre, les cales exposent le quotidien tourmenté des habitants, comme pour cacher une terrible cargaison de misère quotidienne.

unnamed-3

Franco Fasoli / Jaz  à l’œuvre pour l’exposition Wall Drawings Icônes urbaines au MAC Lyon © Photo : Blaise Adilon

C’est au cœur d’un havre de paix que le visiteur est ensuite baigné, entrant délicatement dans un espace peuplé de pierres et de branches de bois pétrifié (bois fossilisé datant de plusieurs millions d’années) sur lesquelles sont juchés de –vrais !- oiseaux ; ça et là, les oiseaux volent, se posent, chantent… Et clou du spectacle : le centre de la pièce dévoile un jacuzzi. Cultural Melting Bath, Project for the 20th Century est l’œuvre de Cai Guo-Qiang, artiste chinois mêlant la culture occidentale à la culture de son pays natal. Son œuvre crée un espace d’harmonie aux vertus thérapeutiques, le bain étant vu comme un lieu de réconciliation entre le corps et l’esprit dans la tradition chinoise. Pour l’anecdote, l’œuvre fut précédemment montrée lors de la Biennale de Lyon de 2010, avec un accès à la baignade ; or, ceci fut de courte durée, la baignade fut rapidement empêchée par les services sanitaires.

L’immersion se poursuit avec Basualdo, vu à la Biennale de Gwangju (Corée du Sud), offrant une expérience de perception particulière, du haut de sa cabane semblant abandonnée. On y croise aussi la femme cosmonaute flottant dans l’air de Tavares Strachan.

14625473_10209705838420108_1699890204_n

Eboulement : Un envahissement, Collection macLYON © Laura Bourdon

Puis, le visiteur se retrouve face à un éboulement de pierres, par Jean-Luc Parant. Montrées pour la première fois lors de la première biennale de Lyon, en 1991 : « Vingt-deux mètres cubes de trois cent soixante boules jetées, roulées, puis abandonnées aux regards, dans l’ombre, jusqu’à ce qu’elles vident les lieux et disparaissent à la fin de l’expo », précise Thierry Raspail, directeur du Musée. Eboulement consiste en un contrat moral passé entre l’artiste et le musée : « Le principe d’éboulement n’est rien d’autre qu’un mode d’envahissement, dont l’intérêt tient pour l’essentiel à sa capacité à s’épandre infiniment ». Aussi, l’oeuvre axée sur l’accumulation de pierres, est en fait en perpétuel épanouissement. D’abord, 180 pierres au sol. Puis 180 portraits de pierres. Puis 180 traces de pierres. Puis 180 reliefs de pierres, jusqu’à ce que l’artiste dote les ces mêmes pierres de l’usage de la parole, qui gagne le plafond. Augmentée en 1995, 2004 et 2016, cinq autres étapes sont en cours de réalisation, tandis que de nombreuses autres sont encore inconnues…

Avant de passer au troisième et dernier étage, le visiteur rencontre aussi Orlan, à travers des vidéos de ses opérations-performances, exposées dans le décor d’un bloc opératoire.

C’est ainsi que les deux premiers étages de la visite du MAC Lyon s’achève, présentant en quelques sortes des « expositions dans l’exposition », chacune d’entre elle explorant dans toute leur complexité l’univers d’artistes tout à fait singuliers. La troisième et dernière partie de la visite est consacrée à l’incroyable artiste et performeur Jan Fabre, que nous vous proposons de découvrir dans le prochain article de la série La rentrée du MAC Lyon #2 !

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE