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A la Fondation François Schneider, les artistes explorent la thématique de l’eau

Laura Bourdon 5 octobre 2016

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Nichée dans le petit village alsacien de Wattwiller, la Fondation François Schneider, créée en 2000 et reconnue d’utilité publique en 2005, est à l’origine de diverses initiatives visant à promouvoir la jeune création. Aussi, la Fondation offre un très bel espace de 2500 m2 d’exposition partagé actuellement par les sept artistes lauréats de la 4e édition du concours Talents Contemporains, ayant pour fil conducteur la thématique de l’eau.

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Vue extérieure, Fondation François Schneider © Fondation François Schneider

Dirigée par Léa Guzzo, la Fondation François Schneider a cette particularité d’être située en plein cœur d’un petit village alsacien du nom de Wattwiller dans un bâtiment entièrement rénové qui n’était autre, il y a encore quelques années, qu’un atelier désaffecté d’anciennes sources thermales. Ce bâtiment offre aujourd’hui tout ce qu’il y a de plus novateur et contribue grandement à l’émergence et la mise en visibilité de nouveaux talents, offrant toute la richesse de la création contemporaine à ses visiteurs. Pour cela, la Fondation poursuit deux objectifs, le premier étant l’accompagnement de jeunes défavorisés dans leur accès à l’enseignement supérieur et le second, qui nous intéresse ici spécifiquement, est le soutien d’artistes contemporains dans le développement de leur carrière, grâce à l’acquisition de leurs œuvres, d’un soutien financier et d’expositions, le tout brillamment mené à travers la création d’un Prix dénommé Talents Contemporains.

Ce prix d’envergure internationale procède en plusieurs étapes. Après réception des candidatures, une première phase de sélection est opérée par un comité d’experts qui, dans le cadre de cette quatrième édition, ont tout d’abord présélectionné 41 finalistes. C’est ensuite au tour d’un « Grand Jury International » composé de personnalités reconnues de désigner parmi ces finalistes les sept lauréats retenus. Le jury détermine plus spécifiquement six lauréats plus un, sous l’appellation singulière de « Talent d’eau », la nature des projets devant nécessairement concerner la thématique de l’eau. La dotation annuelle du Prix Talents Contemporains s’élève à 300 000 euros. Les six lauréats reçoivent chacun 20 000 euros pour l’acquisition par la Fondation de leurs œuvres, tandis que le Talent d’eau bénéficie d’une dotation de 30 000 euros. Une enveloppe de 150 000 euros est attribuée à la réalisation des œuvres initialement présentées sous forme de projet.

Flux d’eau

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Vue intérieure, Fondation François Schneider © Fondation François Schneider

Du 1er octobre et jusqu’au 18 décembre 2016, le public pourra donc découvrir les travaux des sept lauréats du concours, mis en scène par la commissaire indépendante Sanna Moore, basée à Londres. Son rôle a été d’articuler le travail des sept projets retenus et d’envisager leur placement dans l’espace. De fil en aiguille, le thème de l’écoulement, l’idée du temps qui passe et de l’érosion qui se produit à travers le mouvement naturel et continu de l’eau a émergé, et donné naissance au titre de l’exposition Ebb and flow (Flux d’eau, en français).

Ebb and flow, c’est un parcours à travers l’interprétation par les artistes de la thématique de l’eau, avec l’utilisation de médiums variés : peinture, sculpture, gravure, dessin, installation. Le spectacle visuel débute dès l’espace extérieur de la Fondation avec l’installation in situ From here to here de Renaud Auguste-Dormeuil. Un projet prenant la forme d’un bassin extérieur au centre duquel se trouve une large ouverture, représentant l’illusion d’un tunnel imaginaire par lequel l’eau se déverse en flux continu pour atteindre son antipode, désignant traditionnellement les régions situées de l’autre côté de la Terre, qui serait ici l’océan Pacifique Sud. L’installation est construite spécifiquement pour le jardin de la Fondation, elle touche à l’imaginaire et tente d’approcher l’invisible, transportant l’homme au-delà de sa propre échelle, de l’autre côté du globe.

Talent d’eau

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Alstadt, Elizaveta Konovalova, Talent d’eau © Fondation François Schneider

Elizaveta Konovalova reçoit le Talent d’eau pour son installation Altstadt, de l’allemand « vieille-ville », consistant en la disposition de briques rouges sous forme de pierres collectées sur les rives de l’Elbe lors du séjour de l’artiste à Hambourg en 2014. Un travail nourri par la rencontre entre l’artiste et ce lieu, où elle remarque la présence de galets en terre cuite et s’interroge sur leur provenance. Elle se met en quête de leur histoire et découvre qu’il s’agit là de vestiges d’une multitude de maisons côtières, détruites lors des bombardements de la seconde guerre mondiale. Elle décide de collecter ces pierres ressurgies sur les plages de l’Elbe et dont les formes sont modifiées par le travail des vagues.

L’artiste entame alors une collection de pierres à l’allure adoucie, se rendant chaque jour à la même heure sur les bords de l’Elbe. Un travail qui aboutit sur l’installation Altstadt : une mise en perspective de ces pierres, suivant une gradation, des plus petites au plus grandes, disposées sous forme de rectangle dans un rapport diagonal avec l’espace. Par sa monstration non-calquée sur la géométrie du lieu, l’installation entre en dialogue avec l’espace, apportant légèreté au gré de pierres qui, ainsi disposées, tendraient presque à disparaître compte tenu de leur taille de plus en plus infime.

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Alstadt, Elizaveta Konovalova, Talent d’eau © Fondation François Schneider

L’ABC de l’eau

Le visiteur découvre aussi le travail de gravure de Gaëlle Callac, d’une remarquable poésie. L’artiste crée l’ABC de l’eau, utilisant des pages titres de livres à la fois anciens et contemporains. Une production de 27 gravures où sont distillées de nombreuses références à l’Histoire de l’art, la littérature, à travers une multitude de jeux de mots dont l’eau est le dénominateur commun. L’artiste, également directrice artistique dans une maison d’édition, conçoit son travail sous forme narrative et fait revivre à travers cette oeuvre de nombreux romans tombés en désuétude. Dans cette même pièce, l’oeuvre de Gaëlle Callac dialogue avec la série de dessins Barques de Cécile Carrière. Un travail presque mystique, mettant en scène l’eau comme flux de vie, de la naissance à la mort, traversant l’homme et la nature.

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Wind Drift, Benoît Billotte © Fondation François Schneider

Le dernier étage de la Fondation consacre le travail de trois artistes. Celui de Gustavo Millon, photographe d’origine Chilienne, mettant en perspective la crise de l’eau qui sévit dans son pays natal. Ce dernier capture chaque jour la couleur bleue intense du ciel dans une série de photos dont la symbolique traduit cet état de sécheresse. L’artiste Benoît Billotte réalise quant à lui une immense mappemonde à l’allure d’une carte météo, traçant les mouvements du vent à travers les océans. L’artiste manie les flux, les statistiques, détournant ces données chiffrées de leur statut initial afin d’en proposer une lecture tout à fait nouvelle et conceptuelle aux interprétations ouvertes.

Monolithe de glace

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Circuit fermé, Jérémy Laffon © Fondation François Schneider

Puis, le visiteur fait face à un immense monolithe de glace à l’encre figée dans la masse, dans une installation d’envergure conçue en deux temps. Cette installation, c’est le fruit du travail de Jérémy Laffon, artiste de la métamorphose, ayant pour habitude de travailler sur des matériaux éphémères et fragiles. A travers cette installation opère le désengagement de la main de l’artiste, qui perd ici la maîtrise du résultat final. En effet, ni le spectateur ni l’artiste ne savent véritablement d’avance ce qu’il va advenir de l’œuvre, comment va-t-elle se transformer. La seule chose qui est sûre, c’est que ce monolithe de glace (constitué de 2000 litres d’eau) est appelé à fondre, a priori, entre deux et trois semaines.

L’œuvre est vivante, elle s’évanouit chaque jour un peu plus, se métamorphose, évolue à chaque seconde. Pour contrebalancer cet aspect contemplatif et aussi pour des raisons purement techniques, l’eau s’écoule dans un véritable « circuit » conçu par l’artiste avec un système de récupération alimentant et activant une seconde partie de l’œuvre, à la mécanique beaucoup plus industrielle.

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Circuit fermé, Jérémy Laffon © Fondation François Schneider

Que ce soit en observant le changement des marées, les conditions météorologiques défavorables ou l’érosion qui se produit à travers le temps et le flux continu de l’eau, chaque artiste nous livre ici sa propre interprétation de la thématique de l’eau. Jusqu’au 18 décembre, chacune des oeuvres ainsi que d’autres oeuvres dites additionnelles, sont visibles au cœur de la Fondation François Schneider dont la collection est principalement composée des œuvres lauréates du concours. La Fondation n’a néanmoins pas vocation muséale et les travaux ici présentés sont ensuite amenés à voyager au sein d’autres instituts.

La Fondation lance cette année un tout nouveau Prix, le Prix Kunstart, cette-fois dédié aux jeunes artistes de la Région des trois frontières : Grand-Est, Allemagne et Suisse frontalière, avec aussi à la clé, soutien financier et monstration dans le cadre d’exposition dédiée. Par le biais de ces initiatives, la Fondation s’inscrit dans une réelle perspective de mise en visibilité et de soutien à de nombreux artistes plasticiens, leur permettant de rayonner sur la scène tant nationale qu’internationale.

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