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Au musée du Quai Branly, parler de la Color Line

Agathe Lautréamont 4 octobre 2016

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Une ligne cruelle. C’est celle qui divisait les États-Unis et ce, malgré la fin de l’esclavage dans le pays. C’est cette ségrégation raciale envers les Noirs qui s’est très vite propagée suivant la période de la reconstruction, épilogue à la Guerre de Sécession qui laissa les USA exsangues et profondément traumatisés. Pourtant, cette même période correspond  à un essor remarquable de la production artistique afro-américaine et sa visibilité suit une même courbe  évolutive. Comment cette pratique artistique s’est-elle développée ? Quelles sont les grandes figures représentatives de ce mouvement créatif ? Autant de questions auxquelles le Quai Branly tente de répondre, au fil d’une exposition longue et foisonnante.

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David Hammons, African American flag, 1990 © Tilton Gallery

À l’entrée du nouveau parcours du Quai Branly, nous attend un grand drapeau, suspendu dans le vide, qui n’attend qu’une brise pour se déployer. Un « stars and stripes » d’un nouveau genre, puisqu’il arbore d’étonnantes couleurs vertes, noires et rouges. La revendication est on ne peut plus claire, la critique nullement voilée. Nous voici d’emblée pleinement dans le sujet.

L’institution ethnologique parisienne inaugure sa nouvelle exposition avec une thématique délicate : la ségrégation, le racisme, la haine de l’autre. Comme nous l’avons vu, si la fin de l’esclavage aux USA voulue par le président Abraham Lincoln a apporté nombre d’espoirs, ceux-ci ont cependant été sabrés par la ségrégation, institutionnalisée ou non, qui allait durer pendant encore un long siècle, jusqu’en 1964.

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Henry Ossawa Tanner, The young sabot maker © Nelson-Atkins Museum of Art, Missouri

Un parcours riche

Pour aborder ces sujets douloureux, le Quai Branly a fait le choix de l’art, mais pas uniquement. Comme toujours avec le musée nouvellement rebaptisé, la richesse est au rendez-vous. Interviews projetées sur les murs du parcours, coupures de presse, affiches de propagande, extraits de films et même correspondances jalonnent une exposition qui tend à rassembler au cœur d’un même événement un grand nombre de noms de l’art afro-américain.

L’art pour s’engager, l’art pour lutter, l’art pour s’affirmer, tandis que tout autour des œuvres de ces créateurs encore très méconnus en France (mais aussi plus largement, en Europe), le contexte culturel, historique et social nous est incessamment rappelé.

Incessamment, car nous l’avons dit, le parcours est incroyablement riche en pièces exposées, peut-être un peu trop pourraient ajouter les esprits chagrins. Car il y en a environ six cents. Six cents pièces pour couvrir environ un siècle d’Histoire, peut-être est-ce là ce qu’il faut pour espérer un propos complet et le plus juste possible.

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Whitfield Lovell, Autour du monde, 2008 © DC Moore Gallery

Jim Crow laws

Grâce à des œuvres percutantes, des huiles sur toile d’une grande qualité (on retiendra tout particulièrement Henry Ossawa Tanner) mais aussi des paroles de chansons ou des extraits de films, l’ouverture du parcours nous emmène dans les débuts de la lutte contre la ségrégation raciale. Avec beaucoup de justesse mais aussi du cynisme, les artistes africains-américains expriment leurs aspirations à une meilleure reconnaissance, mais aussi à une société plus juste.

Un prend alors la mesure des critiques adressées aux lois dites Jim Crow, particulièrement appliquées dans les états du Sud et qui instaurent la ségrégation. Mais au fil du temps, il n’y a pas que dans la peinture ou dans le dessin que les artistes font passer leurs revendications. La musique et le sport s’avèrent des médiums vraiment efficaces pour pointer du doigt la Color Line.

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Marvin Gray Johnson, Self portrait © Smithsonian American Art Museum

I am a man

Passage obligatoire de la chronologie de l’exposition, un espace nommé « Strange Fruit », en référence bien sûr à la fameuse chanson dont l’interprétation par Billie Holiday est entrée dans la légende. « Southern trees bear a strange fruit, Blood on the leaves and blood at the root, Black bodies swinging in the southern breeze, Strange fruit hanging from the poplar trees. »

Les paroles terribles de la chanson nous évoquent sans concession la dure réalité des lynchages, ces crimes impunis qui parfois attiraient des foules de curieux à la manière des exécutions publiques d’un autre temps et qui, pourtant, eurent lieu jusque dans les années 1980. On navigue ainsi dans le parcours d’événements historiques majeurs à des étapes rappelant les violences de la ségrégation à des coups de projecteurs sur quelques grandes personnalités qui se sont engagées en faveur de la défense des droits des afro-américains.

Le mouvement « Black Power » est également abondamment documenté, et tandis que les cartels rappellent certains faits comme l’assassinat de Malcolm X ou la fondation du mouvement Black Panthers, des sculptures et des toiles nous montrent que les artistes modernes s’engageaient aussi à leur façon.

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© Musée du Quai Branly – Jacques Chirac

Nous sommes là donc face à une exposition importante du Quai Branly, dans le grand nombre d’œuvres présentées à cette occasion, dans la longueur de son parcours, mais aussi du fait du sujet très délicat mais nécessaire.

THE COLOR LINE

04/10/2016 > 15/01/2017

Musée du quai Branly

PARIS

Quel rôle a joué l’art dans la quête d’égalité et d’affirmation de l’identité noire, dans l’Amérique de la Ségrégation ? ...

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