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De la publicité pour restaurer les églises parisiennes : une bonne idée ?

Agathe Lautréamont 3 octobre 2016

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En lieu et place d’un bâtiment parisien chargé d’histoire, cela vous est déjà forcément arrivé de voir une gigantesque bâche en plastique vantant les qualités du dernier iPhone ou les miracles d’une nouvelle crème de jour pour ces dames. Ces publicités de grande taille sont le plus souvent installées dans le cadre d’une campagne de rénovation d’un bâtiment, d’un musée ou d’un monument parisien et provoquent toujours quelques grincements… Dernier exemple en date avec l’église Saint Augustin, dans le VIIIe arrondissement de Paris.

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L’église Saint Augustin, avant les travaux de restauration © Wikimedia Commons

Les habitants du quartier connaissent bien l’église Saint-Augustin, dans le très animé VIIIe arrondissement. Le bâtiment religieux, impressionnant par ses dimensions, a cependant le malheur de se situer de nos jours à un carrefour particulièrement fréquenté par les automobilistes. Résultat : la façade de l’église noircit à vue d’œil du fait de la pollution et des gaz d’échappement. Il était temps de rendre à la structure toute sa superbe et pour cela, un vaste plan de rénovation a été lancé depuis vendredi dernier. Devant durer quatorze mois, la façade de l’église sera donc ornée jusqu’à la fin de l’année 2017 d’une énorme bâche protégeant les échafaudages sur lesquels des dizaines de petites mains vont s’affairer à rendre son éclat à la façade du monument. Seule ombre au tableau : la bâche en elle-même, puisque celle-ci vante fièrement les vertus du nouveau téléphone portable estampillé Samsung…

Pourquoi une publicité aussi visible ? Tout simplement parce que la recette doit servir à financer une partie des travaux de restauration apportés à l’église datant de la seconde moitié du XIXe siècle. La gigantesque bâche publicitaire de 1500 mètres carrés a donc été suspendue face à la rue, et informe les passants et automobilistes de la sortie de ce nouveau smartphone.

Cette opération commerciale, qui tend à aider au financement de la restauration de plusieurs édifices parisiens, avait été votée au mois de juillet dernier ; mais avait suscité nombre de remous. Les écologistes et certains politiques de gauche s’étaient vivement opposés à ce projet qui, selon eux, dénaturait les édifices et donnait une importance bien trop grande à la publicité.

Trois églises à restaurer

Pour le moment, Saint-Augustin est la première église à bénéficier d’un échange de bon procédé entre une grande marque et la ville de Paris. La Madeleine (VIIIe arrondissement) et Saint Eustache (Ier arrondissement) devraient également recevoir ces bâches publicitaires qui bénéficient d’une convention d’occupation du domaine public couplée à une dérogation au règlement local de publicité, qui normalement interdit les campagnes sur les monuments protégés ou historiques de la capitale. Du côté de la Mairie de Paris, on essaie d’éteindre l’incendie de la polémique grandissante, en arguant que chaque visuel publicitaire a été au préalable validé par la Ville, les services culturels de l’État, la paroisse, le diocèse et la Mairie de l’arrondissement dans lequel se situe le bâtiment à restaurer. Au lieu de campagne de publicité, la Mairie préfère d’ailleurs parler d’expérimentations.

La ville de Paris est actuellement propriétaire de quatre-vingt-seize édifices culturels, dont la très grande majorité (quatre-vingt-cinq !) est composée de lieux de culte. Cette opération s’inscrit dans un vaste plan, baptisé « Plan églises » initié par la capitale et s’étendant de 2015 à 2020 et coûtant 80 millions d’euros. L’État participe à hauteur de 10 millions et les fonds privés (mécènes, publicité) apportent vingt millions. En ce qui concerne spécifiquement Saint Augustin, le coût de la restauration de la façade s’élève à 4.2 millions d’euros, la recette publicitaire pour le téléphone portable de la discorde apportant 1.37 million d’euros. La facture pour la restauration de la Madeleine devrait, elle, être de trois millions d’euros (780 000 euros seront apportés par la publicité) et du côté de Saint Eustache, les travaux devraient coûter 2.4 millions d’euros.

Mais cette opération a le mérite de poser quelques questions. Est-on vraiment prêt à accepter que des édifices (parfois entiers) soient recouverts d’immenses bâches publicitaires le temps de travaux, là où certains bâtiments optent pour des protections en trompe l’œil (recréant la façade cachée) pour choquer le moins possible et donner le sentiment aux passants que rien n’a changé dans le paysage parisien. Ne serait-ce pas une sorte de pacte avec le diable (sans mauvais jeu de mot) que d’accepter d’avoir autant de publicité pour financer la restauration des lieux de culte parisien ? La question peut être posée.

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