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Francis Bacon et les maîtres espagnols au Guggenheim Bilbao

Agathe Lautréamont 30 septembre 2016

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Voici une exposition événement dédiée à un artiste essentiel du XXe siècle. Dans le cadre des salles monumentales du Guggenheim de Bilbao, le visiteur peut admirer une surprenante sélection de quatre-vingt toiles, qui cheminent au long de soixante années de production artistique intense. On découvre alors le Francis Bacon autodidacte, mais aussi un artiste britannique qui vouait une admiration sans borne aux grands maîtres espagnols. Zurbarán, Velázquez, Picasso, El Greco… Autant de géants, de noms ancrés dans la tradition, dont ce peintre né à Dublin en 1909 s’inspira tout au long de son existence.

Study for Self-Portrait, 1976

Francis Bacon, Étude pour un autoportrait, 1976 © Guggenheim Foundation

Huit salles gigantesques, aux murs blancs, où résonne le bruit des pas des visiteurs et, sur les murs desquels s’étalent les œuvres tout aussi gigantesques de Francis Bacon. Mais il ne saurait y avoir trop de place, trop d’espace, trop de vide pour présente les tableaux de l’anglais. Ces portraits terrifiants, ces triptyques majestueux et ces cages suffocantes sont comme une pièce de théâtre qui se joue sous nos yeux ébahis. Et comme dans tout bon théâtre qui se respecte, il convient de laisser une certaine distance…

Bienvenue dans la nouvelle exposition en forme d’événement du musée Guggenheim Bilbao : « Francis Bacon, de Picasso à Velázquez » qui tend à dévoiler certaines clés de l’élan créatif de ce peintre qui, après avoir admiré une exposition de dessins de Pablo Picasso à la Galerie Paul Rosenberg de Paris, décida de se consacrer à l’art. Et ce, sans que rien dans les années précédant cette découverte esthétique ne le destine à cette voie picturale. Tout provient donc d’un choc artistique, choc que Bacon exploita pour nourrir sa propre pratique.

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Diego Velázquez, Portrait de Sebastián de Morra, vers 1645 © Guggenheim Bilbao

Corps et marques

Partout, dans l’exposition, l’omniprésence du corps. Les premières salles sont résolument sombres, mais de cette lumineuse obscurité qui baigne les tableaux de maîtres accrochés en regard des peintures de Francis Bacon comme Zurbarán ou le Greco. Dans les deux cas, la violence est présente.

Si le britannique figure des corps disloqués, des masses de chair informes dont la peau est couverte de taches bleues et mauves, nous sommes là face à une brutalité exposées, charnelle. Chez El Greco et Zurbarán, la douleur est celle de la pénitence. Les saints Paul et François reçoivent les stigmates, jeûnent, maigrissent affreusement ou se font violence en signe de repentir pour les péchés commis au cours de l’existence terrestre.

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Francis Bacon, Furie, 1944 © Guggenheim Foundation

Une fascination

On notera une fascination similaire de la part de l’espagnol et de l’anglais pour l’ossature, d’ailleurs. Et plus particulièrement la colonne vertébrale, proéminente, qui ressort comme prête à déchirer l’épiderme le long d’une silhouette recroquevillée sur elle-même ; qu’elle soit en prière ou en proie à d’autres tourments plus obscures…

Et bien sûr, on ne peut évoquer le lien entre Francis Bacon et la peinture espagnol sans parler de cette obsession, quasiment hypnotique, pour le portrait du pape Innocent X peint par Diego Velázquez en 1650. Une poignée d’œuvres à Bilbao parlent de cette fascination, mais les cartels soulignent une troublante vérité : il y eut 150 toiles peintes par Bacon sur ce sujet !

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El Greco, Saint François en prière, vers 1585 © Musée des Beaux-Arts de Bilbao

Peindre la violence

Puis viennent les nus. Ces nus où percent l’homosexualité du peintre, une facette de sa personnalité qu’il devait taire, celle-ci étant condamnée au Royaume-Uni. On y voit de la rondeur, mais aussi des hématomes, des plaies exsangues, des déformations atroces. On croit voir une transposition en huile sur toile du poème Une Charogne de Charles Baudelaire, tant c’est grotesque et sublime tout dans le même temps.

Bras et jambes sont soumis à des torsions abominables, tandis que le travail sur la musculature ou sur l’absence de certains membres rappelle étrangement certains corps sculptés par Auguste Rodin (dont un superbe bronze trône dans une des salles du parcours). Et ces mêmes corps, Bacon les martyrise, les torture, dans une pulsion de violence, ou dans une quête effrénée de révéler au grand jour la mauvaiseté inhérente à l’être humain ; comme dans sa Crucifixion qui, là encore, rappelle les grands peintres de l’âge d’or espagnol.

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Francis Bacon, Trois études de crucifixion, 1962 © Guggenheim Foundation

Force brute

Enfin, comment achever cet article sans évoquer une pièce particulièrement émouvante de l’exposition : la toile Étude de taureau. Ce tableau a été découvert en février dernier et peint en 1991, peu de temps avant la mort de l’artiste, alors que celui-ci se trouve en Espagne en compagnie de son amant. Un puissant taureau noir, ou peut-être est-ce là son fantôme ? surgit dans l’arène, fier, ses sabots soulevant la poussière du cruel amphithéâtre.

Bien évidemment, notre mémoire nous transporte dans la salle précédente du parcours, où se trouvent les gravures de Francisco de Goya dédiées à un sujet emblématique de l’artiste espagnol et qu’il chérissait tout particulièrement : la tauromachie. Ce taureau de Bacon, puissant dans la vie et dans la mort, semble nous regarder, comme nous lançant un défi : oseras-tu venir à ma rencontre ? Ce défi, il se pose face à toutes les œuvres de Francis Bacon, si repoussantes et effroyables de prime abord. Mais il faut avancer, précautionneusement, avant d’enfin en saisir toute la portée.

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