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Le Centre Culturel Suisse sous le charme des (fem)bots

Laura Bourdon 28 septembre 2016

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Depuis le 23 septembre et jusqu’au 4 décembre 2016, la grande salle d’exposition du Centre Culturel Suisse (Paris, IIIème) se trouve métamorphosée en un vaste espace 2.0 accueillant en son sein pas moins de 61 fembots, contraction de females et de bots (femmes robots), en référence à l’affaire Ashley Madison ayant secoué la toile en 2015 dernier. Une série de portraits de femmes virtuelles au nom séducteur, Ashley Madison Angel from Paris, pour une immersion des plus totales dans l’univers des bots et des algorithmes, à travers une scénographie, un système sonore et visuel des plus percutants.

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!Mediengruppe Bitnik © Centre Culturel Suisse

Jusqu’ici tout va bien est l’exposition proposée par le duo d’artistes !Mediengruppe Bitnik, composé de Carmen Weisskop et Domagoj Smolio, basé à Zurich et Berlin. Elle représente l’incarnation dans le réel de l’affaire Ashley Madison, site de rencontres extraconjugales basé au Canada. En 2015, un groupe d’activistes dénommé Impact Team somme le site de fermer, le menaçant le cas échéant de dévoiler une quantité de données piratées. Le site refuse, Impact Team passe à l’acte : il divulgue les données de plus de 33 millions d’utilisateurs. Une affaire retentissante qui servira de base de travail au duo d’artiste !Mediengruppe Bitnik. Les deux artistes puisent dans cette affaire leurs éléments d’inspiration donnant naissance à une série d’œuvres questionnant notre rapport à la machine.

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Vue de l’exposition © Marc Domage

En effet, le piratage démontre que le site manque terriblement d’inscription de femmes mariées, comparativement aux hommes. Pour pallier ce manque, le site met en place 750 000 bots (robots informatiques) permettant de lancer des chats payants. Ainsi, Ashley Madison lance un usage commercial de robots spécialement conçus pour imiter le comportement humain et notamment engager des conversations. « Ces bots sont-ils si bons qu’ils ont pu tromper 30 millions d’utilisateurs et leur faire payer beaucoup d’argent pour chatter avec eux, sans qu’ils réalisent qu’ils conversaient avec des bots ? ».

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Vue de l’exposition © Marc Domage

Là est tout le questionnement de !Mediengruppe Bitnik, qui débute une analyse approfondie des données piratées. Une enquête qui démontre en fait que ces bots ne sont pas intelligents. Leur principale faculté étant peut-être d’être en mesure de séduire sommairement un utilisateur en vingt-cinq langues différentes.

Dans le cadre de l’exposition au Centre Culturel Suisse, les données analysées se rapportent spécifiquement à la ville de Paris. Par ses recherches !Mediengruppe Bitnik a pu identifier 61 fembots dans la capitale, pour un nombre d’utilisateurs s’élevant à 44306 (potentiellement autant de visiteurs de l’expo ?). Statistiquement, on dénombre 726 utilisateurs par fembots.

C’est cette situation exacte que le duo d’artistes a mis en scène à travers Jusqu’ici tout va bien. Nous nous retrouvons dans un espace peuplé de visages virtuels, glanés sur de vastes écrans où se projettent des femmes qui s’incarnent dans le réel et dont le contour des yeux est masqué. Tout est réuni dans cette salle pour une mise à mal de notre perception habituelle : des installations vidéos presque chirurgicales aux épais paquets de fils noirs volontairement laissés à même le sol, jusqu’à l’installation sonore, qui nous saisit d’emblée, comme si nous pénétrions dans le cerveau même de cette grosse machine à bots. Les sculptures de néons aux phrases directement issues du langage internet, avec des mots comme « Lol » ou faisant apparaître un captcha d’identification (tests d’écriture destinés à protéger des robots), ne font qu’amplifier l’immersion.

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!Mediengruppe Bitnik © Centre Culturel Suisse

« Jusqu’ici tout va bien », est l’une des phrases que répète inlassablement ces femmes virtuelles, au phrasé impeccable et froid. C’est aussi le titre de l’exposition qui est en fait inspiré du film La Haine de Mathieu Kassovitz, lorsqu’un des protagonistes répète cette phrase alors en chute libre d’un immeuble de cinquante étages. « Mais l’important n’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».

Le travail d’analyse déployé par le couple sur cette affaire développe en fait des questionnements bien plus transverses et très connectés à notre ère. La place de la technologie aujourd’hui et l’intelligence artificielle sont devenus prépondérants : on retrouve les bots sur les sites de rencontre mais aussi sur les réseaux sociaux ou dans nos voiture. Par cette utilisation, les entreprises nous promettent des merveilles, sauf qu’il devient en réalité de plus en plus évident que les systèmes automatisés et les algorithmes présentent aussi des failles. (Kubrick évoquait déjà le sujet dans son film 2001, L’Odyssée de l’espace où les protagonistes étaient finalement à la merci de HAL 9000, ordinateur super-puissant prêt à passer par la force pour imposer sa vision des choses).

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!Mediengruppe Bitnik, Domagoj Smoljo & Carmen Weisskopf © Florian Bachmann

« Qu’arrive-t-il lorsque les machines imitent la pensée, le travail créatif ou deviennent intelligentes ? Qui agit, qui est responsable si les hommes délèguent de plus en plus de tâches aux algorithmes ou à des systèmes automatisés, interconnectés, « intelligents » ? ». Là est tout le propos des deux artistes, qui questionnent le rapport de l’homme à la machine, le corps et les logiciels, l’intimité sur internet et l’usage abusif qui est fait des plateformes numériques. En nous répétant inlassablement que, oui peut-être que « Jusqu’ici tout va bien »… mais qu’en sera-t-il pour demain ?

!MEDIENGRUPPE BITNIK

23/09/2016 > 04/12/2016

Centre culturel suisse

PARIS

!Mediengruppe Bitnik, duo composé de Carmen Weisskopf et Domagoj Smoljo (nés en 1976 et 1979, basés à Zurich et Berlin), utilise Interne...

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