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L’expressionnisme belge célébré par le Musée d’Ostende

Agathe Lautréamont 26 septembre 2016

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Que peuvent donc avoir en commun les deux artistes belges James Ensor (1860-1949) et Léon Spillaert (1881-1946) ? Leur naissance, à vingt années d’écart, dans la même ville d’Ostende, au nord de la Belgique ; cité de caractère, à l’histoire fluctuante et au port influent qui sut aussi bien attirer les capitaux que les vacanciers. En cette année 2016, l’institution culturelle de la ville, le Mu.ZEE, dédie une toute nouvelle à ces deux grands personnages de la peinture belge. Deux êtres que tout oppose, autant leur mode de vie que leur style, mais qui surent représenter avec maestria la lumière si particulière de cette ville balnéaire belge qu’ils immortalisèrent dans de nombreuses toiles.

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© Steven Decroos – Mu.Zee Ostende

L’un affectionnait les couleurs éclatantes, les scènes de carnaval ubuesques où toutes les folies étaient permises le temps de quelques journées. L’autre se définissait comme un oiseau de nuit, noctambule infatigable, qui imprégna ses œuvres de la noirceur du crépuscule qu’il affectionnait. James Ensor et Léon Spilliaert sont probablement les deux figures tutélaires artistiques de la cité d’Ostende, et il est rare que le nom de l’un soit prononcé sans que le patronyme de l’autre ne suive à quelques secondes près.

Et pourtant, leurs pratiques artistiques sont sensiblement différentes, répondant aux goûts et aux attentes précis de chaque caractère. Ensor, silhouette reconnaissable entre toutes car toujours vêtu d’un élégant complet noir, la tête coiffée d’un éternel haut-de-forme de la même couleur, n’avait de cesse de peindre la couleur changeante de la mer et les visages qui animaient les rues de sa ville.

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© Steven Decroos – Mu.Zee Ostende

Spilliaert, malade de l’estomac, était insomniaque et plutôt que se morfondre chez lui lors de ses fréquentes nuits sans sommeil, sortait se promener sur les boulevards endormis et peignait ce qu’il voyait : l’obscurité pleine percée, çà et là, des taches de lumière de l’éclairage public, âpres pour la rétine comme la lame d’un couteau. Et ces deux artistes antagonistes, la nouvelle aile du Mu.ZEE les rapproche plus que jamais, dans une célébration commune en l’honneur de deux peintres qui font la fierté de la ville balnéaire, lieu de villégiature de la famille royale belge dès que la belle saison revient.

L’institution culturelle d’Ostende dédiée à l’art moderne et contemporain ouvre donc un nouvel espace à ces créateurs de la fin du XIXe siècle et du début, chaotique, du XXe siècle. Pas moins de 1000 mètres carrés de cet ancien grand magasin transformé en musées accueillent désormais plus d’une centaine d’œuvres, allant de l’huile sur toile à la gravure en passant par le croquis et la photographie. Les murs sont blancs, l’accrochage chronologique, le parcours évident.

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© Steven Decroos – Mu.Zee Ostende

Une manière aussi sobre qu’efficace pour mettre en avant quelques chefs-d’œuvre de la collection (le Mu.ZEE possède le fonds le plus riche d’œuvres de Léon Spilliaert) et surtout jeter une lumière vivement intéressante sur l’art de la province de la Flandre occidentale. Oui, car cet espace d’exposition flambant neuf ne se limite pas aux deux flamboyants noms liés à Ostende, mais rend également hommage à d’autres personnalités artistiques belges comme le poète Emile Verhaeren, l’auteur Stefan Zweig, le réalisateur Henry Storck ou encore le photographe Maurice Antony.

D’une étape à une autre, l’on navigue donc dans l’univers artistique des deux maîtres. James Ensor livre des œuvres, qui ont toutes la particularité de ne pas pouvoir être classées dans un cadre pictural précis. Si au début de sa carrière, le peintre se dit volontiers admiratif de grands maîtres comme Edgar Degas ou Edouard Manet, Ensor a à cœur de ne pas s’enfermer dans un quelconque registre.

Son style changeant va dominer la peinture belge de son époque, tandis que son pinceau lorgnera tour à tour du côté de l’expressionnisme, de l’impressionnisme en passant par le surréalisme et le fauvisme. La patte est donc changeante, mais infiniment curieuse, et il est difficile de dire de prime abord que des pièces comme Portrait au chapeau de fleurs et L’entrée du Christ à Bruxelles sont bien de la main d’un seul et même artiste.

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© Steven Decroos – Mu.Zee Ostende

Spillaert de son côté, montre une grande constance dans sa pratique artistique. Ce qui lui plaît, c’est la nuit, l’atmosphère vespérale et la grande quiétude qui se dégage des heures nocturnes où l’on ne rencontre pas âme qui vive et que le seul dérangement est le bruit de nos propres pas sur le pavé sonore des rues de la cité belge. Né parmi les symbolistes et influencé par ces derniers, il prolongea cette esthétique dans sa pratique artistique bien après les années 1900. Maître de l’encre de Chine et du lavis, il est possible de déceler dans ses dessins une influence du grand graveur Odilon Redon, célèbre pour la qualité et la profondeur de ses noirs.

Deux artistes diamétralement opposés donc, mais deux figures immanquables de l’art belge dans une époque qui rime avec bouleversements ; aussi bien humains que technologiques et sociaux. La nouvelle aile du Mu.ZEE est indéniablement une réussite et donc un passage obligatoire si d’hasard, vous êtes en visite du côté d’Ostende !

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