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La Tapisserie de l’Apocalypse va être décrochée pour analyses

Agathe Lautréamont 26 septembre 2016

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Si vous êtes déjà passés du côté du château d’Angers, il y a fort à parier que vous êtes descendus dans les profondeurs de cette forteresse qui trône en plein cœur de la ville chargée d’histoire. Là, dans une salle plongée dans l’obscurité et la fraîcheur, est exposée la célèbre Tapisserie de l’Apocalypse, dont les historiens estiment la réalisation à la fin du XIVe siècle. Malheureusement, l’œuvre est fragile, très fragile… Ce qui a poussé l’État à prendre une décision drastique : la tenture sera décrochée, puis analysée en profondeur. Objectif : définir si oui ou non, son exposition endommage le tissu…

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La tapisserie exposée au Château d’Angers © Wikimedia Commons

Lorsque l’on pénètre dans la salle du château d’Angers exclusivement dédiée à la présentation de la Tenture de l’Apocalypse, un petit temps d’adaptation est nécessaire avant de pouvoir commencer la visite. La porte poussée, nos yeux doivent s’habituer à une très faible luminosité. Puis, brusquement, on frissonne… C’est qu’il fait froid, dans cette pièce présentant une tapisserie vieille d’environ sept siècles !

On pourrait donc penser légitimement que toutes les conditions sont réunies pour que la tapisserie soit préservée au mieux. Et pourtant… Cela n’a pas empêché l’État de demander un examen de la célèbre tenture médiévale, plus grande tapisserie de cette époque au monde. But de la manœuvre : estimer les effets d’une présentation permanente de ce chef-d’œuvre du Moyen-âge dans la fameuse galerie du château d’Angers.

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La tapisserie en dépoussiérage © Loïc Venance – AFP

Sur une commande du duc Louis Ier d’Anjou en 1373, la Tapisserie de l’Apocalypse est une représentation de l’Apocalypse selon Saint Jean. Elle est aujourd’hui considérée comme la plus importante pièce de tapisserie médiévale subsistant de nos jours. L’ensemble comporte six pièces successives, chacune étant découpée en quatorze tableaux différents. Au XVe siècle, la tenture a été léguée à la cathédrale d’Angers par le roi René. Au XVIIIe siècle, la tapisserie passe de mode et l’évêché cherche alors à se débarrasser de cette œuvre réellement encombrante. Au début de la Révolution, la tapisserie est mutilée et mise au rebut.

Il faudra attendre les années 1850 pour qu’elle soit sauvée par le chanoine Joubert, qui récupère la tenture dans un état de conservation préoccupant. C’est à ce chanoine que l’on doit la première restauration de la tapisserie. Au XIXe siècle, elle est partiellement recomposée puis exposée au public dans un musée qui lui est spécialement dédié. Depuis 1905, l’œuvre de cent quatre mètres de long est la propriété de l’État français.

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La tapisserie en dépoussiérage © Loïc Venance – AFP

Malheureusement les affres du temps sont passées par là. Autrefois vives, les belles couleurs de la Tenture se sont fanées au fil des années, perdant de leur éclat et de leur coloris, si bien qu’aujourd’hui, il est bien délicat de déceler des touches de bleu, vert, rouge et jaune. L’analyse en profondeur des tissus et des pigments devrait permettre de savoir si oui ou non l’œuvre doit toujours être exposée au public et si oui, dans quelles conditions cela doit être fait.  Une restauration est également envisagée pour les parties les plus endommagées.

Une équipe de restaurateur va donc passer à la loupe chaque centimètre carré de ce chef-d’œuvre des liciers du Moyen-âge, de sorte à relever et classer chaque type de dégradation subie par le tissu : taux d’encrassement dû à la poussière, dégradations du fait de l’éclairage, humidité, influence de la température, déformations du fait des tensions provoquées par l’accrochage…Rien ne sera laissé au hasard. Les restaurateurs ont été mandatés par la DRAC des Pays de la Loire.

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La chute de Babylone, une étape de la tapisserie © Wikimedia Commons

Ce sont donc quatre tapisseries et non pas l’intégralité de la Tenture, qui seront décrochées pour réaliser ces analyses. Il faut en effet conserver la galerie ouverte au public et permettre aux curieux de continuer à admirer l’œuvre. Et du côté des réserves du château, les experts vont détailler la tapisserie, qui a la particularité d’être… réversible !

L’envers du tissu n’a donc pas vieilli de la même façon de que l’endroit, et révèle aux conservateurs des couleurs insoupçonnées. Mais pas que… L’envers présente aussi une histoire méconnue de la tapisserie, qui démontre les interventions subies sur le tissu. Retissage, repiquage, apports de laine neuve… Une véritable radiographie de la tapisserie, l’envers étant le squelette de l’œuvre ! Les chercheurs espèrent également, suite à cette restauration, en apprendre davantage sur l’histoire de la célèbre pièce. Lieu de tissage, noms des ateliers, nombre d’artisans…

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