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Albanie 1207 KM EST : l’éveil d’un pays par l’éveil des artistes

Jéremy Billault 26 septembre 2016

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Après le Maroc, la Grèce ou encore la Tunisie, le Mucem accueille pour la fin de l’année 2016 une sélection d’artistes émergents venus d’un pays de l’est de la méditerranée : l’Albanie. Née sous la dictature, élevée à sa chute, la jeune génération d’artiste constate et réinterprète les conséquences du passé, les souvenirs et images, pour brosser un portrait complet et touchant de l’Albanie d’aujourd’hui. On découvre, on apprend et on admire. 

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© Leonard Qylafi

1207 kilomètres. Deux fois un Marseille-Paris, presque l’équivalent d’un Marseille-Berlin mais surtout, la distance exacte qui sépare Marseille de Tirana, la capitale Albanaise. Albanie, 1207 KM EST, c’est donc le nom qu’a choisi le Mucem pour son exposition du Fort Saint-Jean (dans un espace de 320 m² à deux pas du musée), consacrée, et on l’en remercie, à de jeunes artistes albanais. Fort heureusement, la recours à la réalité française pour situer ou resituer l’Albanie dans son contexte géographique et historique s’arrête là, même si l’on comprends bien en quoi il était nécessaire pour permettre l’ouverture dont le Mucem  a fait sa mission.

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Fani Zguro, série « Exterminator« , 2012  © Fani Zguro

Car, si le Mucem a pour ligne directrice celle de l’horizon de la Méditerranée et de ses civilisations, l’espace du Fort Saint-Jean lui permet d’organiser des expositions précieuses comme celle qui nous intéresse aujourd’hui, des expositions consacrées à l’art contemporain (et même aux artistes émergents). Et l’Albanie était un sujet en or.  Après avoir traversé des années de dictature, l’Albanie se métamorphose peu à peu : les bâtiments austères ont pris des couleurs (trop importants pour être détruits) et le pays rayonne, notamment par le prisme de la culture. L’exposition du Mucem présente ici les lauréats d’un projet ambitieux, le Salon d’art contemporain de Tirana, jeunes porte-parole de l’Albanie d’aujourd’hui, celle qui est officiellement candidate à l’entrée dans l’Union Européenne, celle dont le Premier Ministre est un artiste, celle dont le peuple s’est pris de passion pour la question de la colorisation des bâtiments de l’ère communiste, dans un élan de débat démocratique qu’elle n’avait pas connu depuis des années .

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Anri Sala, Dammi i Colori, 2003 Courtesy de l’artiste et de la galerie Chantal Crousel, Paris © Adagp, Paris 2016

Avec eux, deux artistes de la génération précédente et un tableau plus ancien : les jeunes artistes sont nés à la toute fin de la dictature, dans les années 80, les artistes plus expérimentés y ont passé leur jeunesse. Quant au moins contemporain des travaux présentés (c’est peu de le dire), il est signé Zef Soshi : un tableau de réalisme socialiste daté de 1974, une oeuvre qui dégouline de propagande.

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Zef Shoshi, Krijimi i kooperativës në Mal ësi (La Création de la Coopérative dans les Montagnes), 1974

© National Gallery of Arts, Albania

C’est donc une bonne dizaine d’artistes émergents que le Mucem a décidé d’accueillir, pour faire découvrir l’Albanie, sa culture et même son Histoire par le prisme de ceux qui ont vécu la métamorphose, l’après, le renouveau, les membres d’une renaissance artistique encore fraîche. Malgré le fait qu’elle soit collective, l’exposition est unie, car elle est complète : peintres, photographes, plasticiens, vidéastes, tous représentent dans leur travail une caractéristique de la société, par un souvenir, une constatation, une réflexion.

Le passé d’aujourd’hui

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Enkelejd Zonja, In your Vein, 2011 © Enkelejd Zonja

La jeunesse albanaise d’aujourd’hui n’a pas vraiment connu la période historique qui l’a vue naître : son enfance, son adolescence, ont accompagné celles du pays, de cette Albanie en route vers la démocratie qui a ouvert les yeux en même temps qu’elle. C’est ainsi que le passé surgit par bribes, par images, par souvenirs vagues et par les histoires que racontent les générations précédentes. Et chez Leonard Qylafi et Driant Zeneli, deux jeunes artistes de l’exposition, ce phénomène résonne de deux manières bien distinctes.

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Leonard Qylafi, Imagery 7, 2014 © Leonard Qylafi

Le premier est un peintre, dont la technique impressionne dès le premier regard. Quatre tableaux, deux scènes assez larges, de places bondées, deux portraits, là encore, détails d’une foule. Mais ces tableaux sont flous, totalement flous. Outre la finesse extrême du pinceau de l’artiste, les toiles sont une réminiscence : celle de la presse albanaise aux moyens plus que limités pendant la dictature, de ses photos floues, ses couleurs faussées, ses visages difficiles à cerner. La contrainte technique d’hier devient la beauté d’aujourd’hui, par le contexte, par la réinterprétation et par ce qu’elle représente, son témoignage de cette époque-là comme de celle que nous vivons.

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Driant Zeneli, série » This is a castle!« , 2010 © Driant Zeneli

Driant Zeneli, lui, présente une série de photographies a priori anodines. On le voit, lui, prenant la pose devant plusieurs châteaux  à la manière du plus commun des utilisateurs de Facebook. On apprend rapidement que ces châteaux sont tous en Albanie, subjugués par la richesse architecturale du patrimoine local. Puis on regarde plus près. Au début des années 90, l’Albanie distribuait des permis de construire avec une certaine facilité : une possibilité qui a suscité quelques vocations d’architectes improvisés.

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Driant Zeneli, série » This is a castle!« , 2010 © Driant Zeneli

A y voir de plus près, ces châteaux sont tous absolument uniques dans l’Histoire du patrimoine : il est évident que certains ne sont qu’une façade (voire qu’un portail), d’autres sont des tours massives aux allures médiévales incrustées à même les maisons, tandis que les dernières sont composées de nombreux matériaux différents et agencés selon une géométrie plutôt personnelle. Avec un regard très proche de celui de Magritte (l’oeuvre s’intitule d’ailleurs This is a castle!), l’artiste ancre les traces de la disparition de la dictature dans l’époque contemporaine, celle des photos, du tourisme de masse. Un peuple dont la créativité a été réprimée s’exprime à l’instant où il en a l’occasion, que ce soit en construisant un château tout droit sorti de son imagination ou en faisant des couleurs un débat national. A voir donc, cette exposition du Mucem, modeste par la taille mais immense par son enseignement et la qualité de ses artistes dont on n’a pas fini d’entendre parler.

ALBANIE, 1207 KM EST

24/09/2016 > 02/01/2017

Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM)

MARSEILLE

1207 kilomètres séparent Marseille de Tirana, la capitale de l’Albanie, soit à peine le double du trajet Paris-Marseille ou, à quelque...

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