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Quand le street-artist C215 rend hommage à Albrecht Dürer

Agathe Lautréamont 20 septembre 2016

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On pourrait lever un sourcil face à cette rencontre pour le moins inattendue entre une pratique artistique ancrée dans notre modernité, l’art de rue, et celle, séculaire, de la gravure. Et pourtant, une fois encore, la magie de l’art a opéré. Dans une ancienne chapelle en plein cœur de la ville de Châlons-en-Champagne, le graffeur C215 a décidé de rendre un hommage appuyé à l’un de ses artistes préférés… qui n’est autre que le grand graveur Albrecht Dürer !

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La fresque représentant Dürer © Compte Twitter C215

Bientôt, à Châlons-en-Champagne, une chapelle désaffectée depuis plusieurs années connaîtra une seconde vie, sous le nom d’ « Atelier C215 ». Pendant près de trois mois, l’artiste de rue Christian Guémy, connu dans le milieu du street-art sous le pseudonyme de C215, a travaillé activement à ramener un peu de joie et de couleur dans cet ancien lieu de culte abandonné.

Ex-voto, pierres, voûtes, vitraux… Tout a été repensé par la patte de l’artiste, qui a su rendre à l’espace une âme chaleureuse et accueillante. Mais attention, pas n’importe comment ! Car si la commune de Châlons-en-Champagne a décidé de faire confiance au créateur en lui donnant carte blanche pour repenser la petite chapelle, ce n’est pas pour autant que C215 n’a pas respecté l’esprit du monument, bien au contraire. Réinvestir oui, mais tout en rendant hommage…

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La fresque dans la chapelle de Châlons © DR

Et en parlant d’hommage, il n’y a pas qu’au patrimoine que C215 a tiré son chapeau. Nourri d’influences artistiques multiples, mais ayant une affection toute particulière pour les grands maîtres du passé (Sandro Botticelli, le Caravage…), Christian Guémy a décidé de réaliser plusieurs œuvres en forme de clins d’œil à celui qui est aujourd’hui considéré comme un des plus grands graveurs au monde : l’allemand Albrecht Dürer (1471-1528).

Près d’un demi-millénaire séparent les deux artistes et pourtant, les œuvres fonctionnent. C215 a repris la « patte » du maître, mais tout en y insérant le style artistique qui lui est propre : beaucoup de couleurs, des références historiques, et énormément de passion.

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Albrecht Dürer, Autoportrait à la fourrure, vers 1500 © Wikimedia Commons

À la façon du maître de la Renaissance allemande, C215 a exécuté des portraits en espérant parler à ses contemporains du temps présent, tout en regardant du côté du passé. Car le temps de Dürer est des plus troublés, tiraillé entre les guerres de religion, tandis qu’au cours de sa vie, l’imprimerie se développe et modifie en profondeur le rapport au savoir et à sa diffusion. Des ponts peuvent facilement être jetés avec notre temps présent…

Sur un des murs de la chapelle trône un pochoir magnifique, une reprise du fameux Autoportrait à la fourrure réalisé en 1500. Sur cette toile magistrale, le graveur se représente en figure christique, les cheveux lâchés, la position de ses doigts rappelant la main qui bénit, code esthétique très répandu dans la peinture religieuse.

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© Capture d’écran reportage France Info

 Grâce à cette série d’œuvres profondément contemporaines, mais qui ne cesse de regarder du côté des siècles passés, C215 espère bien donner envie au grand public de connaître davantage Albrecht Dürer, dont les gravures et les toiles ont fait date dans l’histoire de l’art. Comme Dürer, Christian Guémy s’intéresse beaucoup au travail de la chair, de la carnation et de la pilosité ; les deux hommes que tout sépare sont rapprochés par un questionnement constant de l’identité, de la représentation du corps et de ce qu’il dit de l’individu qui se trouve face à nous.

En attendant, le travail de l’artiste de rue n’est pas terminé dans la petite chapelle de Châlons-en-Champagne, puisque celui-ci doit encore y revenir pour réaliser une vingtaine d’autres œuvres.

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