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René Magritte au Centre Pompidou : la philosophie par l’image

Jéremy Billault 19 septembre 2016

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Après Edvard Munch, Henri Matisse ou encore Marcel Duchamp, le Centre Pompidou a décidé cette année de consacrer sa grande exposition monographique à une autre figure majeure de l’art au XXème siècle : René Magritte. A travers plus d’une centaine de tableaux, de dessins et d’archives, l’exposition La trahison des images offre une perspective nouvelle sur l’oeuvre du peintre et sur sa conception si particulière de la peinture. 

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René Magritte, Les Marches de l’été, 1938 © Coll. Centre Pompidou, Musée national d’art moderne / Photo : Philippe Migeat © ADAGP, Paris 2016

Certains l’attendaient avec impatience depuis plusieurs mois (Qui ? Nous ? Nooooo… peut-être), et ils avaient sacrément raison. Car cette exposition fera date, elle sera celle qui a permis à la France et à Paris plus particulièrement d’admirer René Magritte dans toute sa splendeur spirituelle et, il faut le dire, d’aborder sa pensée dans des conditions optimales. Si une toile de Magritte est à elle seule capable de nourrir des heures de débat et de réflexion, l’exposition d’une centaine d’entre elle est un véritable art poétique, un recueil de philosophie, l’étalage concret d’une pensée articulée par des concepts devenus figures récurrentes d’un tableau à l’autre. Esthétiquement savoureux, spirituellement émoustillant et intellectuellement stimulant, il faut y aller, y rester des heures et y retourner.

René Magritte, La lampe philosophique, 1936, © Photothèque R. Magritte / Banque d'Images, Adagp, Paris, 2016

René Magritte, La lampe philosophique, 1936 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

Si Magritte est parfois considéré comme le plus réaliste des peintres modernes, il faut observer plus loin que la facétie apparente de ses tableaux. Car chaque toile de René Magritte est, en quelques sortes, la solution à un « problème », poétique, philosophique ou touchant, en général au rapport ambigu qu’entretiennent la peinture et la vérité. Longtemps décriée comme étant incapable de se frotter au réel, la peinture est, pour Magritte, un mode d’expression potentiellement au service de la pensée. Ainsi apparaît La trahison des images, (« ceci n’est pas une pipe ») et la réconciliation picturale de  « l’objet, la chose attachée à lui dans l’ombre de la conscience et la lumière où cette chose doit parvenir ».

René Magritte, La trahison des images, 1929, © Photothèque R. Magritte / Banque d'Images, Adagp, Paris, 2016

René Magritte, La Trahison des images, 1929 © Photothèque R. Magritte / Banque d’Images, Adagp, Paris, 2016

Voilà comment, par exemple, sont rassemblés des motifs qui a priori n’ont rien en commun en réalité mais qui, par une affinité ressentie par le peintre-poète, nous apparaissent unis. C’est le cas par exemple d’une girafe subtilement glissée dans une coupe de champagne : les bulles sont des taches, les taches sont des bulles. le tableau est à la fois drôle et profond, un trait d’esprit qui pourrait paraître anodin mais qui brille, tant les objets s’illuminent mutuellement.

Dans l’exposition s’enchaînent les concepts, sous forme de motifs déclinés dans plusieurs toiles. C’est notamment le cas de la toile elle-même, du tableau représenté sur un tableau. A plusieurs reprises dans l’oeuvre de Magritte, un tableau se fond dans le décor, dans un paysage, mais on la distingue légèrement, par le relief. Impossible de savoir si ce qui est représenté sur la toile en question est fidèle à la parcelle de paysage qu’elle dissimule, même si elle semble parfaitement s’y fondre.

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René Magritte, La Condition humaine, 1935 Huile sur toile, 54 x 73 cm Norfolk Museums Service © Adagp, Paris 2016

L’un de ces tableaux est représenté à l’entrée d’une caverne, fondue dans l’horizon. A côté d’elle, la lumière d’un feu. Nous avons ici affaire à l’un des thèmes récurrent chez Magritte, l’allégorie de la caverne, tirée de La République de Platon. Piqûre de rappel : des hommes attachés au fond d’une caverne depuis l’enfance ne voient que les ombres projetées des objets réels, impossible pour eux de tourner la tête, si bien que l’ombre est devenue dans leur esprit la forme réelle de l’objet qu’ils voient. Magritte est celui qui désacralise la peinture par la peinture : en un tableau, il détourne notre regard de la réception littérale de l’image, de l’objet représenté. En ajoutant un rideau, un décor, un cadre autour de l’objet à l’image, il nous donne à réfléchir, nous pousse à prendre du recul sur notre croyance en la peinture.

Et c’est par cette réflexion, qui prend ses distances avec la peinture uniforme, uniquement picturale, que Magritte nous invite à considérer la peinture comme vecteur de réflexion et de pensée. Chez Magritte, rien n’est compliqué mais tout est profond : la délicatesse de son trait et de son esprit font que chaque pièce de l’exposition est une surprise rafraîchissante ; la puissance de sa pensée fait que l’ensemble de l’exposition est un régal.

 

RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou

PARIS

L’exposition Magritte. La trahison des images propose une approche à ce jour inédite de l’œuvre de l’artiste belge René Magritte. ...

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