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Kollekstia ! L’URSS et la Russie à travers le prisme de l’art contemporain au Centre Pompidou

Agathe Lautréamont 13 septembre 2016

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On vous en parlait il y a quelques semaines, c’est désormais chose faite ! L’impressionnant don de l’homme d’affaires Vladimir Potanin, contenant pas moins de 250 œuvres réalisées par une soixantaine d’artistes russes, est dès maintenant accroché au sein du Centre Pompidou. Visite d’une exposition en forme de panorama de la création artistique du plus vaste pays d’Europe, des années 1950 au passage au XXIe siècle…

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Dmitry Gutov, Sputnik, 1988 © Don de la Vladimir Potanin Foundation

L’initiative est inédite et le Centre Pompidou entend bien le faire savoir ! Voilà une donation rare, suite à un accord avec la Fondation Vladimir Potanin (du nom du milliardaire russe à l’origine de la collection qui nous occupe) promis désormais à occuper une bonne place au quatrième étage de l’institution culturelle de Beaubourg. Si les noms de Erik Bulatov, Yakovlev, Turetski ou encore Yuri Zlotnikov ne parlent que peu au grand public, ces créateurs occupent une part importante de la scène artistique qui s’est développée en URSS à partir des années 1950.

Et ces noms, parmi une soixantaine d’autres, viennent donc enrichir un fonds d’œuvres russes déjà important possédé par le Centre Pompidou, comme Gontcharova, Kandinsky ou Larionov. L’idée de cet accrochage impressionnant par la quantité des œuvres présentées ? Offrir au public du Centre Pompidou un panorama très complet de l’Histoire de l’art russe récente, encore très mal connue en France. Mais celui-ci a également l’ambition de replacer l’art contemporain de ce vaste pays dans le contexte on ne peut plus complexe de l’évolution artistique mondiale, indéfectible des bouleversements économiques et sociaux de cette époque donnée. Alors, le Centre Pompidou atteint-il son objectif ?

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Alexander Kosolapov, Triptyque Malevitch-Marlboro, 1985 © Don de la Vladimir Potanin Foundation

L’ère Khrouchtchev

Le début, réjouissant, de l’accrochage du Centre Pompidou commence avec les années 50, annonçant que l’exposition suivra donc un parcours chronologique, rythmé par quelques grands changements historiques qui ont ponctué l’histoire de l’URSS (dégel, stagnation, perestroïka, chute du bloc soviétique et renaissance de la Russie en tant que telle). Cette étape de l’exposition tend à démontrer que le Rideau de Fer (pour reprendre les mots de Winston Churchill) s’était légèrement entrouvert, permettant aux créateurs russes de découvrir et s’inspirer de ce qui se faisait dans le reste de l’Europe, et ainsi s’écarter du réalisme socialiste qui était alors la norme dans le bloc de l’Est.

Mais l’embellie n’a pas duré et en 1962, l’art nouveau russe tombe dans la clandestinité et est persona non grata sur la scène artistique du pays. Les techniques, mixtes et plurielles, utilisées par les créateurs de cette époque vont de la peinture à l’huile au collage en passant par la photographie en noir et blanc. Puis, d’une étape à une autre, le Centre Pompidou nous transporte dans les années 1970 et sa soudaine apparition d’une pratique artistique non-officielle, où les groupes de contestataires se développent, renforcent leur langage créatif inspiré aussi bien par la littérature russe que par l’engagement politique.

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Boris Orlov, Buste dans le style de Rastrelli, 1996 © Don de la Vladimir Potanin Foundation

Le vent se lève

Entre deux tableaux issus du Sots Art, forme de Pop Art américain made-in Moscou, on aborde les années 1980 et leur tendance à l’ironie mordante, à la critique acerbe, et aux coups de griffse bien sentis envers le régime politique et son système de propagande bien huilé mais dans lequel, déjà, quelques grains de sable se sont glissés…

Et le parcours continue ainsi, jusqu’aux années 2000. Malheureusement, toutes ces informations, ces détails, ces éléments, on ne peut les découvrir que dans le cadre d’une visite guidée, en écoutant attentivement un conservateur passionné qui saura nous transmettre toutes les petites astuces et anecdotes historiques qui permettent de remplacer les œuvres dans leur contexte aussi bien politique que social et économique. Car du côté des cartels et des explications accompagnant les étapes du parcours, il ne faut hélas pas attendre grand-chose de leur part. L’exposition du Centre Pompidou est un accrochage d’œuvres, et c’est bien tout.

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Erik Bulatov, Gloire au PCUS, 2003-2005  © Don de la Vladimir Potanin Foundation

Regrets

L’Histoire culturelle et artistique de l’URSS est mal connue, tant on a trop souvent tendance à penser qu’elle s’est stoppée net à partir des années 1920. Si l’on ne donne pas les pistes de lecture, les explications nécessaires à certaines références culturelles, si l’on indique par l’identité de ces personnages politiques caricaturés par les artistes, si l’on ne traduit pas ces nombreux textes, slogans et messages écrits bien sûr en alphabet cyrillique, comment peut-on pénétrer dans l’univers foisonnant mais complexe de ces créateurs qui ont su défier leur époque et leurs gouvernants ? La visite se solde donc sur cette note de regret. Les passionnés de culture russe y trouveront leur compte et seront indéniablement ravis. Pour les autres…

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