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Ben au Musée Maillol : questionnements, aphorismes et lapalissades

Agathe Lautréamont 13 septembre 2016

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Après un passage remarqué par le musée Tinguely en 2015, l’exposition de Benjamin Vautier (plus célèbre sous son surnom de Ben) a cette fois-ci posé ses valises pleines de petites phrases blanches sur fond noir du côté de la France. Et quel meilleur espace d’exposition que le Musée Maillol, qui vient de rouvrir ses portes après une longue fermeture. Mais attention, cette exposition dans l’Hexagone n’est nullement une redite de celle de Bâle, mais une continuité, puisque quelques surprises inédites se sont glissées dans l’accrochage de Maillol…

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Vue de l’exposition © Musée Maillol

De l’enthousiasme, beaucoup d’ironie, une touche légère de grotesque, mais surtout beaucoup de petites phrases qui nous invitent à dépasser ce que l’on voit simplement et donc à nous demander un tant soit peu de réflexion ! C’est la recette qui a probablement fait le succès de Ben Vautier depuis le début de sa carrière artistique, commencée à la fin des années 1950.

Proche d’artistes comme Yves Klein, Arman ou Martial Raysse, Ben bouscule avec beaucoup d’humour et une grande légèreté les codes de l’art et les 200 œuvres réunies par le Musée Maillol afin de mener à bien cet accrochage nous fait bien ressentir toute la tendresse teintée de cynisme qu’a Ben pour sa propre pratique artistique.

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Ben, Être, 1975 © Collection de l’artiste

On découvre ainsi qu’au début de sa carrière, l’artiste franco-suisse fut à la recherche de nouvelles formes d’expression artistique. Ni une ni deux, pourquoi ne pas simplement appeler un chat un chat ? Ses toiles de jeunesse sont donc toutes réunies sous le nom de « Recherche de forme ». Au moins, on sait clairement ce que l’on voit. Ou plutôt l’objectif de ce que l’on voit, car ses créations qu’il surnomme affectueusement ses « bananes » terriblement abstraites provoquent une hilarité bienvenue, face à une simplicité apparente, mais comme toujours avec Ben, qui ne l’est pas tant que ça…

Un peu plus loin, apparaissent les toutes premières écritures, ces formes rondes, pleines, écolières, que l’on reconnaît entre toutes et qui sont devenues depuis la « patte » de Ben Vautier ; cette même patte qui a décoré nos trousses et nos agendas de collégiens. Des mots isolés, des noms d’auteurs ou de peintres célèbres, des questionnements en français, anglais ou allemand, des exclamations, des cris du cœur…

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Vue de l’exposition © Musée Maillol

Ces simples œuvres, peintes sur toiles, papier ou simple morceau de bois ramassé au hasard puis accrochées directement dans la rue, ressemblent à des sortes d’interpellation adressées à l’esprit critique du spectateur.

Peu à peu, au fil du temps (l’exposition suit un ordre scrupuleusement chronologique), la forme des lettrages qui prévalait à l’époque sur le propos en lui-même passe au second plan ; le rapport de force s’inverse donc et l’on arrive enfin au Ben que l’on connaît le mieux.

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Vue de l’exposition © Musée Maillol

Tout est simple ?

Ce Ben-là, c’est celui de l’introspection, mais également des petites interrogations qui de premier abord, semblent anodines, mais qui ouvrent en vérité un champ interrogatoire très vaste, et nous pousse à ne jamais se contenter de ce que l’on voit à la surface. Il ne faut jamais rien prendre pour acquis pourrait être le leitmotiv de l’artiste, qui avec des lettrages criards, des panneaux volontiers provocateurs et des installations où le burlesque se mêle étrangement au subtile (hé oui !), livre une véritable approche philosophique de son art, mais aussi de ses conflits intérieurs qui en découlent.

Ainsi, des toiles arborant les phrases suivantes : « Est-ce que tout est de l’art ? » et « Les artistes se donnent trop d’importance » se côtoient sur le même mur, tandis qu’un peu plus loin, des lettrages noirs révèlent un besoin d’exister aux yeux du public, tout en craignant de manquer de sincérité dans sa démarche : «  Mon angoisse de laisser indifférent », «  Ma peur de me répéter », « Ma lâcheté de vouloir plaire », « Ma jalousie des autres » et enfin « Ma volonté d’être différent ».

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Vue de l’exposition © Musée Maillol

Incrédule, pas dupe de lui-même, ni du fonctionnement du milieu de l’art, Ben Vautier propose aux visiteurs de l’exposition d’entrer dans ces questionnements à leur tour, sans jamais prendre un ton moralisateur. Car sous couvert d’ironie, de moquerie et de légèreté assumée, ce Ben à l’écriture enfantine et aux petites phrases amusantes n’en mène pas moins une quête effrénée, mais probablement inatteignable : la recherche de la vérité.

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