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À Rotterdam, Peter Lindbergh : repenser la photo de mode

Agathe Lautréamont 13 septembre 2016

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Spectaculaire. Et pour être tout à fait honnête, le terme nous paraît un doux euphémisme au moment de rédiger ces lignes. Au Kunsthal de Rotterdam, on avait déroulé le tapis rouge, préparé le photocall et dressé les lumières pour la venue d’une superstar de la photographie de mode : l’allemand Peter Lindbergh. Mais toute l’intelligence de l’institution néerlandaise est précisément d’avoir refusé de se limiter à cette appellation « photographe de mode ». Dans les salles du musées, le visiteur peut découvrir 220 photographies, couvrant la totalité d’une carrière commencée sur les chapeaux de roue en 1978 qui touche bien sûr à la haute-couture, mais pas que…

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Peter Lindbergh, Wild at heart, 1991 © Peter Lindbergh Paris – Gagosian

Alors, oui, bien sûr, elles sont toutes là. Cindy Crawford, Kate Moss, Milla Jovovich… Leurs sourires trop lisses figés sur papier glacé. Leurs silhouettes qui ne tolèrent pas le moindre défaut. Leur maquillage impeccable qui fait qu’on est incapable de leur donner un âge. Et justement, il n’y a pas qu’à ces immenses (dans tous les sens du terme) mannequins qu’on peine à donner un âge.

Le travail photographique de Peter Lindbergh possède également cette particularité, mais cette fois-ci due à son seul talent, et non à un quelconque retour à des artifices bien connus. Ces jeunes femmes si idéales, ont-elles été immortalisées sur pellicule dans les années 40 ou dans la décennie 90 ? Cette mise en scène pour Vogue a-t-elle vraiment été réalisée à peine trois ans plus tôt ?

On navigue dans un doute savamment entretenu par l’accrochage, sensationnel, du Kunsthal qui tend à nous expliquer cet aspect simple du travail de Lindbergh : celui-ci doit être vu comme pleinement polymorphe.

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Peter Lindbergh, Uma Thurman, 2011 © Peter Lindbergh Paris – Gagosian

On comprend donc bien vite pourquoi l’exposition de l’institution culturelle de Rotterdam a été construite sur un schéma thématique et non chronologique, et que celle-ci ne s’attarde donc pas si longtemps sur l’étape des « super-modèles ». Exit donc bien vite les égéries de magazine de mode pour une plongée dans un travail photographique bien plus complexe et varié qu’on ne l’imagine. Et c’est tant mieux.

Car le moins que l’on puisse dire est qu’en matière de photographie de mode, Peter Lindbergh fait du Lindbergh depuis 40 ans, sans vraiment chercher à se renouveler tant son style est apprécié et réclamé.

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Peter Lindbergh, Comme des garçons, 1988 © Peter Lindbergh Paris – Gagosian

Dans quelques vitrines disséminées le long du parcours, le visiteur peut découvrir quelques planches contact barbouillées d’annotations diverses, de vieux modèles de boîtiers argentiques et d’objectifs robustes mais quelque peu usés ; sur lesquels on sent l’usage intensif… Puis on relève le nez vers les murs du Kunsthal habillés de noir et de blanc pour l’occasion et on découvre une campagne de publicité pour Azzedine Alaïa à la mise en scène comme millimétrée. Au détour d’un couloir, autre univers.

Les corps là aussi, mais plus seulement féminins, sont mis en avant dans des compositions mettant l’accent sur l’effort, la grâce, la tension, la force. Ce sont les danseuses du New York City Ballet ou du Bolshoi qui occupent cette fois le devant de la scène. Bras tendus, jambes arquées, visages où perce la concentration… Sous la peau, on sent le muscle bandé à tout rompre, la puissance est palpable, les années d’entraînement pointent dans chaque posture si gracieuse et maîtrisée à la fois qu’on la croirait volontiers inhumaine.

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Peter Lindbergh, L.A. Report, 2010 © Peter Lindbergh Paris – Gagosian

Et c’est ainsi que le visiteur avance, de surprise en surprise, de noir et blanc très contrasté en compositions plus épurées dès qu’il est question de montrer un autre visage à ces superstars planétaires comme Brad Pitt, Keith Richards ou Monica Bellucci. On saisit pleinement, grâce à cette nouvelle étape de l’accrochage, pourquoi Lindbergh a été surnommé « le photographe de la vérité » alors que le grand public ne connaît qu’une seule facette de son travail, dédiée à la haute-couture, et qui est bien trop souvent l’opposition radicale à la vérité.

Si l’éclairage est toujours parfaitement mesuré, placé, maîtrisé, le fort contraste et le grain argentique sont sans concession avec les modèles de Lindbergh. Le plus souvent invités à poser dans des intérieurs intimistes, les sujets du photographe allemand montrent leurs rides, le grain de peau marqué, les poches sous les yeux ou le teint terni par une vie d’excès. Comme tout un chacun. Comme vous et moi. Mais la force du regard, la composition parfaite de l’artiste, confère une rare puissance au cliché. Et l’on sort de l’exposition du Kunsthal Rotterdam convaincus : Peter Lindbergh n’est pas « qu’un » photographe de mode. Et s’il a travaillé avec mannequins et maisons de haute-couture, son œuvre est vaste et surtout honnête.

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Thalys soutient l’exposition « A different vision on Fashion Photography » de Peter Lindbergh, au Kunsthal Rotterdam.  Une première en Europe avant une tournée internationale, à seulement 2h40 de Paris en Thalys.

Bon plan Culture/Thalys. Partenaire du Kunsthal de Rotterdam, Thalys propose à ses voyageurs de bénéficier d’un tarif réduit sur simple présentation de leur titre de transport. Thalys relie Paris à Rotterdam en seulement 2h40, 11 fois par jour. L’aller simple est proposé à partir de 35 € en Comfort 2 (tarif No-Flex) et 79€ en Comfort 1 (tarif Semi-Flex).

 

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