Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Rétrospective : Ata Kandó, un siècle de vie et de photographie

Agathe Lautréamont 12 septembre 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Cet automne, c’est  à un véritable monument de la photographie que le Fotomuseum de Rotterdam a décidé de rendre hommage. Une femme, Ata Kandó, née en Hongrie le 17 septembre 1913. D’ici quelques jours, elle fêtera ses 103 ans. À l’énoncé de cette longévité exceptionnelle, notre imagination se met en branle. En plus d’un siècle de vie, peut-on prendre la mesure de tous les événements dont fut témoin cette artiste ? Deux Guerres Mondiales, une Guerre Froide, de nombreuses crises politiques, humanitaires et sociales, mais aussi des moments de rêve et de bonheur qui éclairent son noir et blanc d’étincelles de joie indescriptible. Autant de moments que la photographe immortalisa avec ses inséparables Leica et Rolleiflex. Une exposition, un hommage, une vie époustouflante.

ata-9031-12_bu

Ata Kandó, Sans titre, 1953 © Nederlands Fotomuseum

Cent trois ans. Et pourtant, que l’on ne s’attende pas à une rétrospective complète, sous forme chronologique, de l’œuvre de cette grande photographe hongroise qui brilla d’un éclat particulier au cœur de son siècle. Parcourir et exposer une part exhaustive de l’œuvre de Kandó serait tout simplement impossible. Le Fotomuseum de Rotterdam a reçu de l’artiste un don incommensurable : l’ensemble de sa production photographique, et est en charge aujourd’hui de sa production comme de sa diffusion.

Et pour fêter les 103 ans de Kandó, un premier accrochage est donc organisé, dans un parcours thématique.  En guise d’introduction à cette femme au destin surprenant, une vidéo en noir et blanc, tournée il y a quelques mois. On y voit Ata Kandó, l’œil rieur et les mains fébriles, manipuler son cher Rolleiflex devant un fond noir et entourée de flashs déportés ; tandis qu’un photographe s’attelle à l’immortaliser, à son tour.

14115060_1113704242002041_7316191839985271018_o

Ata Kandó, Autoportrait © Nederlands Fotomuseum

Puis l’on pénètre au cœur de l’accrochage du Fotomuseum et on s’étonne, quelque peu. Le foisonnement de clichés auquel on pouvait légitimement s’attendre ne sera pas présent. La muséographie, au contraire, est plus épurée. En tout, peut-être une cinquantaine d’images. C’est peu. Mais le Fotomuseum se défend de n’avoir pas voulu opter pour l’impressionnant et l’abondance, un labyrinthe de formes et d’ombres dans lequel il aurait été si facile de s’égarer.

Au contraire, l’idée était de choisir des thèmes qui jouèrent un rôle dans la carrière d’Ata Kandó. Et c’est en effet le travail pour lequel l’artiste est aujourd’hui internationalement saluée qui ouvre le bal et accueille le visiteur : celui sur les réfugiés hongrois. Soutenue par Robert Capa qui la fit entrer dans l’agence Magnum (à l’instar de Marc Riboud) et lui offrit un appareil photo neuf, Kandó partit réaliser un reportage sur l’insurrection de Budapest en 1956.

hungarian

Ata Kandó, Sans titre, 1953 © Nederlands Fotomuseum

Là, elle prit d’indénombrables photos des réfugiés. Familles, femmes, enfants et vieillards. Des milliers de visages passèrent devant son objectif, disant chacun un drame, une perte, un espoir, une peur viscérale. Les images sont bouleversantes. La photojournaliste d’une époque en fit un  livre, dont les bénéfices furent intégralement reversés à une association venant en aide aux réfugiés fuyant cette guerre terrible.

Puis quelques pas plus loin, le changement d’atmosphère est brutal. Des conflits de la Guerre Froide, on passe aux images qui constituèrent un des livres les plus célèbres de la photographe : Dream in the forest. Dans des images prises en Suisse ou en Autriche, après le conflit hongrois, l’artiste met en scène ses trois enfants dans des poses sensuelles, au creux de mises en scène éthérées, mais qui au moment de la parution du livre, choquèrent l’opinion publique à tel point que plusieurs libraires refusèrent de distribuer l’ouvrage ; considéré comme bien trop érotique pour l’époque.

Tels de petits cupidons, les fils et filles de la photographe jouent aux anges descendus des yeux, aux âmes innocentes qui ne comprennent pas encore toute la portée de leur propre chair, de leur peau nue.

dream-in-the-forest

Ata Kandó, Dream in the forest, 1957 © Nederlands Fotomuseum

Mais ces deux premières étapes que nous venons de détailler ne sont qu’une part de l’accrochage du Fotomuseum de Rotterdam.Suivent des reportages d’Ata Kandó en Amazonie, à la rencontre de tribus menacées, puis une partie des murs est occupée par les clichés de Kandó au moment où elle dédiait son activité à la photo d’enfants et de nourrissons. Etape par étape, on pénètre dans ses goûts, ses gagne-pain, ses aspirations, ses combats.

Mais le fait le plus surprenant avec la grande, très grande photographe qu’est Ata Kandó, est qu’en vérité, le registre dans lequel elle évolue importe peu. Toujours, son style sera reconnaissable entre tous. Un noir et blanc vivement contrasté, une attention pleinement accordée aux visages (et plus particulièrement aux yeux), des compositions souvent serrées pour placer l’attention du spectateur sur l’essentiel : l’humain. L’humain, et son âme.

C’est là la force de cette immense artiste : rendre compte de l’esprit du modèle, raconter une part de son histoire à travers un seul cliché. Kandó nous invite à parcourir l’humain, se questionner à son sujet. Une thématique bien sûre inépuisable, mais qui est toujours explorée par cette incroyable femme, à 103 ans.

ata-en-2012

Ata Kandó, photographiée en 2012 © DR

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE