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Louis Faurer à la Fondation Cartier-Bresson : les lumières de la ville

Agathe Lautréamont 8 septembre 2016

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Né à Philadelphie en 1916, Louis Faurer passera son existence entière à évoluer dans le cadre auquel il se sentait viscéralement appartenir et qui fut le terrain de jeu de sa prolifique carrière : les grandes métropoles. Son œil s’est focalisé sur les grandes artères encombrées et illuminées de New York, puis il braqua ses objectifs sur d’autres capitales tout aussi animées à l’image de Paris et Londres. Photographe de l’animation, de la vibration citadine et de la vie frémissante, Louis Faurer perçoit le quotidien de ses contemporains et illustre à merveille la « jungle » urbaine des années cinquante et soixante. Découverte du nouvel accrochage de la Fondation Henri Cartier-Bresson, visible jusqu’au 18 décembre prochain.

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Champion, New-York 1950 © Louis Faurer Estate

Louis Faurer (1916-2001) n’avait plus fait l’objet d’une exposition dans notre Hexagone depuis 1992. Ce grand ami du photographe américain Robert Frank, emporté et fasciné par la foule, animé par la vie citadine et hypnotisé par les lumières nocturnes des grands boulevards, laisse à la postérité une œuvre photographique d’une unité surprenante, alors que sa carrière foisonnante s’étend des années quarante à quatre-vingt. Si l’on devait établir un fil rouge à sa production d’images, qui se résumerait en un seul terme, ce serait probablement celui-ci : l’honnêteté.

Sans concession aucune, Faurer capte ce qu’il voit directement, son éternel boîtier Leica autour du cou. Le béton, le verre et le bitume sont les sols sur lesquels il se sent à l’aise, il perçoit comme personne le fourmillement de New York jusqu’au plus profond de sa personne, comme un magnétisme étrange que l’on peut percevoir dans chacune de ses images. Mais cette imprégnation de la part de Faurer, cette empathie que l’on pourrait presque penser poussée à l’extrême, n’est pas sans quelques conséquences.

L’homme au Leica

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Chômeur observant le Rockefeller Center, New-York 1947 © Louis Faurer Estate

L’artiste se projette tant dans ses sujets, il cherche tant à capturer leur âme, leur impression d’un instant, leur expression fugace, qu’il en oublie parfois quelques règles basiques de composition photographique. Si on retrouve le traditionnel grain argentique très marqué et typique des appareils de la marque à la pastille rouge, nombre d’images exposées dans les salles de la Fondation souffrent d’une composition peu précise.

La mise au point n’est pas idéale, le flou de bougé est très présent (on pourra avancer comme excuse que Faurer travaillait le plus souvent dans des conditions de lumière difficiles), la netteté n’est pas nécessairement faite sur le point d’intérêt du cliché. Les photographies de Faurer bouillonnent, grouillent de détails, sont très chargées. Trop peut-être, si bien que notre œil de spectateur ne sait pas très bien sur quoi se concentrer, et souvent, il s’égare.

Les bruits de la ville

Mais peut-être est-ce là la véritable intention de l’artiste mis en avant par la Fondation parisienne ? Ses images saisies à Time Square, Market Street ou Union Square nous plongent immédiatement dans un décor de cinéma. Grâce aux brusques touches d’éclairages aux néons, grâce à ces indénombrables visages qui passent et repassent, indifférents à la focale de Faurer, on se sent projeté dans son monde, à tel point que l’on croirait entendre le bruit des moteurs des automobiles, on perçoit le brouhaha de la foule, les éclats de voix des vendeurs de journaux, la quinte de toux d’un fumeur de cigare.

Nous y sommes, nous spectateurs sommes littéralement happés par la ville que le photographe américain aime tant. Chacune de ses images est une véritable déclaration d’amour à son époque, ses contemporains, à tel point que l’élégance de son intention et l’originalité de son récit d’une vie nous font volontiers oublier les faiblesses techniques évidentes.

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Union Square, New-York, vers 1948-1950 © Louis Faurer Estate

Un ami

En guise de mot de la fin, laissons donc la parole à l’ami d’une vie de Faurer. Dans une lettre rédigée par Robert Frank sur son ami de toujours Louis Faurer, écrite en 1994, le photographe à qui on doit le légendaire ouvrage photographique The Americans explique :

« Ces photographies me font penser à cette époque perdue depuis longtemps, les années 50 au cœur de la ville de New York. Faurer, avec ces images, prouve qu’il est un artiste extraordinaire. Son œil prend le pouls de ces solitaires passants sur Time Square, pour qui il ressentait une profonde compassion. Chaque photo est un témoin de ce sentiment, mais aussi de cette obsession qui accompagna toute sa vie à la manière d’une ombre. Je suis heureux que ces images survivent tandis que notre monde ne cesse de se transformer. ».

LOUIS FAURER

09/09/2016 > 18/12/2016

Fondation Henri Cartier-Bresson

PARIS

Du 9 septembre au 18 décembre 2016, la Fondation Henri Cartier-Bresson consacre une exposition au photographe américain Louis Faurer. Cett...

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