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Disparition de Marc Riboud : le monde, la poésie et la fille à la fleur

Jéremy Billault 31 août 2016

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Le 30 août dernier, Marc Riboud, immense photographe, reporter et poète, disciple de de Cappa et de Cartier-Bresson s’est éteint à l’âge de 93 ans. Populaire malgré lui, cet éternel voyageur a illuminé son art au point de devenir une référence, un modèle, pour les photographes qui l’ont suivi. Hommage. 

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Washington, 21 octobre 1967. Au cours d’une marche contre la guerre au Vietnam, Jan Rose Kasmir fait face aux forces de l’ordre, devant le Pentagone. © Marc Riboud

A Perpignan, tout a changé. Il y a quelques jours, on y célébrait l’inauguration de Visa pour l’image, grand messe du photojournalisme, festival de témoignages sublimes, poignants voire édifiants sur le monde qui nous entoure. Aujourd’hui, on y pleure la disparition de Marc Riboud, étoile modeste qui illumina le ciel genre depuis les années 30 et on y célèbre sa vie devant les photos qu’il a prises à Cuba, devant ce qui sera à la fois son ultime exposition et sa première exposition posthume. Car il y en aura d’autres.

Histoire

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Zazou, le peintre de la Tour Eiffel, Paris, 1953  © Marc Riboud

Son premier contact avec l’art qui partagera sa vie sera précoce. Dès 1937, Marc Riboud, qui a alors 14 ans, traverse les allées d’un événement déjà historique, l’Exposition Universelle, avec à la main un cadeau de son père : un Kodak Vest-Pocket. Il ne quittera plus la photographie. Quelques années plus tard, en 1953, l’une de ses premières publications (dans Life) lancera sa carrière et lui permettra d’intégrer l’agence Magnum, invité par, excusez du peu, Robert Cappa et Henri-Cartier Bresson. Cette photo, on l’a beaucoup vu, on la voit encore et on la verra surement, sans immédiatement lui associer le nom de son créateur : celle de Zazou, un peintre travaillant sur la Tour Eiffel.

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 © Marc Riboud

Tout au long de sa vie, Marc Riboud s’éloignera pourtant du petit monde des photographes, de la compétition, de la course à la gloire et même des diktats que pourraient lui imposer ce métier qui évolue et qui accélère. Dès 1955, il sera partout, là où l’Histoire lui donnera rendez-vous, là où son œil l’attire. Ainsi part-il en voyage au Moyen-Orient, en Inde et en Afghanistan. Là, il sera l’un des premiers européens à pouvoir arpenter la Chine communiste, il assistera de près à l’indépendance de l’Algérie, il se rendra en URSS et photographiera le Vietnam meurtri par la guerre… Marc Riboud aura pleinement vécu, l’homme aura vu de ses yeux le XXème siècle, ses horreurs, sa beauté, ses mutations. Par chance, cet homme était photographe. Par chance, cet homme était ce photographe.

Poésie

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 © Marc Riboud

Considérer Marc Riboud comme un photo-reporter semble plutôt logique. Mais il faut nuancer. Car à l’aspect politique et réaliste de son travail, du travail de reporter, Marc Riboud a toujours apporté une incommensurable poésie, cette poésie que certains recherchent aujourd’hui, grâce à lui, dans le reportage. C’est là que se dessine son influence sur la photographie contemporaine et cette popularité qu’il n’a jamais recherchée. Et c’est là, par la poésie, que se dessine son immortalité. Pour Marc Riboud, cette immortalité commence aujourd’hui, au lendemain de sa mort. Sans prévenir, elle a frappé ses photos, celles de Cuba à Perpignan : elles étaient celles d’un grand homme, elle sont devenu celles d’un artiste éternel.

[Mise à jour 02/09] Le fonds photographique de Marc Riboud sera légué au musée Guimet

Dans un communiqué de presse daté du 2 septembre, le musée national des arts asiatiques Guimet annonce qu’il recevra l’intégralité de l’oeuvre de Marc Riboud, comme il l’avait souhaité avant sa disparition. Sur près de cinquante ans, ses voyages en Asie (au Vietnam, en Chine, au Japon, en Afghanistan, en Inde ou au Népal) ont été une source d’inspiration intarissable au point d’exercer une véritable influence sur la photographie asiatique contemporaine (et notamment chinoise). A l’avenir, l’ensemble de son oeuvre sera donc promu par le musée Guimet, sous le regard de l’Association des Amis de Marc Riboud, créée en 2002. Le musée a d’ores et déjà annoncé qu’il consacrerait à Marc Riboud une exposition d’envergure, à la hauteur de son talent et de son empreinte sur le monde de la photographie.

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