Votre action a été enregistrée avec succès !


expo_cercle_2 RENÉ MAGRITTE

21/09/2016 > 23/01/2017

Centre Pompidou - PARIS
expo_cercle_4 PICASSO – GIACOMETTI

04/10/2016 > 05/02/2017

Musée Picasso - PARIS

LA NEWSLETTER

Ai Weiwei exclu d’une biennale d’art contemporain en Chine

Laura Bourdon 30 août 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

A deux semaines à peine de l’ouverture de la Biennale inaugurale du Musée d’art contemporain de la ville de Yinchuan au nord-ouest de la Chine, l’artiste activiste Ai Weiwei se trouve confronté à un énième épisode dans la partie d’échec qu’il livre depuis des années avec le pouvoir en place. Une fois de plus, Ai Weiwei attire les foudres du gouvernement. Il vient de se voir interdire l’accès à la Biennale, par le biais d’une lettre pour le moins sibylline de son directeur artistique.

ai-weiwei-getty-images-1-1024x683

Ai Weiwei à la London’s Royal Academy of Art, 2015, Photo Alex B. Huckle © Getty Images

L’histoire semble se répéter. Ai Weiwei a déjà fait les frais de son indépendance face au gouvernement chinois à maintes reprises, et c’est de nouveau le cas aujourd’hui dans le cadre de sa participation à la Biennale For an Image, Faster Than Light au Musée d’art contemporain de Yinchuan. Créé en 2015, Yinchuan Museum of Contemporary Art (MoCA) inaugure la première édition de sa Biennale le 9 septembre, sous le Commissariat d’exposition de Bose Krishnamachari. Une biennale internationale présentant plus de 70 propositions artistiques d’artistes du monde entier (plus de 30 pays représentés) dont Anish Kapoor, Song Dong, Yoko Ono…  et initialement, Ai Weiwei. L’artiste devait y présenter un projet intitulé « Redline », sous la forme d’une sculpture géante modelée à partir de tiges en acier. La sculpture, linéaire, représentait dans un même temps une sorte de délimitation de l’espace où présenter son art. Une œuvre dont la réflexion portait sur l’idée de censure.

Or, Ai Weiwei reçoit le 24 août une « vague note » écrite par Suschen Hsieh, directeur artistique du Musée Yinchuam, lui annonçant son éviction. Selon les propos tenus par le directeur artistique, il s’agirait là d’une décision prise par « les autorités supérieures », dues à son « statut politique ».

Hsieh ajoute qu’il était conscient que la programmation de l’artiste, physique ou virtuelle, aurait posé quelques controverses et que de nombreuses discussions ont eu lieu. Néanmoins le conseil d’administration a pris la décision de retirer Ai Weiwei de sa liste. Le groupe organisant l’exposition, basé à New-York, a confirmé que l’exclusion d’Ai Weiwei était due à des pressions du gouvernement. Ils précisent en outre qu’il ne s’agit malheureusement pas là d’un cas isolé : « Quand les gouvernements où les institutions privées investissent des millions dans un événement, ils demandent aussi fréquemment à prendre part aux décisions, et les commissaires ont rarement le dernier mot ». Depuis l’annonce de l’exclusion d’Ai Weiwei, les membres de l’Institution Yinchuan ne se sont pas exprimés sur le sujet et ont décliné toute tentative d’interview.

Ai Weiwei’s statement on being removed from the MoCA Yinchuan Biennale: I have just learnt that my artwork has been excluded due to my « political sensitivity ». Censorships in communist regions have been present since the existence of the power. Yet it still comes as a surprise to me for an « international art biennale », with over a hundred international artists and a foreign curator participating, to remove a single artist for the reason of defending human rights and freedom of speech. This shows what we face is a world which is divided and segregated by ideology, and art is used merely as a decoration for political agendas in certain societies. China is trying to develop into a modern society without freedom of speech, but without political arguments involving higher aesthetic morals and philosophies, art is only served as a puppet of fake cultural efforts. Therefore I am happy not to be a part of that effort as a political decoration. I believe the real effort we should make, is in defending freedom of speech for our humanism. Only by doing so, art is worth making.

Une photo publiée par Ai Weiwei (@aiww) le

En réponse, l’artiste habitué des réseaux sociaux a relayé l’information sur son fil Twitter et sur son compte Instagram, accompagné d’une déclaration. « La censure dans les régions communistes est présente depuis l’existence du pouvoir. Pourtant cela me surprend toujours de la part d’une « biennale internationale » (…) d’annuler la participation d’un seul artiste pour la raison qu’est la défense des droits de l’homme et la liberté d’expression. (…) Cela démontre que nous faisons face à un monde divisé et séparé par l’idéologie, et l’art est utilisé simplement comme une décoration pour l’agenda politique de certaines sociétés. (…) L’art est servi uniquement comme une « marionnette » autour de faux efforts culturels. Je suis donc heureux de ne pas prendre part à cet effort en tant que décoration politique. Je crois que le réel effort que nous devrions faire, c’est de défendre la liberté d’expression pour notre humanité. C’est seulement en faisant cela, que l’art mérite d’être réalisé. »

Ai Weiwei, malgré son indéniable reconnaissance internationale, se voit donc toujours être empêché et censuré. Dans le combat qu’il livre au pouvoir en place, Ai Weiwei bénéficie du soutien indéfectible d’artistes et institutions dans le monde entier, comme en témoigne la mobilisation internationale lors de son incarcération en 2011.

Sans-titre3-e1438250698969

© Capture d’écran du compte Instagram d’Ai Weiwei

Si, encore une fois, cette nouvelle démonstration de force des autorités est tout aussi absurde que choquante, elle invite à s’interroger sur les limites de l’expression artistique en Chine et, pour aller plus loin, puisque les oeuvres d’Ai Weiwei n’ont pas voix au chapitre, à se questionner quant aux propositions artistiques qui elles ont passé « l’épreuve de la censure » et dont la présence à la Biennale n’a pas été remise en cause.

Malgré tout, l’artiste continue de mener de front sa lutte contre le pouvoir en place. Au-delà des réalisations artistiques passionnantes, son discours et le sens de son combat s’inscrivent dans la continuité de son oeuvre formant un tout indissociable. Chez Ai Weiwei, l’enjeu précède l’œuvre. Un enjeu politique et même historique, qui dépasse les enjeux de l’art et du Marché de l’art. Un combat qui interroge l’homme, ses valeurs, la politique, la liberté, et la vie de 1,3 milliard d’individus et de l’humanité toute entière dans son rapport à l’oppression, à la domination, et au pouvoir.

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE