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Une société américaine porte plainte contre la France pour pouvoir vendre des objets du Titanic

Agathe Lautréamont 24 août 2016

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Premier Exhibition, la société qui se cache derrière les expositions itinérantes dédiées au plus célèbre paquebot du monde, le Titanic, vient d’intenter une action en justice contre la France. Raisons du différend entre les deux partis ? L’organisme réclame le droit de pouvoir vendre des objets retrouvés dans l’épave du navire qui, précisément, ont été récupérés en partie grâce à la France. L’avocat de Premier Exhibition en a fait l’annonce auprès de l’AFP en ce début de semaine. Mais qu’implique véritablement le dépôt d’une telle plainte ? On fait le tour de la question…
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Vue de l’exposition de Premier Exhibition dédiée au Titanic © Premier Exhibition

C’est l’histoire d’une société en charge d’organiser des expositions qui, placée sous la protection de la loi américaine sur les faillites, tente comme elle le peut de dégager des fonds afin de ne pas sombrer à son tour (tout mauvais jeu de mot est, bien évidemment, fortuit !)

Cette action en justice de la part de la firme américaine survient en vérité quelques semaines seulement après qu’un tribunal de Floride a refusé à Premier Exhibition une première demande pour pouvoir vendre des artefacts tirés de la coque du navire de la White Star Line qui gît à plus de quatre mille mètres de fond, dans l’océan Atlantique. En effet, la compagnie ayant cruellement besoin d’argent, celle-ci espérait pouvoir se défaire de quelques objets de la collection dont elle a la charge afin de combler les trous dans ses comptes.

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Vue de l’exposition de Premier Exhibition dédiée au Titanic © Premier Exhibition

Premier Exhibition revient donc à la charge, mais cette fois-ci en attaquant la France en justice. Dans la plainte qui a été déposée par celle-ci auprès du tribunal des faillites de Floride, la société a demandé à un juge d’avancer que la France n’a aucun intérêt dans les objets vieux d’un siècle trouvés dans le Titanic et que le pays ne peut donc légitimement pas s’opposer à la vente de ces derniers. Mais pourquoi la France, spécifiquement, se trouve-t-elle dans cette affaire ?

Il faut savoir qu’en 1987, l’Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer (plus connu sous l’acronyme d’Ifremer) avait pris part à une expédition sous-marine organisée avec la Titanic Ventures Limited Partnership (TVLP). Cette plongée par quatre mille mètres de fond avait permis à l’Ifremer de remonter pas moins de 2100 objets issus du site du naufrage survenu dans les eaux glacées de l’Atlantique, la nuit du 14 au 15 avril 1912.

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Vue de l’exposition de Premier Exhibition dédiée au Titanic © Premier Exhibition

Quant à la collection d’objets dont a la charge Premier Exhibition, elle est en fait divisée en deux parties : une partie française donc, et une autre, américaine. Au total, Premier Exhibition se trouve donc à la tête d’un fonds de près de 5000 objets divers et variés récupérés dans ce qu’il reste du Titanic. Or, au moment de cette plongée, un accord entre les deux parties spécifiait à l’époque que les pièces remontées à la surface ne pouvaient en aucun cas être revendues, par respect pour la mémoire des 1500 victimes du terrible naufrage.

Or, Premier Exhibition se trouve aujourd’hui dans une situation financière critique, tant et si bien qu’elle s’est déclarée en faillite et s’est ensuite placée sous la protection du tribunal des faillites de Floride. Dans l’espoir d’éponger ses dettes et rembourser ses débiteurs, l’entreprise avait alors songé vendre des objets remontés avec l’aide de l’Ifremer, dans l’espoir de lever environ 12 millions de dollars, ce qui pourrait lui permettre de remettre ses comptes à flot.

D’ailleurs, des ventes aux enchères avaient déjà été organisées par le passé, en particulier il y a un an où des acquéreurs s’étaient arraché un menu de déjeuner ainsi que la lettre manuscrite d’une femme rescapée du naufrage.

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Vue de l’exposition de Premier Exhibition dédiée au Titanic © Premier Exhibition

Pour appuyer sa demande, Premier Exhibition a expliqué dans un communiqué diffusé par le tribunal de Floride que les ventes d’objets seraient en fait très insignifiantes, laissant 99,5% de la collection française intacte. Mais bien évidemment, face à cette demande, la France a vu rouge et a fait rapidement savoir qu’elle s’opposait à cette vente, qui viole l’accord passé en 1987.

Sans compter qu’en 1993, Premier Exhibition avait réaffirmé à la France son intention d’utiliser la collection à des fins purement culturelles et qu’elle ne se séparerait jamais de quelque manière que ce soit des différents trésors issus du Titanic.

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Vue de l’exposition de Premier Exhibition dédiée au Titanic © Premier Exhibition

Pour l’anecdote, l’épave du Titanic qui gît au fond de l’Atlantique nord est placée depuis 2012 sous la protection de l’Unesco, dans le cadre de la convention sur la protection du patrimoine culturel subaquatique.

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