Votre action a été enregistrée avec succès !



LA NEWSLETTER

Au MEG de Genève, une exposition ensorcelante sur l’Amazonie

Agathe Lautréamont 24 août 2016

Share on FacebookTweet about this on TwitterGoogle+

Riche. C’est le premier mot qui vient à l’esprit lorsque l’on sort enfin de la nouvelle exposition temporaire du Musée d’Ethnographie de Genève : Amazonie, le chamane et la pensée de la forêt. Jusqu’au 8 janvier 2017, l’institution suisse offre une expérience culturelle, muséographique mais aussi humaine absolument inouïe. Entre scénographie immersive, histoire des populations mal connues et beauté rare des pièces exposées, l’accrochage du MEG est, sans hésitation, bien plus qu’une exposition : nous sommes là face à une expérience à vivre.

ama1

Exposition « Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » © MEG – J. Watts

Sommes-nous bien toujours en Suisse, dans sa capitale battante, Genève, tandis que l’on pénètre progressivement dans les méandres d’une exposition qui a résolument été songée non comme un événement muséographique des plus classiques, mais bel et bien comme une expérimentation totale. Le parcours débute tandis que nous sommes introduits à trois grandes figures contemporaines de la défense et l’illustration des peuples d’Amazonie ; dont le plus célèbre représentant est probablement l’indien Raoni.

Mais tandis que notre œil s’attarde sur les citations de ces personnages qui luttent encore aujourd’hui activement pour la représentation et la revendication des droits des populations autochtones amazoniennes, le reste de nos sens n’en sont pas moins également sollicités. Le parcours est en effet plongé dans une semi-obscurité tandis qu’ici et là, des touches de lumière bienvenues éclairent les vitrines, les artefacts chamarrés, les photographies vieilles de plusieurs décennies ; et le tout aiguillonne continuellement notre attention.

ama6

Raoni Metuktire © Daniel Schweizer

En immersion

Le cheminement muséal, divisé en plusieurs étapes, a été morcelé grâce à de longs draps verts et noirs, tombant jusqu’au sol et battant la mesure d’une visite étonnante. Les draps sont comme des frondaisons, de la forêt amazonienne. Derrière chacun d’entre eux se terre un mystère qui ne demande qu’à être dévoilé.

Au plafond, des haut-parleurs diffusent des ambiances musicales, sonores, des enregistrements de cris de la faune sud-américaine, qui rythment notre visite et enrichissent l’atmosphère de découverte du MEG. Face à une vaste vitrine présentant de somptueuses coiffes Ka’apor ou Yanomami, on peut entendre un chamane nous susurrer une prière lente, lancinante, d’un timbre vibrant et grave ; comme venu d’un autre monde.

ama5

Parure cérémonielle masculine © MEG – J. Watts

Les sens en éveil

Un peu plus loin, nous rencontrons les créatures emblématiques de la forêt vierge : toucan, tamanoir, jaguar. Et brusquement, nos tympans sont poignardés par le vrombissement métallique, motorisé, d’une tronçonneuse qui martyrise un arbre probablement plusieurs fois centenaire.

Encore quelques pas, et nous rencontrons des arcs, flèches, sarbacanes et coutelas aux manches finement sculptés et ornés d’écailles de tortue ou d’élytres chamarrées de grands scarabées. Alors, à nouveau, on tend l’oreille. Le hurlement de la tronçonneuse s’est imperceptiblement évanoui et a cédé la place au murmure du vent se glissant dans les lianes, les feuillages, les racines apparentes. On croirait percevoir, appréhender, le souffle vital de la forêt. Respire-t-elle à nos oreilles étonnées ? Cherche-t-elle, dans une longue litanie prononcée dans une langue oubliée depuis des temps immémoriaux, à nous conter sa longue, très longue histoire ?

ama2

Exposition « Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » © MEG – J. Watts

Une collection riche

Dans les réserves du MEG dorment, parfaitement préservées, pas moins de 5000 pièces issues du bassin amazonien. Parures, coiffes, armes, vêtements, ustensiles, outils, bijoux… Que les artefacts soient de bois savamment ouvragé, de plumes délicates et de couleurs chatoyantes, d’os de jaguar récupérés suite à un terrible combat à mort ou bien d’écailles de tortues évoluant dans les eaux bourbeuses du fleuve, toujours, la même impression : on est saisi par la beauté des pièces. Leur état de conservation, leur variété, leur diversité et pour certaines, leur ancienneté, laissent profondément rêveur.

Mais bien sûr, nous ne sommes pas là face à un fascinant cabinet de curiosités amazoniennes glanées par le musée d’ethnographie au cours de son existence et au fil des donations. Les 1000m² carrés d’exposition mêlent aux artefacts purement ethnologiques des cartes, films et photographies qui nous aident à l’immersion dans un univers varié, aux richesses indénombrables et inimaginables.

ama4

Collier © MEG – J. Watts

247 ethnies

Car sous les épais feuillages sud-américains, l’on parle bien de 900 000 femmes et hommes, répartis en 247 ethnies distinctes, pour certaines ne comptant qu’une maigre centaine de représentants. Aussi, là se trouve le message central, nécessaire, du parcours du MEG : l’hommage à ces peuples. Depuis l’arrivée des premiers conquistadors au XVIe siècle et jusqu’à nos jours, ces peuples ont dû faire face aux pires épreuves.

Chassés de leurs terres ancestrales pour des exploitations diverses (caoutchouc, or, pétrole, pêche…), éliminés parce que différents et étrangers au christianisme, décimés par les maladies apportées d’Europe, déplacés forcés par les grandes firmes industrielles internationales assoiffées d’argent et de profit… Leur survie est un exploit.

ama3

Exposition « Amazonie. Le chamane et la pensée de la forêt » © MEG – J. Watts

Et l’avenir…?

Et maintenant que leur existence est reconnue et protégée par l’Unesco, la lutte n’est pas gagnée pour autant. L’exposition pose en effet judicieusement la question de la survie de ces cultures à part, profondément liées à leur terre, dont les langues sont des mines d’or pour les linguistes et les croyances, de précieux enseignements pour l’Histoire des civilisations.

Comment maintenir vivace le chamanisme qui célèbre la vie, fête la nature et chante l’union avec l’environnement naturel ? Comment devenir visible quand la population de ces ethnies a chuté de 80% en l’espace d’un peu moins de cinq siècles ? L’exposition Amazonie : le chamane et la pensée de la forêt ne se contente donc pas de dérouler l’écheveau du passé. Elle tourne sensiblement son regard vers un avenir inquiétant.

AMAZONIE

20/05/2016 > 08/01/2017

Musée d’ethnographie de Genève (MEG)

GENÈVE

Le MEG consacre sa nouvelle exposition aux Indiens d’Amazonie. Elle présente de nombreuses et chatoyantes parures de plumes, et relaie au...

33
jours restants
PRESSE
MEMBRES

LES DERNIERS ARTICLES

AJOUTER UN COMMENTAIRE