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Un musée américain gardera des Cranach spoliés durant la Seconde Guerre mondiale

Agathe Lautréamont 22 août 2016

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Cela faisait dix ans qu’elle avait engagé une lutte judiciaire dans le but de récupérer son bien volé : deux panneaux de la main de Cranach l’Ancien. L’héritière d’un marchand d’art néerlandais spolié durant le Second Conflit mondial s’est cependant vue déboutée par la justice américaine le 15 août dernier. La cour californienne a en effet estimé que le Musée Norton Simon, où les œuvres sont exposées depuis 1971, est en droit de conserver les peintures.

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Lucas Cranach l’Ancien, Adam et Eve (détail), vers 1530 © Wikimedia Commons

C’est l’histoire, tristement classique, d’œuvres d’art spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale et que les légitimes propriétaires tentent de récupérer en faisant appel à la justice. Marei von Saher, héritière du marchand d’art et collectionneur néerlandais Jacques Goudstikker, luttait depuis maintenant une décennie pour tenter de récupérer deux œuvres réalisées par Lucas Cranach l’Ancien aux alentours de 1530.

Les deux trésors avaient été retirés à Gougstikker par Hermann Göring, ministre de l’aviation en Allemagne nazie et étaient conservés depuis 1970 au Musée Norton Simon de Pasadena, une ville de Californie. Mais lundi 15 août dernier, la cour de justice californienne a tranché : Marei von Saher ne récupérera pas les deux peintures qui appartenaient à son aïeul, l’institution culturelle étasunienne peut les conserver.

Le tribunal américain, par la voix du juge John Walter, a justifié sa décision par la prescription de l’action en revendication de la propriété de l’œuvre, quand bien même celle-ci a été clairement spoliée. En effet, la législation californienne prévoit que les héritiers de Juifs spoliés pendant le Second Conflit mondial disposent d’une période de six ans pour réclamer la propriété d’une œuvre, à partir de la date à laquelle ils ont découvert la localisation du bien artistique. Marei von Saher aurait donc trop tardé à demander la restitution des deux panneaux de Cranach, ces derniers se trouvant dans les collections du Musée Norton Simon depuis 1971.

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Les deux panneaux de Cranach, exposés dans le musée californien © Musée Norton Simon

Jacques Goudstikker, marchand d’art et collectionneur néerlandais d’origines juives, avait acquis ces deux Cranach en 1931, à l’occasion d’une vente aux enchères organisée à Berlin. Cette vente dilapidait en fait la « collection Stroganoff », dont le contenu avait été fourni à l’Allemagne par le gouvernement de l’URSS. En 1940, suite à l’avancée des nazis, Goudstikker est obligé de fuir les Pays-Bas, laissant derrière lui sa collection d’œuvres d’art.

C’est à cette occasion que les deux superbes panneaux du peintre de la Renaissance avaient été vendus sous la contrainte à Hermann Göring, alors que les Pays-Bas étaient occupés par les forces allemandes. À la fin de la guerre, cependant, les peintures ont été rendues à l’état néerlandais.

Un rebondissement survient cependant en 1961, lorsque l’aristocrate et collectionneur russe en exil George Stroganoff a réclamé la propriété de quatre tableaux conservés aux Pays-Bas : un Rembrandt, un Petrus Christus et les deux fameux Cranach. Selon Stroganoff, ces peintures avaient été saisies par les soviétiques après la Révolution russe. Or, selon les avocats de Marei von Saher, les Cranach au contraire, auraient été volés par les bolchéviques dans une église qui se situait alors à Kiev, aujourd’hui en Ukraine.

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Lucas Cranach le jeune, Portrait de Lucas Cranach l’Ancien, vers 1550 © Wikimedia Commons

Mais la pérégrination des Cranach ne s’arrête pas là. Le gouvernement néerlandais décida finalement de revendre les panneaux (Adam et Eve, vers 1530) à Stroganoff en 1966, puis le collectionneur russe se sépara (cette fois de son plein gré) à nouveau des œuvres d’art en 1971. Il les vendit en effet au collectionneur américain Norton Simon pour la somme de 800 000 dollars. En 1975, le Musée d’Art Moderne de Pasadena était renommé Musée Norton Simon.

Selon un article de The Art Newspaper, la Norton Simon Art Foundation, qui est en charge de la préservation des collections de l’institution californienne, s’est réjouie de cette décision de justice. Du côté de Marei von Saher, en revanche, l’affaire ne s’arrête pas là puisque son avocat a annoncé que l’héritière a choisi de faire appel de cette décision de justice, espérant toujours récupérer une bonne fois pour toutes ce bien qu’elle estime le sien. Elle s’appuie pour cela sur une victoire face à l’état néerlandais qu’elle avait également poursuivi en justice en 2006. Le pays avait alors restitué à von Saher 202 peintures qui étaient issus de la collection de Jacques Goudstikker.

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