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Découvertes estivales #5 : la ville de Zürich et Manifesta 11

Jéremy Billault 12 août 2016

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On vous parlait la semaine dernière d’un endroit extraordinaire et éphémère, la Réserve Malakoff, lieu de création voué à disparaître. Aujourd’hui, l’endroit est aussi éphémère puisqu’il est un événement : Manifesta 11 installée à Zürich. Entre art contemporain engagé et  promenade touristique à travers la ville, visite de la plus petite des grandes biennales, qui dans quatre ans sera organisée à Marseille

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Pour le cinquième épisode de notre série estivale, un lieu atypique nous conduit en dehors des frontières de l’Hexagone. Un lieu qui, une fois n’est pas coutume, est éphémère, un événement majeur dans l’art contemporain international qui, pour sa onzième édition, a pris possession d’une charmante ville suisse : Zürich. Cet événement, c’est Manifesta, biennale itinérante d’art contemporain à la programmation expérimentale et engagée qui s’installe pendant plusieurs mois dans une ville européenne.

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Les œuvres phares de la programmation sont dispersées aux quatre coins de la ville et permettent aux amateurs d’art contemporain venus du monde entier de découvrir en détail la ville qui les accueille. A Zürich, plus particulièrement, le mélange est savoureux.

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En 2018, Manifesta sera organisée en Italie, du côté de Palerme avant de bifurquer, deux ans plus tard, vers la première étape française de son histoire : Marseille. Avant la prometteuse édition phocéenne, qui sera la 13ème et dont la réflexion sera orientée vers la question des migrations et de la méditerranée, Manifesta se fond cette année dans le cadre paisible et majestueux de Zürich.

30 vs 30

Le thème de la onzième édition de Manifesta, « la plus petite des grandes Biennales », cousine de Venise et de Documenta, est, lui aussi, passionnant : What people do for money – some join-ventures. Un titre qui illustre le parti pris plutôt surprenant de la biennale. Trente artistes internationaux ont été invités à Zürich pour travailler avec autant de locaux, vivant et travaillant sur place, qui n’ont, a priori, rien à voir professionnellement avec le monde de l’art.

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C’est ainsi qu’on se lance dans une longue balade, à la découverte des merveilles de la ville (le port sublime, le lac ou la maison de Richard Wagner), via un parcours étonnant, d’une surprise à l’autre. Dans le prolongement de son exposition du Palais de Tokyo, Michel Houellebecq a travaillé avec un médecin et expose en détail un bilan de santé intégral tandis que d’autres artistes nous invitent à visiter des lieux… peu conventionnels. Accompagnés de promeneurs circonspects eux aussi armés du plan de l’événement, il a fallu entrer (« mais si, c’est marqué c’est là ! ») d’un pas hasardeux dans le cabinet d’un dentiste ou même dans une boutique de montres de luxe dont la Suisse a le secret.

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Car Manifesta malmène, elle nous en fait voir de toutes les couleurs, parfois en choquant, parfois d’une manière plus… physique. Dans une immense pièce située dans l’un des deux principaux lieux d’exposition, l’oeuvre de Mike Bouchet marque les corps et les esprits : des blocs de 400 kilos qu’il n’est malheureusement possible d’admirer que quelques secondes. Et pour cause, l’odeur de la pièce, pourtant spacieuse, est insoutenable. Pour prolonger l’expérience, il faut la traverser pour comprendre ce qu’il se passe : les blocs sont constitués des déchets d’une station d’épuration évacués sur toute une journée, à Zürich, en mars dernier.

Pavillon

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Heureusement, après cette expérience sensorielle intense, Manifesta a tout prévu pour nous faire respirer. Et c’est là LA bonne idée de la biennale : sur l’eau, un « pavillon des réflexions » construit pour l’occasion, un cocon que l’on aimerait retrouver dans tous les événements de ce genre. Il s’agit là d’un lieu de rencontre, d’un lieu de discussion ouvert uniquement aux possesseurs de billets pour Manifesta qui, dans un cadre paisible et idyllique, invite les amateurs d’art venus du monde entier à converser sur ce qu’ils viennent de vivre. Et il y a beaucoup à dire. Le pavillon est également un cinéma en plein air sur fond de montagnes, on y resterait des heures, on y reviendrait volontiers.

Manifesta interpelle, choque, provoque, parfois un peu facilement, mais elle ne se contente pas d’être un divertissement, elle pousse ses spectateurs à réfléchir d’une manière presque naturelle. Un après-midi, une journée, un week-end, à quelques heures de train Paris Manifesta 11 est un bon cru qu’on peut aller vivre jusqu’au 18 septembre prochain.

 

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